Les enquêtes d’Hercule Foireaux (41)

Hervé Lénervé

Application de la loi.

Dring, dring, drunk ! (Il faudra faire accorder cette sonnette.)

-         Bonjour mademoiselle, je me nomme Hercule Foireaux, excusez-moi si vous êtes indisposée… non, de vous importer… non plus, de bon matin… ça c'est bon. Je viens par décret préfectoral pour l'application de la nouvelle DPPG « Disposition Protectrice Particulière Généralisée ».

-         Cela ne va pas être possible, vous voyez, c'est minuscule chez moi et j'ai déjà un de vos collègues en permanence sur les genoux.

-         Oui, ça c'est à cause de la répartition des tâches. Comme nous disposons d'un fichier avec trombinoscope et mensurations des personnes à protéger. Votre fiche passe mieux que celle de votre voisine qui pèse trois locomotives. Je vais délester mon collègue de sa charge, car j'ai plus d'ancienneté que lui et parce qu'il aime bien jouer avec les trains électriques. 

-         Je ne suis pas sûr de gagner au change.

-         Ne vous fiez pas aux apparences, elles sont vicieuses, je trompe mon monde, je  suis un amant redoutable. Voyez-vous, le ministre de l'intérieur a lancé cette vaste et ambitieuse opération de protection de toutes les citoyennes, mais que sur la  France métropolitaine pour commencer.

-         Ça en fait beaucoup !

-         Selon le dernier recensement, il y en aurait, grosso mollo, autant que d'hommes recrutés pour les surveiller.

-         Mais dedans, il y a les grands malades détraqués psychopathes, aussi.

-         Indubitablement, oui, c'est arithmétique !

-         Qui me dit que vous n'êtes pas l'un d'eux ?

-         Rien ! remarquez que vous pourriez, tout autant, être une tueuse de fics.

-         Vous n'avez qu'à faire changer la loi et instaurer une Surveillance Généralisée sur la Population Masculine, une SGPM.

-         Il faudrait recruter des gonzesses à la pelle Vous avez envie, vous d'aller surveiller un mec chez lui, sans le connaitre ? Puis, nous ne sommes que des fonctionnaires. Ce sont les politiques qui gèrent les affaires de la cité en pondant ces lois à la con. Nous, nous les appliquons salement, pardon, seulement. Trop de femmes sont en danger, il fallait réagir.

-         Je ne me sens pas menacée.

-         Ce n'est qu'une fausse impression de fausse tranquillité, comme pour mon apparence de faux jeton, les dangers sont multiples, un mari violent…

-         Je ne suis pas marié.

-         Je note ! Un amant tout aussi peu galant ?

-         Je n'ai pas de boy friend !

-         Je note ! Mais vous savez, les détraqués psychopathes sont partout. Tenez rien que sur ce site j'en connais au moins un.

-         Je n'ai pas de détraqué psychopathe.

-         Je note ! Vous êtes bien démunie, me semble-t-il, ma pauvre amie ?

-         Je suis une jeune femme libre, je mène ma vie telle que je l'entends, salut !

-         Je ne vous dérangerai pas, je me ferai tout petit, tout plat sous vos draps.

-         Vous allez commencer un régime ?

-         Non, mais vous verrez, je ne suis pas difficile, j'aime tout, à par les fenouils, car c'est pas bon, hein ?

-         Il faut vous nourrir, aussi ?

-         Oui, car le budget de l'Etat n'y suffit plus.

-         C'est quand même dingue ! J'étais heureuse de ma vie, dans ma vie et l'Etat me contraint par contrainte de changer mes habitudes.

-         Ne vous inquiétez pas, vous serez encore plus heureuse avec moi, je suis facile à vivre, vous verrez, vous vous y ferez très bien. J'en connais beaucoup qui seraient contentes d'être à votre place.

-         Combien ?

-         Heu, je n'ai pas compté, une, peut-être ?

-         C'est un beaucoup limité. Je m'insurge, oui ! Vous êtes comme, qui dirait, un Extra-Terrestres, venu d'une autre planète.

-         Non, non, je vous rassure, nous sommes bien Terriens. Regardez ma carte tricolore, PRFT ; Police de la République Française Terrienne. C'est marqué dessus.

-         Oui, enfin les écrits ? Regardez-moi, c'est marqué, Belle à Baiser, ça ne veut pas dire que vous allez le faire.

-         Si cela ne se fait pas, ce ne sera pas de mon fait, vous en serez la seule coupable, ma colombe.

-         Je ne suis pas une colombe, encore moins la vôtre.

-         Je le sais bien, voyons. C'est juste une expression amicalement familière. J'ai déjà vu de vraies colombes. Elles marchent avec la tête qui dodine d'avant en arrière, car leur colonne vertébrale est trop courte et en faisant glou, glou, glou. Vous ne glouglougloussez pas, vous ?

-         Non ! Je ne glousse pas.

-         Ouf ! C'était juste pour être sûr, car on ne protège pas les animaux.

-         Il faut bien qu'ils aient quelques avantages !

Merde, j'ai oublié de mettre des descriptions pour peindre le décor. Je rattrape, vite fait.

Un immeuble, une belle, une moche, un flic invisible et Hercule.

Ouf, il était temps, comme il est temps de vous quitter à présent, pour rejoindre ma planète à seulement trois millions d'années-lumière et des bananes de la voie lactée, nos amis pour la vie.

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