Tout va trop vite.

Hervé Lénervé

Recherche d’invariants auxquels se raccrocher désespérément pour oublier que le temps passe, trop tard, il est passé et ne repassera plus par une jeunesse à torcher.

-         Il n'y a plus rien de stable, regarde nos téléphones en bakélite d'antan que sont-ils devenus, des jouets ridicules dans les mains de gamins.

-         Mais, toi aussi, t'as un portable !

-         Cela n'a rien à voir, moi c'est à cause de ma femme, elle veut toujours savoir où je suis.

-         Pourquoi, elle est jalouse ?

-         Très !

-          Par contre, elle n'est pas très lucide, alors ?

-         Pourquoi tu dis ça ?

-         Non, pour rien, comme ça en passant.

-         En passant par où ?

-         Mais tu me fais chier à la fin ! c'est juste une expression, c'est tout, ça ne veut rien dire du tout, comme toutes les expressions, d'ailleurs, je ne sais même pas pourquoi on les dit.

-         Ok, laisse tomber… Donc quand on cherche des objets du quotidien qui n'auraient pas évolué de toute notre vie, il faut se pencher vers la musique. Les instruments de musiques sont les mêmes, un violon est resté un violon à travers les siècles. Une guitare même électrique, est restée une guitare même électrique.

-         Que tu crois mon gars, t'es aussi naïf que ta femme, ma parole !

-         Pourquoi, dis-tu cela ?

-         Pour rien, mais regarde les vieux guitaristes rockers, tout tordu comme Keith Richards. Tu crois qu'il pourrait encore jouer pendant des heures de concert avec une guitare qui pèse quatre kilos ? Alors qu'il n'arrive même plus à porter son paquet de clopes.

-         Quoi, il fume encore, l'autre débris ? On dirait une momie.

-         Penses-tu ! C'est pour faire djeuns. Ceci pour dire que les guitares d'aujourd'hui ressemblent aux guitares d'hier, mais y a plus rien dedans, une caisse en plastique toute vide de 300 grammes.

-         Tu me fais marcher, la lutherie est importante pour le son.

-         Pour le son, oui, certes ! Mais pour eux, pour les sons qu'ils en  font, ça leur suffit amplement. Tu leur mettrais une poêle électrique entre les mains, ce serait pareillement la même chose.

-         Bon admettons pour les musiciens modernes, mais pour les musiciens anciens, les classiques, ne me dit pas que les contrebasses sont creuses ?

-         Si, aussi creuses que ta femme est gentille.

-         Mais tu vas laisser, un peu, ma femme tranquille, tu es obsédé par ma femme ou quoi ?

-         Je n'avoue rien du tout ! C'n'est même pas moi qui voulais, c'est elle, qui m'a sauté dessus.

-         C'est vrai que je dois admettre que quand elle a un truc en tête elle ne l'a pas dans le cul, ma femme, façon de parler, bien sûr !

-         Ok, alors parlons d'autre chose, si tu veux bien.

-         Donc, les contrebasses sont vides, d'accord, mais pas les violons quand même ?

-         Non, pas les violons, car ils sont tout petits. Alors, on les remplit de terre et de cailloux à présent pour faire plus sérieux. Car acheter un truc qui ne pèse rien, une tonne de blé, faudrait être sacrément crédule comme ta… rien… j'n'ai pas dit… j'ai même rien dit ! tient, ça me fait penser à une chose marrante : Violons, violons ! Ça nous mènera toujours au violon… La prison, t'as compris ! Non ?

-         Oui ! Je ne suis pas ma femme, quand même.

-         Ah, là, c'est toi qui en parle, tu vois !

-         Justement, je vais te laisser mon pote, car j'ai un problème domestique à régler à la maison.

-         Ok, mais je vais m'absenter pour quelques temps à l'étranger, je ne serai pas joignable pendant quelques années.

Ça marche !

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