Dépendant

tantdebelleshistoires

Le ressenti d’un vieil homme dépendant vivant en institution

La nuit est encor' noire, il doit se réveiller,

Sortir de la chaleur de sa couette fripée.

Dévêtu sans pudeur, lavé, tourneboulé,

Assis et puis levé, son corps abandonné.

Transféré au fauteuil, déplacé vers ailleurs,

Roulé dans des couloirs assombris de sa peur.

Odeurs aigrelettes, eau de Mont St Michel,

Il suit tous ses copains dans la grande salle blême.

Défilé bien étrange de ces vieux à roulettes

Parqués le long d'un mur sur un fond de guinguette.

Il somnole encor' quand un tube de néon

Aveugle ses yeux gonflés de son trist' abandon.

Une torpeur suinte de son spectre transis,

Il s'éveille surpris de se mourir d'ennui.

Le silence est crevé de bruits trop familiers,

Chariots disparates, dextros , p'tits déjeuners.

Une porte vitrée laisse entrer le matin,

Les dames du bureau, le facteur, le médecin.

L'ancien s'mèle résigné à cette agitation,

Dans ce jour nouveau, n'surtout pas être un pion.

Il bouscule ses vieux os jusqu'au soir venu

Puis après le dîner, ses forces revenues

S'échappe en se roulant vers la porte sortie

Subitement empressé de s'retrouver au lit.

Prisonnier de barrières dîtes de sécurité,

Une couche souillée sur son intimité,

Aveuglé de la torche des rondes noctambules,

Le vieux cesse de lutter, s'évade dans sa bulle.

  • Ce texte m'est venu suite au reportage de France 3, Pièces à conviction "les secrets d'un gros business.
    C'est bien du point de vue d'un résident...subissant son sort dans un contexte institutionnel déshumanisant où il n'y aurait pas de projets avec les bénéficiaires au cœur des réflexions de prise en soins.
    C'est évident une invitation à réinventer sans cesse les institutions accueillants des personnes âgées très dépendantes.

    · Ago about 4 years ·
    Je t'aime (1)

    tantdebelleshistoires

  • C’est exactement ça...c’est tellement triste de devoir en passer par là quand on vieilli. Être loin des siens et s’abandonner à des inconnus sensés s’occuper de vous

    · Ago about 4 years ·
    A5b1a620 6f2c 4648 b413 b4f8ba611e28

    nehara

  • Je suis d'accord. .. Ton texte a le mérite de se situer du point de vue personne dependante, ce qui apporte un éclairage on ne peut plus réaliste sur le quotidien de ces oubliés de l'amour. Par-delà ce texte, c'est la vieillesse qui est mise en avant avec toute la décrépitude progressive qu'elle implique. Bravo pour ce que tu as écrit et pour la manière dont tu l'as fait.

    · Ago about 4 years ·
    Coquelicots

    Sy Lou

  • Oui C'est un peu ça en vérité mais pas que il y a toujours et encore beaucoup d'humanité dans ces lieux, des sourires bienveillants, des airs chantonnants, des instants de causette....

    · Ago about 4 years ·
    1338191980

    unrienlabime

  • C'est atroce de vivre ainsi sa fin de vie, sans chaleurs...
    Merci pour ces textes emplis d'humanité et d'amour Véronique.

    · Ago about 4 years ·
    Version 4

    nilo

Report this text