journal

Sandra Laguilliez

S’il pouvait me répondre. S’il pouvait me dire qu’il m’aime. Il ne le sait pas, mais il est le seul à pouvoir me ramener à la vie. S’il pouvait voir ce qu’il se passe en moi. Je voudrais qu’il hurle mon nom dans la nuit, qu’il me réveille de mes terribles cauchemars. Il est le seul à pouvoir être la pour moi. Il est le seul que je veux avoir près de moi.

Je ne dors plus depuis des jours, et ils me bourrent de cachets. Je hais les cachets. Je voudrais mourir.

J’ai pu trouver une aiguille, je me suis transpercée à plusieurs endroits avec, il y avait un peu de sang qui coulait, c’était beau, c’était excitant. J’aime me faire du mal.

Docteur K. m’a dit que j’étais une mauvaise patiente, que je ne faisais pas ce qu’il voulait, j’étais détachée, alors je l’ai frappé à la tête, il aura un beau cocard pendant une semaine. Bien fait pour sa gueule à ce connard.  

Je me suis arrachée la peau, avec les ongles. Je me suis griffée les bras et le visage, jusqu’à ce qu’ils arrivent avec les seringues et les camisoles. Ils m’ont dit que j’étais folle. Que je ne pourrais pas récupérer ma liberté tant que j’agirais ainsi. Je leur ais craché au visage, à ces fumiers. Je leurs ais dit qu’ils n’étaient que des cons. Mais ça n’a pas duré longtemps, ils savent bien que ma seule thérapie c’est l’écriture, s’ils me l’enlèvent, ils savent qu’ils me perdent.

J’ai envie de me faire mal.

Je hais les nouveaux médicaments.

Je suis perdue dans cet endroit où tu n’es pas. Tu es mon seul espoir. Je ne crois qu’en toi, mais j’ai beau te prier jour et nuit, tu sembles m’avoir oublié. J’ai besoin de toi. Reviens-moi, je veux te voir. Pourquoi ne te forcent-ils pas à venir me voir ? Rien qu’une fois. Pourquoi ne me dis tu pas que tu m’aimes ? C’est cruel ton petit jeu. Tu es un sale con, mais je t’aime. Je veux mourir dés que je pense que tu m’abandonnes…Que tu m’as abandonné pour toujours. Je souhaite … passer une nuit dans tes bras.

J’ai hurlé toute la journée. J’ai mal à la gorge.

Je crois que je ne pourrais jamais sortir d’ici. Ils veulent me rendre folle. Je le sais. Ils complotent contre moi. Ils veulent me tuer, avec leurs cachets. Ils veulent m’assassiner en faisant croire qu’ils me soignent, mais je le sais. Tout le monde ici le sait. Les malades sont des cobayes, ils nous font du mal et personne ne dit rien parce qu’on est fou et que personne ne nous croirais. Ils sont malins, les salauds !

Je t’aime. Je ne sais pas depuis quand je suis là, mais je veux être avec toi. J’ai pensé à m’échapper d’ici, mais je sais que c’est impossible, il y a des barreaux aux fenêtres, des portes qui ne peuvent être ouverte que si on a le code et le code y a que les médecins qui l’ont. Ce sont des salauds ! Surtout le docteur K. Je veux te revoir, tu me manques tellement. Je ne sais dire que ça. Je ne me souviens même plus de ton nom, cela fait tellement longtemps. Ils ne veulent pas que je parle de toi. Lorsque je le fais ils augmentent la dose de mes médicaments. C’est surement pour ça que je ne me rappelle pas de ton nom. D’ailleurs, je ne me souviens pas de grand-chose. Je ne sais même plus comment je m’appelle. Je ne sais plus quel âge j’ai, ni qui je suis, ni d’où je viens. Je pourrais être là depuis des siècles. Personne ne vient me voir. Je hais les gens qui ne viennent pas me voir.

Je me sens seule ! Je hais ça. Je suis seule à me battre contre tous ces fumiers. Je me suis fais mal. Je me suis arrachée un morceau de peau avec les peaux. J’ai mordue une salope d’infirmière aussi. J’aime mordre.

