émile

Jean François Joubert


Mille mots, mille étangs, mille songes, mensonges, mes songes... J'écris depuis que je sais lire, j'invente et j'invite dans mes turpitudes mes lecteurs, d'autres auteurs, d'autres acteurs, et quelques éditeurs, des mouettes, une chouette, et trois goélands me poursuivent le soir, la nuit quand le soleil dort. Je sors,je danse, je pense. Par l'alignement de lettre sur la page blanche je panse mes plaies, et vous les transmet directement au jugement de vos acquis, de votre histoire, de vos fantasmes, vous qui suivez votre instinct, votre instant. Vous ! M'entendez-vous ? M'écoutez-vous ? Si je vous assure que le ciel est rose, vous l'imaginez fleur ou bleu turquoise... Combien l'ardoise de ma mémoire ? Un prix dérisoire, un rêve d'arrosoir, un halo sur le ciel, peu d'exposition au soleil, alors je vis dans l'illusion de la création, petite souris assassine de sourire, créateur de soupir. Aise, à l'aise dans mes délires, j'extrapole des souvenirs, et vous plongez au coeur même, au corps mort, de mes morsures. Je parle de neige, de bonshommes de pierre, de lutins malins, de regards espiègles, de lueurs d'espoirs. Je nage dans le poison de la solitude et m'abandonne à la dérive de mes sentiments, suivez-moi sur le parcours de l'illusion, soyez poison, et tuez mon ego, soyez lumières, et devinez mes obsessions. Paix. Calme. Volupté, et un saule pleureur d'automne aux feuilles de papier, roux mystère. Terre, tu es un bleu. Père, tu es un épitaphe que je cache, mère, source nourricière. Je voudrais trouver une âme, une flamme dans tes yeux, un soupçon de rencontre sur la peau orange, sans amertume, et poursuivre mon oeuvre, pendant ces jours qui passent sous la lenteur de l'excision de mon neurone, perdu au champ de guerre, pas de mars, au champ qui va à veau de l'eau, au-dessus de la route de mes passions

J''ai eu une vie, un visage, avant de m'asseoir derrière le clavier. Vous ne me croyez pas tant je cache mes nerfs fantômes derrière des pirouettes, et du vocabulaire scolaire et comme je ne suis pas quelqu'un de cultivé, je rumine, vache au café dans une pâquerette, sommet de la liberté, un bateau, un voilier voguait vers l'île de Pâques, il trouvait dans ce voyage l'Océan de la passion, l'illusion de la raison, les statues sans noms, et d' obscures rivages, un pigeon sur cette route perdait sa vie, ici, puisque je l'ai vu couler, sombrer, anonyme, fatigué de voler, première histoire, premier pas sur les rêves parasites, premiers lecteurs, et toujours une phrase que l'on ne comprends pas, et toujours un mot plus haut que l'autre, une faute, un mauvais titre, un leurre, une frayeur, l'ami du jour ne supporte pas l'ennuie, alors il combat la source du délirium, en substance vous demande de prendre des vacances, d'oublier de vous poser en créature créatrice, de poser de la torpeur, d'oublier la jouissance, juger que nous sommes nous les simples d'esprit qui posons nos doigts plus ou moins agiles sur des idées reçues, les textes naissent et auprès de vous pas de prophète tout juste le sourire feu d'une allumette, et un « ami », une « amie » détourne la tête avant de vous dire ' mais il ne faut pas écrire des choses comme cela ! ». Pourquoi ? Demandais-je gentillement, afin de comprendre le rejet de mon monde artifice. Pas de réponse. Alors la vie passe, l'action vous perds, le monde adulte, apparaît et écoeure votre reste d'âme, pas de jeu d'échecs, mais ce risque de tout perdre à jeter le trouble sur la conscience, sans éveil, de ceux qui veillent aux bonne idées, aux bonne moeurs, ceux qui font que la finance est un cri. Pour l'enfant du tiers monde, que la couleur, les différences fascinent ou révulsent à l'image des gaz hilarants que l'on ingurgite pour changer d'atmosphère, de stratosphère, et voir un nuage d'éléphant, gris, aller au cimetière en riant.

Attention, risque de rejet. Attention, danger. Vous créez ! Dès la pose du premier mur, la naissance de la première sonorité, de la phrase, vous devenez un danger car si vous osez bousculer l'autre dans son univers, sa conception de l'Histoire, ils jugent, distribuent des notes et donnent la sentence d'un chef, « nul n'est prophète en son pays » Oh la belle idée : Pourtant c'est vraie, les voisins, ceux qui parcourent vos lignes ne sont pas tendres sur vos maux, peur d'y avoir une place, peur d'y trouver l'horreur de votre plume d'aigle acerbe. Peur de vos élucubrations, de la naissance d'un nouveau monde, alors quand je lève « l'encre » ma silhouette se devine. Silence ! Ça compose, une prose, une lueur, je me jette à l'alcool divin, devient le néant, expulse une colère confuse, ça débite du bois, ça convulse sous ma paupière j'accède aux chemins de traverse et construit de la poésie, non ce n'est pas une injure, je le jure sur ma petite tête d'imbécile, haut comme trois pommes. L'art est un exercice amusant, derrière des lignes, une main se tend, votre manuscrit est accepté monsieur nous allons le publier, alors j'imagine prendre un train au hasard, le conduire vers un ailleurs que je souhaite meilleur. Je crois que je vais croiser mes livres dans une librairie, voir mon nom tête d'affiche d'un salon, à la télévision, à la radio, invité pour en parler. Le rêve s'estompe, il devient confus reste les stocks achetés qui parsèment vos pièces que vous arpentez, autant de couvertures qui ne feront jamais la une, car nous sommes si nombreux touchés par la grâce de l'humeur, de l'humour, et si peu obtiennent une place à l'ombre de vos désirs de lire. Alors, je vous offre un saut dans mes turpitudes, soyez indulgents, ne remarquez pas mes manques, laissez-vous vivre dans ce parcours gracieux, et s'il vous plaît ne me jetez pas la corde de la disgrâce, soyez sincères, et je vous inviterais encore pendant quelques heures, secondes, dans l'infime absurdité de la poussière de mon esprit, lieu de conception de fantasmagorie que j'associe à ma schizophrénie.

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