Sticky fingers ne coupent pas la faim.

vincb

Les années 70 ou comment les hippies ayant perdu la foi amorcèrent une longue descente aux enfers, ainsi qu'un durcissement du rock'n Roll et de leurs drogues.

« Sticky Fingers » ou les adieux au Flower Power, bien qu'ayant des accents bluesy, n'en annonce pas moins l'odeur des années à venir, teintées de déliquescence, d'auto-destruction et de cyprine contaminée aux rétrovirus.

Pourtant en réécoutant l'album on est loin de se douter, et c'est un constat bien déroutant, que plus tard la machine Rolling Stones deviendrait une des emblèmes du jeunisme carabiné, ainsi que du rattrapage des « contre-cultures » par le divertissement.

Finalement pour avoir grandi dans cette vénération mortifère des idoles, faut-il s'étonner qu'après avoir idolâtré les Rock Stars dans le but qu'elles vivent nos interdits et nos fantasmes par procuration, que de fils d'afghan en aiguilles, et la surenchère aidant, nous en soyons rendus à ça.

Au demeurant, ceci a le mérite d'être bien plus grisant que les édulcorées, hygiénistes et socialement correctes frasques de nos nouvelles icônes digitales ou de nos peoples à paillettes, qui tout bien considérés sont aussi puants mais à présent de platitude, de bien-pensance, de relativisme ou d'élans solidaires marketés...

En regard de ce titre évocateur, ces mélodies lancinantes saturées de guitares et sans oublier, bien sûr, la voix de Mick Jagger qui fleure bon le stupre, l'oubli, l'abandon, et la chute, on a de quoi se dire que si effectivement les temps changent, les albums eux heureusement restent !

Il faut bien constater aussi, alors que dans une société où les clichés pornographiques abondent, que la finalement chaste et allusive pochette d' Andy Wahrol était prédicatrice de ce qui allait nous rattraper au tournant.
Après tout, il nous a bien servi Marylin, Mao et le King en personne telles des icônes dépecées de leur potentiel sexuel, dans ce procédé de duplication industrielle qu'est la sérigraphie.

La standardisation, la normalisation et la globalisation aidant et si peu d'orgasmes comme jadis plus tard, il reste des valeurs sures vers lesquelles se retourner, pour tous les nostalgiques d'une époque où c'était le corps qui trinquait, où c'était le corps qui jouissait.

Charnel et organique, d'une sensualité folle, comme on ne saurait plus la concevoir, il y a vraiment de quoi se demander en dépoussiérant ces vieilleries, comment ces pionniers bigrement inspirés ont pu laisser filer cette grâce, comment n'ont-ils pas su nous prémunir de la dégringolade en cours ?

Voilà alors ce qu'il advient lorsque l'on dresse le bilan à la vieille de l’anniversaire, un peu avant les quarante années écoulées depuis la sortie d'un album phénoménal.

Il y a vraiment de quoi détourner le vieil adage pour la circonstance, en se disant pour se rassurer et préserver la divine étincelle que celui qui se couche avec le cul qui gratte peut encore se réveiller avec « Stincky fingers » dans les oreilles.

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