Je hais mon corps. Il me dégoute. Tout me dégoute. Je ne veux rien. Absolument, rien. J’ai envie de me faire mal, vraiment du mal. De m’arracher la peau, les cheveux, les yeux, la langue.

Je vais tous les tuer. Je veux me tuer. J’en peux plus de ce putain de monde de merde. Je veux crever putain de putain de merde.

Lorsque l’on ne me voyait pas, je me suis frappée la tête contre le mur. J’ai réussi à m’ouvrir l’arcade sourcilière, j’ai dû aller me faire recoudre. Je n’en ai rien à foutre. Je suis mal. Mal. Mal. Je voudrais disparaître.

Je ne mange plus. Je n’en ai plus envie. Mais ça les emmerdes ça aussi. Tout les emmerde. Il faut que je bouffe pour leur faire plaisir. Alors je me fais vomir. Mais ils ont fini par le voir et ils m’ont gavés les salauds, comme ces putains d’anorexique. Ils m’ont foutu un tuyau et hop leur merde ils me l’ont fait avaler. Lorsque je sortirais d’ici, j’arrêterais de bouffer pour de bon et je me terrerais dans un trou et je crèverais seule parce que je les emmerde.

Je vais tous les tuer.

J’ai arrêté de prendre mes médicaments. Je les caches dans ma bouche et je les crache aux toilettes. Ça leur fait les pieds.

J’ai frappé un aide soin. Il l’avait mérité, il me pelotait. J’suis folle mais faut pas abuser.

Ils complotent tous contre moi. J’ai peur. Je tremble, je ne sais plus quoi faire. J’ai peur de tout ici. Les murs se rapprochent. C’est comme si le lieu voulait me bouffer. M’avaler toute entière et me rendre à l’état de larve. Je ne veux pas devenir une larve. Je veux être vivante. J’ai peur de tout, des gens qui sont là et de ceux qui ne sont pas là, qui se cachent dans l’ombre et qui attendent pour me torturer. Je sais que l’on veut me faire du mal, tout ici fait mal. Je pleure toutes les nuits, je n’arrive pas à dormir. J’aimerais oublier tout ça. J’aimerais me sentir bien, me sentir vivante et bien, mais je n’y arrive pas. Je n’arrive à rien. A rien du tout. Je ne veux plus rien. Je me sens vide, seule et triste, je crois que c’est ce qu’ils cherchaient de moi. Que je reste là durant des heures en attendant que les heures passent et que la nuit arrive, puis qu’un autre jour vienne, le tout sans avoir à bouger de ma chaise, parce que je n’ai plus la force de me lever. Je ne supporte même plus de voir les médecins, ils sont trop gentils avec moi. Je veux qu’on ne soit plus gentil avec moi. Je veux que l’on soit méchant avec moi, qu’on me fasse du mal. Qu’on me dis-je que je suis irrécupérable. J’ai déjà une si mauvaise opinion de moi. J’ai envie de mourir, de m’enfoncer dans l’oublie. Je crois que tout le monde me déteste. S’ils ne me détestent pas alors pourquoi ne viennent-ils pas me voir ? Je suis en train de gâcher toute ma vie. Ici, je sais très bien que ce n’est pas la vie. Je ne supporte pas de gâcher mes plus belles années dans cet endroit minable. J’ai envie de hurlé. Je veux partir, je veux vivre. Je veux m’envoyer en l’air, je veux boire, je veux fumer. Je veux écouter de la musique, aller en boite, et m’amuser. Laissez-moi sortir ! Ça me rend malade d’être enfermée et de ne pas pouvoir sortir. Ça me rend malade, tellement malade que j’en deviens folle, je voudrais me rouler par terre et mourir. Je me sens mal, mal. Trop mal. Je voudrais que quelqu’un comprenne que j’ai envie de partir, et de me sentir bien. Pourquoi personne ne le comprends ? Pourquoi les médecins sont si cons ?

