Mon père, ce photographe.

Seb Fontenay Meaza

Tu sais papa, si j'ai jamais été très démonstratif c'est que je suis un peu comme toi. Et à défaut de t'avoir offert un vrai cadeau d'anniversaire, je vais simplement suivre le conseil d'une amie.

J'en ai souvent voulu à mon père.

Je lui en ai voulu de ce que j'appelais "manque d'ambition" ou "manque de caractère". Mais aujourd'hui je me rends compte que c'est sans doute lui qui avait le plus raison. Je sais qu'en un sens j'ai hérité d'énormément de ce bonhomme-là.

Mon père c'est un peu un Gandhi ou un Luther King, toujours dans la médiation, un peu du vendeur de tapis, un papa en or. En diamant même. Pur et inaltérable. Pourtant je lui en ai fait voir des belles. J'ai mis sa conscience et ses peurs à rudes épreuves. Hier encore je trouvais cette faiblesse un peu facile, mais aujourd'hui je sais que ça en fait sa force. Que c'est pour cela que je n'ai jamais eu besoin de lui dire à quel point il comptait, parce que c'était comme déjà dit.

J'ai mis du temps à me rendre compte du modèle qu'il était, du rôle qu'il incarnait. Il a peur quand je saute, et heureusement parce que sinon qui me rattraperait. Il m'a fallu des années, une rencontre et un énième départ pour le comprendre.

On m'a dit que ce qui m'entourait me parlait et si ça c'est pas le portrait craché de mon paternel qu'est-ce que c'est. Parce que mon père c'est aussi, et surtout, un photographe refoulé. Un peu comme un homo refoulé, mais la version artiste. C'est carrément le genre à qui tu penses parler dans la rue alors qu'il s'est arrêté 10 m plus loin pour immortaliser la beauté de ce bâtiment, du genre à offrir des albums photos "made by Tony" aux anniversaires. Le monde je l'ai souvent découvert à travers ses œuvres. À travers ces instants éphémères qu'il a toujours su capter. Il a toujours été capable de mettre en valeur ceux qui l'entouraient. Un bout de sein sur la plage. Une bouille au détour d'un cabanon. Un athlète en action. C'est le genre de papa grâce auquel tu peux te revoir à 5 ans en train de faire le pitre sur ton cheval à bascule ou à 12 sur un podium à Gujan-Mestras.

C'est le genre de papa qui aurait percé, même un chouia, si il avait plus cru en ce putain de talent qui l'habitait, mais qui a souvent eu peur. C'est le genre de papa qui a immortalisé tous ces moments qui nous ont fait. C'est le genre de papa qui se fait un sang d'encre pour l'avenir de sa progéniture alors qu'il a été assez bon pour faire de ses trois branleurs de mômes, des personnes qui ont tout pour réussir. C'est le genre de papa à qui je demanderai juste d'avoir confiance.

Parce qu'au final le monde n'est pas aussi noir qu'il peut le décrire.

Et sans doute quasiment aussi beau que dans ses photos.

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