Celui qui ne saura pas

Juliet

Le secret d’un être qui gémit ;
enfant dans sa tête il fait ces rêves
pour lesquels c’est son corps qui frémit,
baladé ci et là sur la grève.


Il se cherche dans la quintessence
d’une vérité qui échappe à ses yeux,
et il se retrouve dans ses sens
qui l’ont fait échapper au regard de dieu.


Il prend du bleu pour s’habiller en noir,
il prend du bleu pour se vêtir en blanc,
il ne fait pas de prières le soir
quand il les enfouit au creux de son flanc.


Ses bras appellent des étreintes
pour étouffer dans son cœur les restes de deuil ;
et il craint les bougies éteintes,
voudrait d’un ange pour le veiller sur son seuil.


Il écrit des poèmes pour ne jamais parler,
se trouve trop maladroit face à un jugement
et se nourrit d’illusions pour ne pas avaler
les paroles de ses démons dans ses noirs tourments.


On lui dit qu’il est plus bas que terre,
il pense qu’il est plus bas que ciel.
On lui dit d’arrêter de se taire,
il attend des mots providentiels.


Il est nu face à son cahier ouvert,
ses doigts blancs crachent de l’encre ébène.
Le ciel sur lui de corbeaux s’est couvert,
lui les chasse sur le dos d’un rêne .


Il a fait de son cœur seul sa mémoire,
et le présent est fait des sentiments d’avant.
Et son esprit est vieux comme un grimoire
dont des pages furent emportées par le vent.

Il sourit en pensant à des miracles,
il pleure en regardant la réalité en face.
Il ne veut faire partie du spectacle
si seule une main d’homme en a écrit le préface.


Il se marie à des destins auxquels il n’ose croire
et se relève toujours pour se diriger
vers des fontaines auxquelles il n’osera pas boire,
et pour se punir il viendra se fustiger.


Il tremble à l’idée d’un destin funeste,
mais celui-là même est déjà passé.
Et jamais nul rire ne le déleste
du poids mort de ses espoirs trépassés.


Il semble attendre une lueur,
mais en réalité il attend de ne plus attendre ;
et il sait qu’il sera vainqueur
quand il ne guettera plus les mains qu'il veut voir se tendre.


Il dessine des expressions sur son visage,
il est un artiste dans sa propre mascarade,
et il met son nom dans tous ses mauvais présages,
oublie les lendemains pour leur faire une parade.


Il met du bleu pour voir la vie en rose,
il met du bleu pour voir la vie en noir,
mais se dit qu’il voudrait voir autre chose
et dessine un monde gris jusqu’au soir.


Il pense qu’il a froid en plein été,
en hiver ses cicatrices lui brûlent,
mais pourtant il voudrait bien hériter
du soleil pour dorer ses crépuscules.


Il est un enfant dans sa tête,
il est mort de vieillesse dans son âme,
mais il aura l’esprit en fête
quand le temps mettra fin à l’amalgame.


Bien sûr il vaudrait mieux blanchir sa mémoire,
enlever un peu les ratures de son cœur,
mais son grimoire ne conte nul espoir,
de son propre chant posthume il chante les chœurs.

(écrit le 1er décembre 2011)

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