A un Océan Atlantique près.

onyx

Chacun de tes messages m’empêche d’oublier ton nom. Même te surnommer ne marche pas. Tu existes, toujours. Mon homme impossible. J’étouffe. Je tourne en rond, c’est risible. Sans grâce. J’attends, ton retour, c’est absurde. Tu ne reviendras pas. En plus, rien ne serait prêt. Je t’assure. Hier encore, je me suis aperçue que des moutons de poussière sédimentaient sous le lit, comme s’ils étaient amis de longue date avec les draps, mes sinus, mes cachets d’antihistaminique. Enfin, j’ai arrêté de me ronger les ongles, mais je vais recommencer. Je silence, quand tu me téléphones, c’est normal, tu n’as rien à faire ici, en fait. Tu es bien, là, martelé dans ma tête. Tu pourrais me laisser tomber. Dans l’indifférence. On pourrait s’abandonner l’un à l’autre ou s’abandonner l’un l’autre. A tout moment. Ce serait effroyable et tu le sais. Mais pour l’instant, je me marre. T’es parti, tu crains. Les verres tintent souvent, ici. Je bois du rhum à la paille. Tu me manques, quand je prends le bus, quand je vois les visages s’embrasser, quand j’achète mes clopes. Quand je n’ai volontairement pas faim. Je dois t’ignorer. Grandir. T’oublier. Tout raser.

 Chacun de tes messages me pousse un peu plus au n’importe quoi. Tu es le petit diablotin qui me bastonne la caboche. Oh mon dieu. Je suis affreuse. Passons. Action. On verra après. On réfléchira après. A ton retour. Oh mon dieu. Tu ne reviendras pas. On a divergé. Vite, boire, fumer ! Vite ! Tant pis, pour les poumons. Tout va pour le mieux. J'aime bien le goût un peu amer de cette chose dans la bouteille. J’ai fait un plan, pour un hold-up, avec des complices. Piquer des billets d’avion, venir à toi. Il y aurait une alarme, des policiers. Oh mon dieu. Je grimperais, j’escaladerais, je me répèterais : « la vie un cirque dont nous sommes les clowns, les trapézistes, les spectateurs ». Tout ça pour ne pas rester seule. Oh mon dieu. J'analyse trop, c’était ton reproche, ça, j'analyse trop. C'est marrant comme on peut s'entendre alors que, nos oreilles sont loin. Vraiment loin. Oh mon dieu. Je vais vomir. J’ai l’estomac dans la bouche, mon pouls bat dans les tempes. Rien n’est propre. J’ai envie d’écouter de la musique calme, mais tous les disques me rappellent ta voix, ta barbe, ton odeur de tabac froid. Tu ne peux pas, clairement, me laisser tranquille. Fous-moi la paix, je veux t’oublier. Ici, le temps reste le même. Du gris, du gris. Du gris, parfois un reflet blanc pisse qui coupe les cordons de nuages. Il ressemble à quoi, le tien, d’Automne ? Aujourd’hui je ne me suis rongé qu’un ongle. Le coin du doigt a saigné. Comme une gousse de mandarine.

 Chacun de tes messages est attendu avec impatience. Chacun de tes messages me flanque le vertige. Chacun de tes messages finit dans une boite à chapeaux orange, avec une sorte de fourrure autour et une anse en cuir. Le ringard, la tendance, ce n’est pas une question d’âge. J’aimerais sentir tes doigts me gratter le dos, j’aimerais que tu m’en racontes, de l’extraordinaire. Dans le noir. Avant le sommeil. On n’a pas tellement changé. Je transvase toujours les cigarettes d’un paquet à l’autre, de l’autre à ma bouche. De ma bouche au cendrier. Puis, je suçote un ongle de pouce de pied. Et. Si je ne te vois pas vite. Que tu n’es plus jamais mon refuge. Ou que j’ai trop mangé alors que je me l’interdis, je sens que je vais porter ma bouche au cendrier, les cigarettes dans mes yeux, fourrer mes ongles dans les paquets vides, tirer la chasse de mon cœur et terminer aux égouts. Ce ne sera pas une grande perte. Qu’un tas de dix-sept ans d’os et de gras qui veut que son père revienne.

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