Levée d’écrou

Hervé Lénervé

Finalement, les flics m’ont relâché. Ils s’étaient trompés.

Trompés, de numéro, de rue, de ville et de suspect par la même occasion.

Je l'ai appris, lors de mon troisième interrogatoire musclé. Alors que j'avouai être Jacques l'éventreur, un brigadier est entré et leur a chuchoté aux oreilles la bévue-bavure. Mais j'ai tout entendu. D'ailleurs, je leur ai dit. Enfin presque,  « V'ai  fout enfenvu ! » Pas loin, quand même.

Ils ont fait semblant de ne pas comprendre et m'ont mis en prison pour récupérer un peu.

Mais savez-vous qui j'ai rencontré en prison ?

Ben, non, bien sûr.

A moins d'y avoir été vous-même et que je ne vous aie point vus. Peu probable, j'ai une très bonne vue avec mes lunettes noires et ma canne blanche.

Donc, je vous le dis ! Non, ce n'était pas le vrai Jacques l'éventreur. Mais l'Hercule Poivrot en vrai.

Je croyais l'avoir inventé en personnage de fiction et ben, non, il existait déjà en personnage de vraie vie.

Le même, aussi con, pareil que l'original, le mien. Je lui ai demandé ce qui l'avait amené en prison. Il m'a répondu « les flics dans le fourgon. »

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