APB en phase terminale

divina-bonitas

Chronique scolaire

Déjà des lustres que le système APB montre ses limites...


Des lycéens qui ont bossé d'arrache-pied pendant des années, certains à grand renfort de cours particuliers, séjours à l'étranger, sacrifices d'activités péri-scolaires épanouissantes...le tout aux frais des parents, pour se retrouver aujourd'hui, bac en poche, sur le carreau.


Des années que l'orientation scolaire est un secteur en berne, que beaucoup partent dans des filières où leurs chances de réussir est plus que maigre, qu'il n'y a personne pour le leur dire ni leur expliquer comment s'y prendre pour arriver à faire ce qui les attire.


Mes enfants étant tous passés par ce fichu système de recrutement, voici quelques exemples.


Mon ainée, brillante élève de L, 3 langues vivantes dont le russe et le japonais + le grec ancien, Bac avec super mention, prise au second tour en hypokhâgne où elle a très bien réussi, contrairement à d'autres acceptées au premier tour, qui ont quitté la prépa au bout de 3 mois. En jeu les bulletins de 1ère et les 2 premiers de terminale. Dans son lycée comme dans d'autres, les profs notaient plutôt sur 15 que sur 20. A l'inverse, certains lycées surnotent leurs élèves pour leur donner plus de chances d'accéder à certaines prépas ou filière sélectives.


Un fils, créatif, bulletins atroces, bac au ras des pâquerettes, entré hors APB dans un établissement d'art et audio-visuel public recrutant sur concours, sorti tête haute après 3 ans de licence, actuellement en dernière année de licence pro, en tête de promo pour devenir un professionnel de l'image, avec des notes exceptionnelles dans les matières scientifiques exigées, lui l'ancien nul absolu dans toutes les matières du bloc scientifique au collège et lycée. La filière recrute des gamins comme lui, polyvalents, sachant filmer, monter, produire, étalonner, composer de la musique, se servir de n'importe quel logiciel ultra sophistiqué de retouche photo, montage, filtrage et de l'internet...des gosses débrouillards, les rois du digital, les créatifs tous azimuts sachant passer de derrière la caméra à derrière la table de mixage, travailler en équipe, trouver des solutions techniques sur fond d'intuition. Et dire qu'il avait été recalé en fin de 3° à un CAP photo du fait de sa mauvaise moyenne de physique!


3° cas: 17 ans, bac S, mais pas de notes suffisantes aux dires d'un directeur de boite à colle PACES pour réussir. Il a fait un an de prépa scientifique avant d'intégrer cette formation qui lamine bon nombre de bacheliers et a réussi. Partir en filière santé PACES avec moins de 16 de moyenne générale dans les matières du bloc scientifique est un gros risque.


Quant à mon petit dernier, sa prof principale avait écrit sur son bulletin du second semestre de terminale S qu'il avait des problèmes de compréhension et d'analyse. La dame s'est manifestement trompée. Il a obtenu sa première année de droit les doigts dans le nez, sans se donner trop de mal, sans repasser une seule matière au rattrapage, avec des notes remarquables dans les dissertations. Pourtant le site APB nous avait envoyé un petit message pour nous dire que hum, bof, le taux de réussite était maigre dans cette filière, sous-entendu qu'il avait peu de chance d'y réussir. D'autres bien mieux notés au lycée ont échoué.


Que faut-il en conclure?


Que le système APB ne prend pas en compte la motivation des élèves, que rien n'est écrit à l'avance, que celui en difficulté au lycée peut très bien y arriver ensuite s'il est à sa place, que chaque enfant avance à son rythme, que parfois une année pour mieux se préparer à entrer dans une filière est nécessaire.


Le hic repose sur le fait que les bulletins de lycée ne sont pas toujours significatifs du potentiel, que les méthodes d'affectation d'APB sont obscures - points attribués en fonction du secteur d'origine?- , que l'orientation devrait se faire avec sérieux en amont du bac, que certains bacheliers ne sont pas prêts à entrer en fac tout de suite après le Bac, que les affectations APB se font avant même l'obtention du bac, que notre système dispose de très peu de classes intermédiaires permettant de consolider des acquis et techniques d'apprentissage, que les lycéens ne font que très peu de stages en milieu professionnel afin de valider leur projet, que les filières manuelles sont dévalorisées tout comme les filières artistiques, que beaucoup partent dans des cursus où ils réussissent avant de les quitter car ils ne s'y plaisent pas, prenant la place d'autres. Voir par exemple le nombre d'étudiants en médecine qui arrêtent en cours de route!


