Une journée comme les autres

lise-rose

Je suis installée sur ma terrasse depuis vingt-cinq secondes. Mes doigts sont couverts d’un mélange de peinture et de colle blanche. Du sable coloré jonche le sol de ma salle à manger. Les loisirs créatifs ne peuvent s’apprendre sans désordre. Je regarde mon jardin situé plein Sud. L’école qui jouxte mon terrain est à l’arrêt depuis plusieurs semaines. Je profite des quelques instants de répit avant d’entendre le « maman » qui ne va pas tarder. Et il arrive avec force, réclamant la piscine. Il fait chaud, si chaud que je n’arrive pas à refuser. Le macadam de Bruxelles est en train de fondre. Si le temps reste au beau fixe, les radios du Sud et du Nord compareront l’état des routes de chaque côté de la frontière linguistique, à savoir qui peut se targuer de construire les routes les plus solides.  

Je me relève pour remonter la piscine gonflable de la cave. Je cherche la pompe à piston, en vain. Il faut dire que ma maison est loin d’être bien rangée. Je trouve une pompe à pied crasseuse et commence à gonfler le premier boudin. J’attrape une crampe au mollet qui me fait penser que cela fait plus d’un mois que je n’ai pas fréquenté mon cours de Zumba. Mes deux filles et mon fils s’impatientent. Je cours allumer la radio à fond pour me donner de l’énergie. Je retourne à la cave pour attraper le tuyau d’arrosage. L’enrouleur est coincé. Je vais devoir chipoter. Une demi-heure plus tard, la piscine est remplie. Je vais chercher mon livre et me réinstalle, espérant pouvoir lire une dizaine de pages avant d’entendre le « maman » qui me sortira de l’histoire. Je n’ai lu qu’une demi-page quand il arrive. J’ai oublié de mettre une couche à la petite. L’eau de la piscine devient brune. Je hurle pour les faire sortir en essayant de contenir un fou rire. Je tire sur le bouchon pour évacuer les litres d’eau sale. Je remets de l’eau mais je n’ai pas le temps de me rasseoir. J’ai oublié les jouets de bain. Le temps de les trouver, le premier boudin de la piscine s’est dégonflé totalement. La fuite est fatale. Mon jardin est trempé, tout comme mon livre que j’avais laissé par terre. Il est 17 :00. J’allume la télévision et tombe sur un clip enfantin. J’attrape mes aiguilles pendant que mes trois petits monstres chantonnent. Peut-être aurais-je l’occasion de tricoter un rang. Demain, j’enfilerai mon costume d’assistante de direction parfaite. J’entendrai des histoires, peut-être drôles mais aussi peut-être tristes.

J’entends une voiture arriver dans mon clos. Je vois mon voisin Ken torse nu en train d’astiquer avec minutie son bolide décapotable. Mon mari rentre du travail pour prendre la relève. Au lieu de m’effondrer dans le fauteuil, je m’installe à mon ordinateur et je commence : Née à Bruxelles le 10 juin 1980, assistante de direction trilingue, mère de trois enfants, passionnée de littérature et férue de l’art du fil,…

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