SNOW

Aurelie Roumy

Partie 6

Je compris que je devais me méfier et rester sur mes gardes.


Mais comme le dit si bien le dicton: le cœur a ses raisons que la raison ignore.
En une semaine avec lui, il m'avait fait chavirer. Plus aucun homme n'avait d'attraits à mes yeux. 
Malgré ce sentiment qu'il me cachait des choses, j'essayais de faire face à ce manque de lui.

On continuait nos échanges virtuels qui soufflaient aussi bien le froid que le très chaud. Je devais l'admettre, j'adorais ça. Cela me permettait de conserver ce lien avec lui. Cela enlevait aussi à mes frustrations sexuelles de plus en plus fortes. Et plus que tout cela me laissait espérer nos futures retrouvailles que je savais d'avance torrides. 

Je lui demandais parfois, sans paraître insistante, quand il serait possible de se revoir. Ou s'il souhaitait que je fasse le trajet.
Ces deux questions restaient automatiquement sans réponse. Il bifurquait aussitôt la conversation sur des cam' où nous nous caressions, offerts, l'un face à l'autre jusqu'à satisfaction.
Il avait trouvé ma faille. C'était indéniable. Et ma faille c'était l'aspect sexuel. Il savait l'effet qu'il me faisait, il connaissait mes ardeurs et ma soif de lui presque insatiable. Et il en usait à la perfection.
J'en avais conscience mais j'étais faible... Et je demandais à ma petite voix, qui me soufflait à l'oreille de laisser tomber, de se taire. Je persistais à répondre présente et garder mes pensées pour moi au moindre message de lui. Un bon toutou.

Est-ce que finalement je n'étais accroc qu'à cette alchimie sexuelle? Son caractère me tapait sur le système assez souvent. Sa façon de me traiter encore plus.
Avant lui, je ne savais pas que j'aimais autant le sexe et que ça pouvait être aussi fort, langoureux, long et jouissif.
Cette possibilité n'était donc pas à exclure et je comptais m'en donner le cœur net.

Pour ceci, il n'y avait qu'une solution: Me trouver un nouveau partenaire de "jeu".
Je rencontrais plusieurs hommes, avec qui j'échangeais de brèves discussions autour d'un verre. Et ça s'arrêtait là.
Il ne se passait rien. Pas de connivence outre mesure, pas le moindre signe d'excitation malgré des sous-entendus souvent douteux. Juste ennuyeux et ennuyant.
Je n'y parvenais pas. J'avais l'impression de lui être infidèle. Chose ridicule puisque nous n'étions pas un couple et que ses mots doux et ses je t'aime n'étaient que des paroles.
Même amis, nous ne l'étions pas. Ce fut mon triste constat.
J'avais le mal de lui. Un mal jamais ressenti. Mais je n'en montrais rien. Je faisais même tout l'inverse. Hors de question de lui apporter cette satisfaction. Il semblait très bien vivre la situation après tout. 

Le temps passa, l'hiver avec. Un hiver pluvieux, sans neige, morose.
Nos échanges s'étaient un peu espacés mais c'était mieux que rien. Huit longs mois de passés et je tenais toujours férocement à lui. Mais je me sentais mieux.

Au travail, l'ambiance était toujours aussi bonne et de nouvelles recrues étaient venues agrandir les rangs.
Puis vint cet homme dans l'équipe. Un visage parfait. Un corps musclé. Une belle voix grave. Un très bel homme. Compétent, amusant, sociable. Terriblement sexy. Magnétique, naturel et mûre.
Typiquement le genre de mec que je ne calcule d'habitude pas et que je n'intéresse pas non plus. Je ne suis jamais rentrée dans les critères de ce type d'homme. Pas assez belle, pas assez sophistiquée, pas assez...
Je me faisais sûrement des films après huit mois de vide sexuel mais j'avais l'impression de ne pas le laisser indifférent.
Aussi naturellement qu'il en avait l'habitude, il me proposa le covoiturage. Nous faisions le même trajet. 
Je passe te prendre demain.
Une toute petite phrase totalement anodine pour tous mais parfaitement claire pour lui et moi vu les regards que nous échangeâmes à ce moment précis.
Et ce fut également à ce moment précis que je ressentis de nouveau de l'envie et de l'excitation pour un autre.

Il ne nous fallut guère de temps pour prendre nos habitudes. 
Il passait me prendre tôt le matin. Dans tous les sens du termes. Nous faisions ensuite l'air de rien au travail tout en attendant patiemment le retour covoit'. Nous commencions à nous chauffer dans sa voiture. Sa façon d'embrasser était très sexuelle. C'était plus que des baisers, mais de véritables caresses. Caresses qui se finissaient en masturbation conjointe. Je prenais un malin plaisir à faire couler ma salive sur son sexe pour que ma main coulisse le mieux possible. Il adorait ça. Lui continuait ses baisers-caresses. Il s'occupait de mes seins à merveille. Il pouvait presque me faire jouir juste comme ça. Nous arrêtions de nous exciter avant de se jeter l'un sur l'autre et allions chez lui finir ce que nous avions commencé. Il était un très bon amant. 
On mangeait ensemble ou on sortait... Il n'avait pas honte de se montrer avec moi, lui. Puis nous faisions encore l'amour avant de nous souhaiter bonne nuit.
Je ne dormais jamais avec lui. Je gardais cette barrière. Cela l'interrogeait et je lui répondais que, sortie de ma zone de confort, je n'étais bonne qu'à faire des insomnies. C'était un demi mensonge.
La vérité, c'était que je ne voulais pas rater un possible échange virtuel avec LUI.
Car je ne les avais jamais cessé malgré cette histoire avec mon collègue. Il me laissait moisir, attendant certainement que je me fasse une raison et pourtant je continuais bêtement à répondre présente et m'entraver seule comme une conne.

Ce soir là s'était déroulé comme les autres soirs.
Sauf qu'en prenant le chemin du retour que j'aimais faire à pieds, je crus l'apercevoir.
Chose totalement impossible vu la distance géographique qui nous séparait.
Je marchais, perturbée par cette vision quand on me tira sur le bras. Je sus aussitôt que c'était lui.
Il me surveillait? Qu'est-ce qu'il foutait là? Pourquoi les mecs qui nous ont laissé moisir réapparaissent toujours quand on va mieux?

Il me fit pivoter pour lui faire face, me fit reculer jusqu'à un endroit dérobé et m'embrassa avec méchanceté.
Ce baiser complètement intrusif me mit en rage. Il n'avait pas le droit. Depuis quand était-il devenu un salaud?
Mais mon corps me trahit. J'en avais frissonné de plaisir. L'alchimie était toujours bien présente et plus forte encore que huit mois auparavant. Il le savait très bien.
Je m'accrochai à son cou tandis qu'il mordait le mien. Je gémissais de l'envie de lui si longtemps réprimée. Il glissa un doigt en moi. Il aurait pu me prendre là, quasiment en pleine rue, que je l'aurais laissé faire tant je le désirais. Il continua ses va et vient en moi, avec son seul doigt jusqu'à sentir l'orgasme qui me saisit.
Il me chuchota à l'oreille: Il saurait te faire jouir d'un doigt, lui, tu crois? Vérifie tes textos de temps en temps, même quand tu es avec lui.

Et sur ces paroles, il s'en alla, me laissant en plan, dans l'incompréhension la plus totale.
Et la seule chose que je réussis à penser, au lieu d'être en colère contre lui, fut: C'est la merde. C'est la grosse merde!! Me voilà avec deux super amants.


Aurélie, to be continued....

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