Plus rien ne sera jamais comme avant

lodicee

Concours Meurtre Mystérieux à Manhattan

Alan venait de rentrer après une journée harassante. Comme chaque jour de sa vie de trader à Wall Street. Rien de plus banal se dit-il en contemplant la ville depuis sa large baie vitrée au quarante quatrième étage. Comment ne pas être épuisé dans cette ville où l’argent ne dort jamais ?
Il était presque vingt deux heures. Il alluma machinalement son écran plat, tout en se servant un verre de whisky. Les cotations des indices boursiers défilèrent pendant que le journaliste égrenait les tendances des marchés financiers européens.
Alan se massa la tempe droite. Il y avait ce mal de tête persistant depuis le milieu de l’après-midi qui lui avait coûté près de deux millions de dollars.
Ca suffit pour aujourd’hui ! se dit-il.
Il prit la télécommande pour afficher la mosaïque de chaînes. Une gorgée de whisky plus tard, le fauteuil en cuir d’Alan accueillit en souplesse tout le poids de sa lassitude.
Le verre collé contre la tempe, il arrêta son choix sur l’émission phare du moment.
La voix du présentateur commença :
— Bonsoir à tous. Bienvenue à ‘Plus rien ne sera jamais comme avant’. Nous sommes ensemble pour près d’une heure. Avec nous ce soir, Paul Mc Coy, criminologue et Marcello Spinetti, porte-parole de la police de New York. Avant de vous donner la parole, Messieurs, un bref rappel des faits pour ceux qui n’auraient pas encore entendu parler de cette affaire.

La photo d’un homme s’afficha à l’écran.
— Il y a 8 semaines maintenant, cet homme est découvert mort, assis au coin de la 42ème et de la 3ème. Lorsque la police arrive, il ne possède aucun papier, aucun objet permettant de l’identifier. La seule chose retrouvée sur place, c’est ce morceau de papier plié dans sa main droite.

L’image de la petite feuille apparut à côté du visage de l’homme, livrant le texte que lut une voix-off :
— Plus rien ne sera jamais comme avant. 10/11/2013. M3

Le présentateur reprit :
— Pendant deux semaines, la police a cherché à connaître l’identité de cet homme. Sans succès. Elle s’est donc tournée vers la télévision pour essayer de recueillir des témoignages et des informations. Bien qu’un grand nombre de téléspectateurs nous aient contacté en pensant fournir de précieux indices pour l’enquête, aucun n’a permis d’avancer sérieusement. Il y a un mois, nous lancions cette émission quotidienne, devenue l’une des plus suivie par quelques millions de new-yorkais et quelques dizaines de millions d’américains.

Il poursuivit sur un ton solennel :
Alors, qui est cet homme ? Pourquoi la mort de cet inconnu fascine-t-elle autant l’Amérique ? Que se cache-t-il derrière ce message ? Que signifient cette date et cette signature ? Les derniers développements avec John Parsky, en direct de la morgue de New-York. John, vous avez vu le médecin qui a pratiqué l’autopsie, où en est-on des tests sanguins de ces derniers jours ?
Tout d’abord, Cameron, je rappelle que plusieurs choses surprenantes ont déjà été découvertes. Toutes les empreintes digitales semblent effacées et le dessus des dents du défunt est si lisse, qu’elles ne sont pas identifiables. Enfin, nous savons avec certitude qu’il est décédé de mort naturelle. Mais les tests sanguins révèlent une anomalie génétique inconnue jusqu’alors qui, d’après le laboratoire, a modifié une partie du patrimoine génétique de cet homme, le rendant anonyme. Et cette mutation est toujours en cours.
Vous voulez dire huit semaines après son décès, John ?
C’est ça !

Le présentateur resta bouche bée :
Ouah ! C’est une nouvelle stupéfiante mais qui n’est pas de nature à rassurer la population. Avant de vous faire réagir, je vous propose de prendre l’appel d’une personne qui pense avoir des informations importantes. Nous vous écoutons, Monsieur ….
Mon nom n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est le message. Cet homme est le premier. D’autres suivront.
Vous le connaissez ? Vous êtes un proche ? ou peut-être le tueur ?
— T
oujours des questions. Vous ne cherchez pas vraiment les réponses. Dans quelques jours, vous comprendrez. J’ai mis longtemps à comprendre moi aussi. Je serai le deuxième. Le temps s’accélère. Plus que huit jours.
Vous faites partie d’une secte, c’est ça ?
Je ne le connais pas mais je sais qu’il est déjà trop tard. J’espère qu’aucun de vous ne sera le dernier.

Un long bip retentit comme un tocsin, figeant les invités sur le plateau.

Alan lâcha son verre et dans un dernier souffle appuya sur la touche bis de son téléphone :
— ‘Plus rien ne sera jamais comme avant’, ne quittez pas.

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