Occupé

Hervé Lénervé

Georgette et Georges sont de respectables retraités qui habitent, sans bruit, un pavillon de banlieue avec un seul cabinet.

Tu vas rester encore longtemps dans les cabinets ?

C'est la grosse commission.

J'espère que tu auras ramener des packs d'eau, depuis tout c'temps.

Mais, non ! J'ai fait tomber mon dentier dans l'trou.

Merde ! Comment tu vas faire ?

Ben, je fouille.

Avec tes mains ?

Non, avec ma langue, bécasse !

Mais c'est dégueulasse !

Ecoute, c'était pas dégueulasse quand c'était en nous et à l'extérieur, c'est devenu, d'un seul coup, dégueulasse. Faudrait qu'on m'explique ?

C'est la pollution !

Elle a bon dos, ta pollution. La soupe est trop froide, c'est la pollution. La soupe est trop chaude, c'est la pollution. Elle ne serait pas un peu versatile, ta pollution.

Il n'empêche que sans la pollution, on se caillerait encore, en novembre.

Ouais, admettons, quelle est du bon ta pollution. Mais je m'en occuperais demain, car là, pour l'instant, je suis dans une entreprise délicate. Je fouille.

Fouiller, fouiller, c'est bien beau, mais faut trouver, aussi.

On n'trouve jamais tout de suite, du premier coup, ce serait frustrant. Toutânkhamon n'a pas été trouvé en un jour, faut fouiller longtemps.

Tu l'as trouvé, oui ou non ?

Pas encore. Ca, c'est pas ça. Ca, non plus. Ca, c'est ça, je l'ai !

Ton dentier ?

Non, ma paire de skis, bécasse !

Il est cassé.

Attend, j'essaie. Non, même pas cassé. Impeccable, tout comme avant.

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