Sage comme une Image

Hervé Lénervé

Dialogue entre auteurs inconnus ou méconnus, comme on veut au choix facultatif de chacun.

-         Eh ! Hervé ! t'as vu ton dernier bouquin cartonne un max, sur Paris !

-         NON ! C'est pas vrai ?

-         T'as raison ! C'est pas vrai ! J'déconnais, bien sûr !

-         Ah, j'me disais, aussi ?

-         T'as raison, de ne pas trop te dire, car il est passé tant inaperçu, qu'on pourrait même se demander s'il n'a jamais été écrit.

-         La ! Tu m'accables !

-         C'est pout ton bien ! je ne voudrais pas que tu prennes la grosse tête.

-         Ça va, ça va ! J'ai encore de la place ! Deux bouquins édités et cinquante ventes effectuées.

-         Pour chacun ?

-         Non, les deux !

-         T'as pas beaucoup de familles, dis donc ?

-         Bé non, ils sont presque tous morts.

-         C'est con ! Ça aide, bien, la famille !

-         Eh, oui !

 

-         Maintenant si je peux me permettre… l'intrigue du dernier était très faible, aussi pauvre que Cosette et aussi mauvaise que les Thénardier pour les idées.

-         Vas-y, permets- toi…

-         Ecoute ton idée de traiter, le complexe de notre Président de la République n'était pas si mauvaise, en soi. Bon, il est sorti majeur de sa promotion à l'ENA et il n'a jamais été foutu d'apprendre à faire les rosettes de ses lacets de chaussures. Ok, c'est marrant pour une saynète, mais sur cinq cents pages, c'est long, ça tourne vite court.

-         C'est long ou c'est cour ?

-         C'est court pour être si long, voilà ! On n'y croit pas, que ce mec soit torturé jusqu'au trésprofond de son être par une anecdote aussi insignifiante.

-         Tréfonds, tréfonds les petites marionnettes et insignifiante, peut-être, mais invalidante au quotidien. Obligé de porter des bottines par une canicule, c'est chaud, quand même ! Et des Weston à velcro, ça n'existent pas, alors un Président en Baskets en permanence, ça ne fait pas sérieux pour représenter un pays comme la France. Pour le Rocher perdu de Monaco ça passe encore, mais pour une puissance économique, non !

-         Je ne savais pas que Monaco était si pauvre.

-         C'était une image !

-         Ouais, mais l'écriture, ce n'est pas du dessin, alors tes images gardent-les pour des bandes dessinées.

-         C'est une idée, ça, les bandes dessinées.

-         Mais tu dessines comme un pied !

-         Et alors ? j'écris bien comme un pied, ça ne m'empêche pas de marcher.

-         De boiter, oui ! Tu claudiques dans l'écriture comme un unijambiste cul de jatte.

-         T'aimes bien les comparaisons, toi !

-         T'aimes bien les images, toi ! Chacun son truc !

-         Tu m'avais pourtant dit à la première lecture que ce n'était pas si mal.

-         C'était justement, pour ne pas te faire de mal, je suis ton pote, après tout !

-         Oui ! admettons… pour mon pote… pourvu que ça dure ! Tient, une question comme ça à mon pote qui est un dur, tu as acheté mes bouquins au moins.

-         Bé non ! Tu m'avais fait lire les manuscrits, c'était déjà bien assez, non ?

-         Tu les avais lus jusqu'au bout ?

-         Euh… oui… en diagonale, oui !

-         D'accord, tu as lu les numéros des pages, en somme !

-         Pas tous !

-         Merci mon ami, ça réconforte d'avoir de bons potes.

-         Pas de quoi, on est là pour ça ! Allez jeunesse, ça tourne. Je te laisse, j'ai une séance de dédicace.

-         T'as invité ta famille ?

-         Of course ! Ils seront tous là, même Georgio le fils maudit avec des présents plein les bras.

-         Veinard ! Tu pourrais me la prêter un peu ta famille ?

-         Of course not ! La famille, c'est sacré. Je peux à la rigueur te prêter ma femme pour le weekend, si tu me promets de ne pas lui parler littérature.

-         Ah, non, pas ta femme, elle est trop moche !

-         Attend, ne soit pas bête, si elle était belle, je ne te la fourguerais pas, non plus !

-         Pas faux !

-         Faut y aller, maintenant, mon gars, car là, on fauche en rond, grave !

-         Ok ! Adieu, donc !

-         Adieu, comme à dia!

-         Encore une comparaison.

-         Non, une image de charretier pour rester dans la ruralité agricole.

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