24 mai :

J’ai enfin pu avoir le droit à un calendrier. Je ne vois pas en quoi, me maintenir aussi longtemps sans signe du temps qui passe à pu m’aider en quoi que ce soit. Visiblement, ils s’en sont aperçus eux aussi. Puisqu’ils m’ont donnés un petit calendrier. C’est terrible, parce que ça fait bientôt un an que je suis là, et je ne t’ais toujours pas oublié. J’ai toujours autant envie de te revoir, de savoir où tu es. Pourquoi ne viens-tu pas me voir ? T’empêchent-ils d’entrer et de me parler ? Qu’est ce que je t’ais fait pour que tu me fuis de cette cruelle façon ? Je suis là, chez les fous. Ma place n’est pas là, je le sais, ma place n’est pas ici, pas dans cet endroit, où l’on vous force à prendre des médicaments, là, où l’on vous met des tuyaux pour vous forcer à manger, là, où l’on vous fait des piqures lorsque vous avez le malheur de leur dire que leur thérapie ne fonctionne pas sur vous. Je perds mes cheveux en ce moment, je crois que c’est les cachets qui me rendent chauve. Je veux les arrêter, j’aime mes cheveux. Si je deviens chauve, je me tuerais. Je veux d’autres cachets, mais pas perdre mes cheveux…Je préfèrerais qu’ils m’attachent jour et nuit plutôt que de perdre mes cheveux. J’aimerais comprendre ce qu’il m’arrive, pourquoi je suis ainsi. Ce que je fais là surtout, je crois que je n’ai pas ma place ici et pourtant, je me dis que si je suis enfermée ici c’est parce que j’ai fait quelque chose qui mérite que l’on m’enferme. Ce que je ne mérite pas, c’est ton absence. Tu me manques tellement, j’aimerais juste pouvoir te parler, parce que ça me manque beaucoup. J’aimais le son de ta voix. Tu avais la voix la plus sensuelle que je n’ai jamais entendu, personne n’a la même que toi. Personne ne savait me faire sourire comme toi. Il me semble que la vie est bien plus difficile lorsque tu n’es pas là. Je veux dire, maintenant que tu m’as abandonné. Je ne sais plus quoi faire, pour te faire revenir, puisque mes lettres restent sans réponse et que mes appels sonnent dans le vide. Je t’aime, mais parfois j’en viens à te haïr.

29 mai :

A ce matin, c’était beau. Du temps vraiment perdu pour rien. Comme si, moi, je pouvais faire de la peinture. Je suis nulle pour exprimer mes émotions, voilà tout. Je n’ai jamais su dire ce que je ressentais, je ne le saurais jamais.

2 juin :

Ce doit être difficile de se livrer. De confier ses sentiments. Il parait que je dois essayer. Ecrire ce que je ressens, comment je me sens et tout le reste. Je ne sais pas comment je me sens, à vrai dire, c’est comme si je ne ressentais plus rien, plus rien du tout. Où alors, j’ai mal, très mal, comme si mon cœur c’était fendu en deux et que l’on ne pouvait pas recoller les morceaux. Je ne sais pas comment expliquer ça, mais je crois que je ne pourrais plus jamais sentir le bonheur. Pourtant, je voudrais vraiment être heureuse, sauf que je ne peux plus. Quelque chose en moi, c’est brisé à tout jamais. Qu’est ce qu’il va m’arriver maintenant ? Il y a des jours où je me demande si je ne vais pas passer le reste de ma vie enfermée. Je ne veux pas. Non, je ne veux pas. Je veux rentrer chez moi, je veux vivre ma vie, une vie normale. Mon cœur s’emballe lorsqu’on me parle de toi. Je sais que mon journal ne ressemble à rien. Je sais que j’écris comme cela vient, mais j’ai tellement de mal à réfléchir. Je dors si mal. Je vis si mal. Je voudrais juste dormir avec toi. Une nuit dans tes bras serait merveilleux, je pense que ça pourrait me guérir. Pourquoi n’offre-t-on jamais aux malades la rémission ? Guérissez ! Mais nous ne vous donnerons jamais le bon médicament. Non, juste des placebos qui ne servent à rien…juste à annihiler la pensée. Je veux pouvoir penser à nouveau, m’ouvrir à nouveau, pouvoir dire clairement ce qu’il se passe dans ma tête, dans mon cœur, dans mon âme, mais les médicaments me tuent. Je voudrais juste te revoir encore une fois. Il faudrait que je parle au docteur K. pour qu’il arrête mes médicaments, je ne veux plus perdre mes cheveux, je ne veux plus devenir dingue, je veux m’en sortir. Je sais que je n’ai pas besoin de tous ces médicaments pour aller bien.

