INVENTIONS

Hervé Lénervé

Nouveau dossier sur les inventions qui ont changé nos vies.

Aujourd'hui : la Machine à Laver.

La première machine à laver fut la femme au foyer, la fermière à la ferme.

Avant, à la campagne, on allait au lavoir pour laver son linge sale et ça papotait sec, dans l'eau froide. Comme le linge ne pouvait pas sécher l'hiver, on ne faisait les lessives qu'au temps clément. C'était le nettoyage de printemps. D'où l'utilité d'avoir des draps plein les armoires et de se constituer un trousseau pour son mariage.

A la ville, je ne sais pas comment, on faisait, car je n'étais pas citadin quand j'étais petit, dans les années 1850.

Donc à la cambrousse, quand arrivait les premières lessives, les femmes prenaient cela comme une fêtes, elles étaient contentes de se retrouver, après tous ce temps, isolées par le froid, pour se raconter tout ce qu'il s'était passé, c'est-à-dire pas grand-chose, mais qu'importe on pouvait toujours broder.

Ensuite, un inventeur, un homme surement, inventa un cube étanche dans lequel on pouvait mettre de l'eau et tourner une manivelle pour brasser linge et flotte et c'était la fin de nos petits lavoirs poétique de village. La fin des commérages éclaboussés de gaité. La fin des liesses communautaires, chaque femme tournait sa manivelle chez soi dans la monotonie à en devenir neurasthénique. La lessive était passée de fête à corvée. Merci le progrès ! Dans l'intention de libérer la femme (argument fallacieux avancé par les hommes) on l'avait enfermé davantage dans son intérieur. Les hommes rentraient des champs, harassés de travail et il fallait les servir, leur donner à boire et à manger, en se tenant debout, car on ne mangeait pas ensemble. Les femmes mangeaient après, avoir tout rangé et récurer les assiettes et les plats.

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Finalement, cela ne m'inspire pas la Machine à Laver, je change.

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Aujourd'hui : l'Invention de l'Aviation.

Depuis que l'homme sait marcher sur terre, il a voulu voler dans les airs.

Il a commencé par copier les oiseaux, car enfin, en fin observateur, il s'était aperçu que ces derniers volaient mieux que lui. Donc il s'est confectionné des ailes avec de vieilles tringles à rideaux et quelques plumes collées dessus et sans plus d'essais avec une confiance défiant toute assurance, il se balançait directement de la falaise la plus haute pour s'écraser comme une merde sans avoir amorcé le moindre soupçon de planage.

Quand il n'avait pas de falaise à disposition, peu importe, il se balançait du haut de la tour Eiffel, de la tour de Pise. Pas de tour, pas grave, rien ne l'arrêtait, il trouvait toujours un truc qui dépassait pour se trépasser en bas.

A force de se fracasser lamentablement, l'homme se dit, il va falloir que je trouve autre chose. C'est alors qu'il commença à construire ces bidules tarabiscotés pour pouvoir se fracasser encore plus. Il commença par copier encore les oiseaux, mais en plus gros avec des avions plumés qui battaient des ailes en pédalant sur un vieux vélo recyclé. Allez hop la falaise, car on lui interdisait l'accès de la tour Eiffel avec son truc de dix mètres d'envergure. En prenant beaucoup d'élan, bien que le truc ne volât point, son inertie l'entraînait dans une courte courbe elliptique dans les airs, qui aurait pu laisser croire une fraction de seconde, à l'illusion d'un vol. Mais passé cette poussée, la gravité ramenait l'appareil, le pilote et les plumes à la triste réalité de la physique… fracassage trente mètres plus bas.

Ok, les oiseaux, mauvaise idée, on va inventer autre chose. Tiens une espèce d'avion avec une sorte de cymbale charleston. En chassant l'air entre les deux disques on crée une dépression qui va en théorie SOULEVER l'appareil du sol.

Et là était la nouveauté, pas pour voler, certes, mais pour se fracasser moins.

Le premier prototype était mû à la force des jambes grâce au vélo recyclé récupéré au bas de la falaise. Ça tressautait sur place le machin, mais ça ne décollait point, puis le mouvement commença à fatiguer l'assemblage, le truc prit du gite, parti en vrille, en free style et se fracassa de sa hauteur. Nouvel échec, à la différence minime qu'on vit sortir des débris de l'engin, le pilote sonné par son échec, mais tout entier. Miracle ! (On cachera que sa déception le poussera à se pendre au noyer pour plus de sécurité à réussir son suicide.) Ce qui annonçait une ère nouvelle dans l'aviation, on pouvait essayer de voler tout en restant vivant. (Pour peu de ne pas trop accorder d'importance à la réussite de son entreprise.)

Allez savoir pourquoi, cette découverte encouragea les tentatives de nombreux inventeurs. Lequel de ceux-ci découvrit la portance des ailes par leur différence de forme entre la face supérieure avec celle inférieure ?  Le problème était que pour voler il fallait que le bidule atteigne une certaine vitesse, autrement ça l'faisait pas.

Mais il est déjà temps de se quitter, qu'il passe vite le bougre ! « Oh temps suspend ton vole… » Tient il sait voler, lui ! La suite à plus tard peut-être… si, personnes intéressées, le faire connaître en adressant son courrier au musée de l'aviation à voile et à vapeur.

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