Le drame est sans doute que l'orientation est négligée, que peu de parents y ont recours, que trop souvent ce sont les notes qui décident. Le bon en maths fera ceci, le nul en maths et bon en français fera cela, le "nul" partout fera une filière pro...


A aucun moment quelqu'un vérifie l'ensemble des potentiels d'un jeune et ses motivations, ses espoirs et ses ambitions, en dehors des notes et bulletins. Donc aujourd'hui, certains qui devraient poursuivre des études supérieures se retrouvent le bec dans l'eau quand d'autres vont prendre leur place avec peu de chances d'y réussir. Le tirage au sort est le pire de l'injustice. Le système APB a vécu!




  • Rien n'a changé, autant se battre contre des moulins à vent !! un système totalement obsolète, dont je ne veux même pas débattre tellement la colère ( non dirigée contre toi) me vient à chaque fois ... puisque j'ai largement cotisé :) et fait le travail à leur place ...

    · Il y a 2 mois ·
    W

    marielesmots

    • Merci Marie...désolée de cette réponse tardive, j'avais pris le large quelques temps. Obsolète est le mot!

      · Il y a environ 2 mois ·
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      divina-bonitas

  • Rien de plus vrai ...

    · Il y a 2 mois ·
    Tete alpaga

    campaspe

  • Encore une fois nous le disons: l'éducation échoue, car elle ne sait pas ou ne sait plus inculquer le fondamental, elle ne sait pas, à tout le moins, séduire. Obligatoire jusqu'à 16 ans, elle devrait se donner les moyens de démontrer que l'essentiel réside ailleurs que dans le joystick. Une réforme massive et profonde s'impose, à commencer par toute l'obsolescence qui se cache derrière le nom école.

    Cela n'est possible que si l'Etat, c'est à dire Nous, se résout à cette évidence. Il faut aussi que ceux qui permettent à l'Etat de décider, les grandes fortunes, les grands entrepreneurs et les grandes institutions, s'en convainquent. Nous avons les moyens de mener à bien ce projet mais l'esprit est absent. Il est par ailleurs vital que l'éducation attire tous ceux qui auraient l'envie et les idées d'y investir si elle changeait. Combien d'amis brillants connaissons-nous qui permettraient à l'école d'être sensationnelle? Ceux-là se refusent d'épouser un système dépassé. Quel gâchis!

    · Il y a 2 mois ·
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    enzogrimaldi7

    • Tu es plus connaisseur que moi sur le sujet. Faudrait peut-être que les "élites intellectuelles" du parti en place arrêtent de se masturber sur des soi-disant réformes qui depuis 50 ans ne mènent nulle part. Malgré un Bac +3 tout ce que je sais d'important je l'ai appris en travaillant en entreprise et non à l'école...

      · Il y a 2 mois ·
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      Marcus Volk

    • Oui à tous les deux. Il serait aussi judicieux que les parents s'investissent dans l'orientation sans se fier au seul verdict de l'école.

      · Il y a 2 mois ·
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      divina-bonitas

    • Rien n'est simple.

      · Il y a 2 mois ·
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      enzogrimaldi7

    • "...que les parents s'investissent dans l'orientation..." mouhaha ! Pardon c'est nerveux.

      · Il y a 2 mois ·
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      Marcus Volk

    • Je comprends votre remarque. Oui il y a de quoi rire nerveusement. je garde espoir même si cela peut paraitre très utopique.

      · Il y a environ 2 mois ·
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      divina-bonitas

  • Manque de temps, de personnel, j'ai connu les évaluations en 6ème et 3ème ; pense pas que ça existe encore... Avec un système de masse pensé pour la masse et le nivellement (les taux de 92% de réussite au bac, la bonne blague !), comment veux tu optimiser la réussite d'un cursus à chaque cas ? Impossible...

    · Il y a 2 mois ·
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    Marcus Volk

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