4 juin :

Quand je dis non, c’est non. Je ne voulais plus des médicaments, j’en ai parlé, il ne voulait pas, alors je lui ais dit d’aller se faire mettre. Je lui ais dit que je voulais guérir, que je voulais partir, que j’en avais assez d’être là. Que je n’en pouvais plus d’être malade et de souffrir le martyr. Je ne m’en étais pas encore rendue compte, enfin je crois, mais je souffre. J’ai mal au plus profond de l’âme. Une vraie douleur, comme s’il s’était passé quelque chose de grave, de très grave que je ne saurais expliquer, pour le moment. On m’a dit qu’il fallait que je me rappelle, que c’est comme cela que je pourrais guérir. Le docteur K. a accepté de me faire prendre un autre médicament. Je lui ais dit que je n’avais presque plus d’angoisse, que je ne me réveillais plus la nuit. Il a dit que c’était très bien, mais que cela ne voulais pas dire que ça n’arriverait pas de nouveau. Je lui ais dit que je t’aimais encore, mais que je te haïssais de ne pas venir me voir. Que je détestais que personne ne vienne jamais me rendre visite, parce que j’avais vraiment besoin de voir des anciennes têtes, de voir des gens que j’avais aimés et qui m’avaient aimé, eux aussi. Que j’avais besoin de voir ma famille, mes parents, mes sœurs et que je voulais te voir, toi, surtout. Il m’a dit, très gentiment, que je ne pouvais pas voir tous ces gens. Je ne lui ais pas demandé pourquoi. J’étais triste, ça m’a profondément fait souffrir. J’ai trouvé que c’était injuste de me faire ça. Bien sur, il doit penser que c’est pour le traitement, que ça marchera mieux comme ça, mais … il n’a peut être pas tord. Si tu venais je te ferais croire que je suis malheureuse ici, que je n’y ais pas ma place et que je dois en partir. Et bien sur, tu penseras que je dois en sortir parce que tout le monde est cruel avec moi, parce que c’est mal d’enfermé un être humain qui n’a rien fait…Les gens malades comme moi ils ont besoin qu’on les soigne, je commence à le comprendre. Il faut que l’on me soigne, pour que je puisse guérir. Sauf que voilà, je ne sais pas de quoi je souffre, je ne sais pas, je ne comprends pas, ce que je fais ici, mais je comprends le traitement. J’aimerais ne plus avoir à prendre de cachets, de  pilules, de médicaments, je voudrais ne plus avoir de piqures…J’aimerais reprendre la vie d’avant…Sauf que je ne me souviens plus de ce à quoi elle ressemblait. Il me semble que je ne sais plus grand-chose. J’ai parfois du mal à me souvenir de mon nom, s’il ne me l’était pas inscrit autour du poignet, je l’aurais depuis longtemps oublié. Mais ici, les docteurs ne veulent pas que vous oubliez qui vous êtes. Ils savent bien que ça fait très mal, ce genre de choses, ils savent bien que tout le monde voudrait oublier qui il est et en finir avec la vie. Depuis que je suis ici, j’en ai vu des malades aller et venir, beaucoup sont ressortis mais tous avait dans l’idée qu’ils ne vivraient pas tant qu’ils seraient ici. La vie n’existe pas chez les fous.

