Un cours de dessin

Yann Sayr

Elle était méconnaissable.

Elle paraissait, à cet instant, à l'opposé de la jeune élève simple et discrète qu'Anne connaissait bien et appréciait comme étudiante de son cours. Claire s'était aussitôt proposée dès qu'elle sut que leur professeur cherchait une volontaire pour une courte séance de pose. Il faut dire aussi que l'idée de métamorphoser pour un moment le genre blue-jeans/débardeur en femme séductrice était assez enthousiasmant pour Anne.

A présent, la jeune fille observait sur les visages des élèves assis en face d'elle les marques d'étonnement que sa tenue provoquait. Elle avait choisi une robe fourreau qui lui descendait jusqu'au bas des chevilles tout en lui maintenant serré le haut de la nuque. Rien, pas un obstacle, pas un bouton ne venait rompre la ligne merveilleuse de ses courbes. La robe enveloppait, dessinait, glorifiait ce corps que l'on imaginait sous le tissus tendu.
Anne attendit un moment puis invita les jeunes à préparer leur matériel.
- bon, voici pour ce jour, un programme un peu particulier. Bien sûr, vous connaissez tous Claire, c'est une de vos amies, et bien, j'aimerais vous démontrer comment il est aisément possible de modifier l'apparence d'un sujet rien qu'en le proposant différemment. Ainsi, vous saurez combien est important le contexte et la signification de l'objet que vous comptez mettre en lumière.

Elle parlait calmement et, de la main, accompagnait son récit par des gestes lents qui enveloppaient la silhouette de la jeune fille. Elle ne la touchait pas. Claire avait fermé les yeux. Peut-être était-elle gênée, ou alors, en s'isolant ainsi sur elle-même, profitait-elle mieux des paroles de son initiatrice.
Anne enfonça ses doigts dans la mousse soyeuse des cheveux. Ils étaient compacts et glissants à la fois.
- A présent, il me faut faire un acte important pour la suite de notre étude. Je vais entraver par des liens ses poignets de manière à ce que vous éprouviez les choses à différents degrés. Vous pourrez traduire dans vos esquisses, outre la beauté du corps, différentes sortes de ressentis, comme la servitude acceptée, la contrainte, la soumission voire l'intime souffrance. Les combinaisons multiples de ces émotions iront ainsi se mêler à la vision du corps, l'enrichissant. A vous d'interpréter.

Anne s'empara de cordelettes, prit les bras de la jeune fille et les noua dans son dos. Puis elle dégagea la nuque d'un geste habile et y déposa ses lèvres afin de calmer la tension des muscles. La peau nue apparut sous la main.
- Regardez encore, étudiez comme ces épaules sont merveilleusement esquissées, comme elles sont infiniment attirantes. Ici, la peau est tendre mais pas particulièrement douce; ce n'est pas encore le centre d'intérêt, l'endroit vulnérable, mais c'est tout proche; en fait, elles préparent, elles titillent l'imagination, elles annoncent ce que l'on trouvera plus bas, à quelques centimètres, et qui nous reste encore secret.

Anne observait le ventre de Claire. Celui-ci semblait parcouru de mouvements internes.

- Sa respiration devient irrégulière, sa chaleur corporelle monte, un bouquet, qui lui est propre et significatif, s'échappe de sa poitrine. Cette odeur-là, vous vous devez de la transcrire sur votre toile.
Puis elle descendit sa main tout en gardant, cette fois, le contact avec la peau, entraînant par ce geste le tissu. Celui-ci laissa apparaître le creux puis la base des deux rondeurs qui s'annonçaient sous la robe.
- Cela se sent! Cela se ressent! Retenez bien tout ceci. Apprenez donc à analyser ce que vos yeux découvrent. Rien n'est plus beau qu'un sein que l'on dévoile délicatement et qu'on esquisse à peine d'un trait de pinceau.
En parlant ainsi de sa voix tranquille, elle faisait glisser délicieusement la robe et ses mains découvraient le satin de la peau, le rebondi des formes, la tendre mollesse des chairs. Déjà, la moitié de la poitrine se dégageait et les doigts d'Anne palpaient sous le tissu l'auréole brune des deux mamelons.
Enfin, ils apparurent et les pointes se dégagèrent, accrochant un moment l'étoffe légère. Anne poursuivit son geste et découvrit totalement le ventre de la jeune fille.
Claire était presque nue à présent et n'avait toujours pas ouvert les yeux. Elle maintenait sa tête légèrement penchée en arrière et ses lèvres s'entrouvraient sur quelques inaudibles mélopées. L'haleine de la jeune fille était brûlante et se mélangeait à celle d'Anne lorsque celle-ci s'approchait de son visage.
Les mains de l'initiatrice ne restaient pas immobiles. Elles descendaient et remontaient sur le ventre dénudé en s'attardant sur le duvet blond qui s'étalait sur la peau blanche, surtout près du rebondi qu'elle avait fort prononcé entre les hanches. Cette pilosité, quasiment invisible, ne se décelait qu'à l'observation attentive et rapprochée. Elle agrippa la robe et continua son chemin vers les cuisses. Claire tressaillit. Le groupe en prit conscience aussitôt; la tension était palpable; l'immobilité absolue. Anne attendit un instant que la jeune fille se calmât puis poursuivit son geste.
Pour que le vêtement pût se dérouler sans contrainte, elle dénoua un instant les liens.

- Claire, tu es magnifique, lui glissa-t-elle à l'oreille.

Le bas-ventre se dévoilait. Les hanches sortirent de leur fourreau protecteur, les premiers poils blonds apparurent puis enfin la fente elle-même, à peine dissimulée par une jeune touffe claire. Le sexe était là, simple petite cicatrice de chair rosée avec ses lèvres minuscules et sa silhouette si singulière en forme de coupure verticale.

Anne ne parlait plus. Elle aussi était troublée. Nulle parole ne présentait un intérêt. L'ouverture originelle se dissimulait si mal derrière la fragile toison que c'était comme si celle-ci appartenait à tous, un peu, le temps d'un regard ou d'une ébauche.
Pour conclure, Anne s'accroupit aux pieds de la jeune fille et acheva le déshabillage. Elle posa ses mains sur les cuisses et détailla les contours nets de la cicatrice. Claire était nue, entravée et prête à transmettre aux élèves suffisamment d'impressions variées pour que ceux-ci soient des plus inspirés. Elle ouvrit les yeux. Anne se tourna vers les autres.

- Voilà, il ne vous reste plus qu'à tenter de traduire l'émoi multiple de cette jeune fille offerte à vous. Ne vous trompez pas!

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