Animalothérapie

Hervé Lénervé

J’ai pris exemple sur le monde animal pour guérir mon mal de reins.

Oui, avec l'âge, venant sournoisement par derrière, j'avais contracté un mal de reins chronique. J'ai longtemps observé mon chat, qui est une chatte au demeurant, mais cela ne change rien à l'observation.

Féline, elle s'étire consciencieusement au sortir d'une sieste. Appliquée, elle joue aux osselets avec toutes ses vertèbres. Puis elle s'en va vers d'autres aventures, sans se plaindre d'un mal de dos quelconque.

Donc, comme elle, je faisais le dos rond, le matin. Je jouais à la pétanque avec mes osselets. Cela faisait un bien fou. Mais j'eus plus de difficultés pour marcher à quatre pattes, le reste de la journée. Faux croire qu'on a oublié.

C'est un long apprentissage, au début, je mettais un temps fou à aller acheter le pain, que je mangeais sur place, n'ayant plus de main disponible pour le porter. Puis j'ai perfectionné ma technique en m'équipant d'une paire de sacoches de mobylettes. Maintenant, je peux prendre n'importe quel bipède aux cent mètres en sortant de la superette.

Il y a des inconvénients, certes. Au marché, je me fais rouler dessus par tous les caddies et sentir le cul par tous les chiens qui en perdent leur latin. Au bar, il me faut une longue paille cintrée et des rétroviseurs pour boire mon Ricard sinon rien, à cause de mes bras trop courts. D'autant plus qu'à tâtons, on a vite fait de prendre le verre du voisin qui est haltérophile, bien sûr !

Mais dans l'ensemble, c'est cool. Tout le monde me reconnait dans le quartier grâce à mon allure naturelle et décontractée. J'ai même fait des émules, nous sommes quelques uns, à présent, à copier le règne animal. Moi, j'ai pris le chat, mais d'autres optent pour le ver de terre, chacun ses préférences.

Et aujourd'hui, grâce à cette leçon animalière, je n'ai plus rien aux reins, par contre j'ai de l'arthrite dans toutes les pattes.

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