16 juin :

Un jour, je sortirais. Un jour, je te rejoindrais, ou que tu sois et je t’embrasserais, même si tu ne m’aime plus, parce que tout ce que je veux c’est un baiser.

23 juin :

Enfin, le docteur K m’a dit que je faisais des progrès. Il m’a dit que c’était très bien, que j’avais été une bonne patiente. J’ai cessé de me ronger les ongles, j’ai cessé de casser les pieds aux infirmiers, je fais mon possible pour être une bonne malade. Je prends mes médicaments, sauf ceux qui font perdre les cheveux, mais les autres ne sont pas mieux, ils me font perdre l’appétit et j’ai perdu 5 kilos. Ils m’ont dit que ça reviendrait ou qu’il faudrait en changer. Moi, ce que je veux c’est rentré. Le docteur K a dit bientôt, si je continue mes efforts. Il m’a dit que si je reste sage le mois prochain mes parents pourront me rendre visite. Je ne lui ais pas dis que j’aurais préféré que ce soit toi, il n’aurait pas compris. Les docteurs ne savent rien de l’amour. Ils ne comprennent rien aux sentiments. Ils nous soignent l’âme mais pas le cœur.

19 juillet :

Sourire. Toute la journée, je n’ai fait que sourire et rire. Mes parents sont venus, on était bien tous les trois. J’étais heureuse de les revoir. Je voudrais pouvoir rentrer avec eux. Rentrer à la maison. Ils ne m’ont pas parlé de toi, je crois que nous étions surveillés, alors je n’ai pas parlé de toi. Ça met toujours les toubibs en colère lorsque je parle de toi. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi ça arrive, mais enfin voilà quoi. C’est comme ça. Je fais tout ce que les médecins me disent de faire. Je peints lorsqu’ils disent de peindre. Je chante s’ils me disent de chanter. J’écris s’ils me disent de le faire. Tout ce qu’ils veulent, je le fais, pour leur faire plaisir, parce que j’y prends goût aussi. Je veux vraiment partir et j’ai compris que si je faisais ce qu’ils me disaient de faire ça les rendaient plus conciliant pour me faire sortir. Il me semble même comprendre, par moment, ce qu’ils attendent de moi…Je comprends de temps en temps à quoi doivent servir les exercices qu’ils me font faire. Ce n’est pas facile, mais je pense que si je fais des efforts, je pourrais bientôt sortir. Je crois qu’il était tant que j’arrête de faire la tête de mule et que je les écoutes. Pour mon propre bien. Ensuite on verra bien.

22 juillet :

Maintenant, je me sens bien mieux. Mes parents m’ont rendu la joie de vivre. Je veux dire pour de vrai. Je ne suis plus angoissée, tout va pour le mieux. Je crois que je pourrais sortir. Je veux sortir. Je ne sais toujours pas pourquoi ils ne veulent pas que je parle de toi, ni même ce qui à bien pu m’amener ici, mais voilà, j’y suis et c’est ainsi. Je ne dirais pas que je suis bien, mais je n’ai pas le choix, les choses sont comme ça. J’attends d’en sortir, pour enfin pouvoir comprendre. J’ai eu le droit de téléphoner à mes parents. Ils étaient content que j’aille aussi bien, que je puisse leurs téléphoner et que ce soit à eux que j’ai pensé et pas à quelqu’un d’autre. Je souhaite tellement partir que je fais ce qu’ils me disent. Tout ce qu’ils me disent de faire. Je me trouve horriblement laide pourtant, ça n’à rien avoir avec un sentiment intérieur, c’est une constatation de la réalité. Des mois sans faire de sport, des mois sans prendre soin de moi, sans dormir convenablement, en dehors des somnifères. J’ai perdu des tas de kilos. Je suis horrible, il faut que je me retape comme on dit et ça n’arrivera pas ici. Je pense que si je leur explique ça ils le comprendront. Je veux redevenir belle, je veux redevenir celle que j’étais et pas une folle squelettique qui fait peine et peur à voir.

