Lettre à Héloïse

Ferdinand Legendre

Je t'écoute et je sais

ce que je pourrais perdre

à trop parler de moi.


Tes mots sont toutes ces gouttes,

et leur parfum de cèdre,

semble couler du toit.


Tu sais ce que tu saignes,

Dans tes débris de verres,

Tu pourrais y marcher.


Il y a au bout du peigne,

La blessure de l'hiver,

Sur un ruban taché.


Drapée de violoncelles,

Tu incarnerais celle,

Qui du silence d'après tire un monde qui penche,


Tes mots ont cette tendresse,

Ils sont comme le frisson,

De cette main qui passerait,

De l'aisselle à la hanche,


Ton visage est masqué,

Par tes doigts et la tasse,

Mais les terres dévastées,

Rajeunissent quand tu passes,


Bien que tes yeux les figent.


Si sur la défensive,

Susurrant à la lune,

Ce venin qui m'afflige.

J'ai entendu tes phrases.


Si la plume trop hâtive,

J'ai fait baisser les dunes,

Afin de mieux te voir,

Pour distinguer enfin,

Cette essence qui t'embrase,


Si même les silhouettes,

Les démons et squelettes,

Suspendent leurs querelles,

Et finalement se taisent.


Si la jalousie même,

Et les mauvaises pensées,

Celles qui ne disparaissent,

Une fois la nuit tombée,

Que si quelqu'un me baise.


Si ceux-ci font silence.


C'est que comme toi je pense,


Ici tous ces poèmes,


Sont ceux qui mènent la danse,


Je voulais écouter,


Cette encre que tu sèmes,


Les traces courbées et denses,


Entendre qui tu aimes.


Car dans le fond des rues,


Et dans l'amour même,


Nous avons toi comme moi,


Un porte-voix dans l'abdomen.




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