les possibles du Futur

Jean François Joubert

La mer avait emporté son dernier souvenir.

La mer avait emporté son dernier souvenir. Elle si lumineuse dans sa robe arc-en-ciel, sa femme. De la berge, il comptait les vagues comme ses années perdues. Depuis que sa solitude était devenu son lot quotidien, il rêvait. Dans son monde les arbres n'avaient pas d'ombre, et le noir avait de la puissance. Jacques refusait son destin, et sa pensée allait sur des terres ocre rouge. La nuit, la lune observait ce petit homme perdu qui chassait les souris, cherchant le sourire de celle qui avait ôté son armure, le voile du silence. Elle tapissait son âme de couleurs et de l'odeur de sa peau entrait dans ses pores. Alors, sur le port il regardait ses voiliers partirent vers d'autre horizon, le sillage amer. Ce jour là, une tempête secouait la Bretagne et les marins restaient au café. Lui, il avait oublié le goût de la bière, du vin. Jacques avait sombré au cœur d'un désert sans fin, devenu incapable de résister à la tristesse de l'absence. Il pensait aux oiseaux inséparable et à la délicatesse de leurs amours, eux qui se cachent pour mourir.

 

Le vent dans son tourbillon avait le refrain d'une chanson, une magie. Un temps, il oubliait son impuissance à offrir des ailes au désir d'aller la retrouver. Sa peau n'avait plus de grain et sa beauté fanait, d'années en années. Son charme avait fui sa route et le doute s'était installé, cherchant en vain les clefs de son destin. L'orage délivrait des étincelles, des coups de foudre dans les champs. Lui, il écoutait tonner, sans étonnement, tellement sa vie glissait dans le mauvais sens. Jacques souffrait dans son âme, esseulée, laissant aux autres le jeu et la joie. Dans un labyrinthe de questions, il c'était paumé ne sachant plus où chercher des réponses. Le vide avide devenait glouton et lui déchirait la panse. Sur le chemin, il mangeait. Jamais, il ne se résoudrait à oublier sa dame, ses hanches. Il baignait dans son charme, et elle dansait sur un nuage de chance. Belle à en pleurer !

 

Le ciel crachait ses ondées et couvrait de bleu le sol. Jacques avait peur de se noyer dans son chagrin. Il plaisantait avec les dieux, jouait à ne pas savoir qu'elle était devenue lointaine. Un homme en résistance qui conservait l'éclair de ses yeux verts, une pensée pour celle qui voyage. Il l'imaginait dans sa nouvelle vie, heureuse. Pour Jacques, elle était la gardienne de tous les secrets. L'amour en toile de fond et collectionneuse d'images. Quand l'aube se levait, le gris orange qui suivait était l'essence de son inspiration. Elle coloriait l'horizon pour s'amuser. La mort, il la frôlait chaque jour. Son vide intérieur, il le cultivait. Jacques pensait à cette femme qui un temps avait accompagné son chemin. Il voulait la rejoindre. Mais où se cachait-elle ?

 

Aux tropiques ?

 

Sur une étoile filante ?

 

Dans le doute et accompagné de la peur de la perdre, il s'accrochait à la vie. Le cri d'une mouette le sortait de ce naufrage. Tendre vol à l'envers, Jacques la suivait du regard attendant en vain un message. Mais la force du silence le vidait de toutes chances de la retrouver. Immobile sur la jetée, il évitait que la haine ne sortisse de ses veines. Cruel abandon !

 

La mer se délivrait de ses chaînes, et le plongeait dans le trou. Horreur de la glace, menace du temps, souffrance de l'errance. Absence !

 

Peu à peu ses rêves d'enfants le quittaient…

 

Jours et nuits avaient le même aspect, Jacques ne les comptaient plus. Vieux avant l'heure, il connaissait la douleur. Même si parfois, il mettait un peu de douceur dans ses choix, du chocolat. Si le hasard la mettait sur le même trottoir, elle passerait sans le voir tellement son corps s'était transformé, suivant les traits des regrets. Sa vie n'avait plus de sens, il tournait en rond comme un chat à l'abandon. Pourquoi continuer a vivre ainsi, reclus ?

 

Dans ce village, il avait oublié son âme. Le diable lui offrait ses charmes, mais Jacques n'en voulait pas. Devenue le fou de la reine, il entrait dans l'arène, les coursives du passé. La vie hantée, dans ses journées il chassait les mauvais esprits. Quatre saisons a lutter contre la dégradation de sa conscience. Jacques cherchait l'étincelle de la pureté et il ne trouvait que le corridor de la mort. Dans le jardin, une balançoire où il allait s'asseoir  en écoutant le vent et s'inventant des histoires. Si le prince des ténèbres l'appelait, souvent le courage lui manquait pour cesser de vivre, et c'est la foudre qui le sauva. Un arbre qui chuta et l'éclat du regard de sa voisine. A deux, ils purent construire un futur…

 

 

 

 

 

 

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