La Sentinelle #18 - Les Moleskines - Dans Paris

dyonisos

Carnet de Voyage numéro dix-huit – Porte de Vincennes #LaSentinelle

Assis devant ma persienne, posté comme une sentinelle, je guette l'immeuble d'en face. Ni voyeurisme, ni jalousie, j'assouvis là une simple curiosité. Humaine, trop humaine. Dans la nuit de Paris, les fenêtres éclairées semblent ouvertes sur le monde: elle grouillent de vie, d'agitation frénétique et de situations ordinaires. Elles sont livrées à qui veut malgré l'intimité du soir qu'elles renferment.

C'est un damier parsemé d'ombres et de lumières sur lequel je projète des fantasmes, des histoires inventées et d'éternelles questions. Plus ou moins sans réponse...

A cinquante mètres de moi, la vie. Les vies d'individus sans nom, sans passé connu, ni futur m'intéressant. Juste des mouvements humains qui s'égrènent au fil des jours. Des films muets dans chacune des fenêtres se jouent chaque soir. J'y assiste en avant-première... Chaque soir, les acteurs jouent leur comédie humaine sous mes yeux me laissant la triste place d'interpréter ces faits et gestes et d'en constituer un scénario.

Juste en face de ma persienne, un couple de quinquagénaires. Elle est souvent seule le soir en semaine. Il n'est jamais seul les nuits de week-end quand elle part voir ses enfants à Troyes.

En haut de l'immeuble, à son extrême gauche, un mec seul qui passe son temps à fumer et à boire du Jack Daniel's engoncé dans un canapé en fleur de cuir. Un chômeur longue durée qui refuse systématiquement les jobs de manutentionnaire avec pour bouclier un certificat médical au sujet d'un obscur mal de dos. Il boit du Jack.

Les dimanches soirs, la fenêtre d'à côté clignote sous les rutilements de l'écran télé. Devant, comme effaré, je perçois 3 paires d'yeux allumés. Les experts, sûrement Manhattan.

Les jeudis, fenêtre plein centre de l'immeuble, les parents sont absents pour une toile ou une pièce. La petite fille parfaite, déjà adolescente les embrasse quand ils partent et dès qu'ils sont loin, une jeune homme souvent différent fait son entrée dans la fenêtre. Une fois encore, les volets se fermeront jusqu'au retour des parents.

(J'ai déjà vécu un instant dans une des fenêtres: chez Laure, 1er étage, droite. L'instant d'une nuit et d'une matinée grise)

Depuis ma fenêtre, je me sens observé aussi. Exhibitionniste que je suis, mes volets sont rarement fermés et ma fenêtre laisse à voir mes épopées noctures à qui donc veut capter ces instants. Humains trop humains.

A suivre

Carnet de voyage numéro dix-neuf - Vavin - #LesOrgiesDesFaubourgs Partie 1

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