29 juillet :

On m’a dit que je pourrais sortir en septembre. Que je pourrais retourner chez moi. Je suis tellement heureuse. Pouvoir retrouver le monde, revoir les choses que j’aimais, les gens que j’aimais. Mes amies me manquent tellement. Je veux pouvoir faire les magasins, aller à la salle de gym, aller en cours, aller à la piscine, dans les bars…Tout ça c’est la vie. La vie ce n’est pas d’être tarée et enfermée. J’ai cessé d’aller mal, parce que j’ai cessé de penser qu’à moi, au sens où j’ai cessé de m’apitoyer sur mon sort. Il faut que je sorte, alors autant écouter les médecins, eux savent comment vous faire sortir, et vous guérir. Guérir c’est tout faire pour aller bien, et ne pas penser à ce qui vous tracasse, mais à votre bonheur. Si mon bonheur je ne peux le trouver que si je ne pense plus à toi, alors d’accord. 

5 aout :

Rassemblement général dans la cour. On a eu le droit à une alerte incendie. J’aurais pu essayer de m’échapper. Certains on essayait et y sont parvenu avant d’être rattrapé. Mais c’était une mauvaise idée, une très mauvaise idée. Moi, je ne l’ai pas fait, parce que je suis devenue raisonnable. J’ai tellement hâte partir. Le docteur K. m’a dit que j’avais fait des progrès impressionnant depuis mon arrivée et qu’il était fier de moi.

15 aout :

Encore quelques jours et je renterais chez moi. Mes parents doivent venir demain pour tout mettre en place avec le Docteur K.. Il pense que je serais très bien chez mes parents, seulement si je continue à venir le voir trois fois par semaine et seulement si je participe à la vie en communauté. Il pense que ça serait bien pour moi que je fasse du bénévolat. Je me demande si j’aurais la force de m’occuper des autres, mais s’il le pense alors je devrais peut être le faire. De toute façon, on verra bien. Une fois chez moi les choses seront bien différentes, je le sais. Je pourrais être heureuse à nouveau et vivre comme tout le monde et ça sera merveilleux. La vie est si belle, le monde est si beau. Tout est parfait loin d’ici.

15 septembre :

Ici, c’est l’enfer. Dix jours que je suis rentrée et j’ai l’impression d’être en enfer. Tout le monde est trop gentil, mais parce qu’ils me prennent pour une tarée, une cinglée qui revient après presque 2 ans. Je ne suis pas une cinglée, je vais bien merci. Même si je ne sais toujours pas pourquoi on m’a enfermé. Je n’ose pas poser la question et ça m’étonne que personne ne m’ai demandé, en conclusion de la thérapie, ce qui m’avait amené là bas. Je n’ai pas encore le droit de sortir seule, alors je passe mes journées enfermées et le soir quand je veux sortir mes parents sont trop fatigués pour me faire sortir et ils ne veulent pas que j’aille en boite ou dans des bars. Ils veulent que je vive enfermée encore. Putain, je les hais ces cons. Je veux sortir m’amuser faire la fête. C’est pas interdit bordel. J’ai appelé le docteur K. pour lui dire qu’ils me séquestraient, qu’ils ne voulaient pas que je sorte. Il m’a dit qu’ils avaient leur travail. Ok et moi, j’ai pas un avenir à construire ? Merde, j’ai 24 ans et j’ai pas le droit de m’amuser, j’ai pu 15 ans. Je lui ais dit que je voulais sortir seule, juste pour m’amuser que je veux sortir et voir le monde et que j’en ai rien à foutre de me suicider parce que je veux vivre et je lui ais dit aussi que je ne ferrais de mal à personne et que je serais sage. Il a dit qu’on verrait à la prochain rencontre. Rien à foutre moi de la prochaine rencontre j’ai perdu assez de temps à être enfermée, ma vie je veux la vivre. Je suis bien. Bien et je veux le montrer.

16 septembre :

Retour à la maison juste à temps avant de me faire engueuler. Ouf ! Je suis sortie en douce mais faut pas le dire, bien sur. Je me suis fait une nouvelle amie, elle est géniale. Jasmin qu’elle s’appelle. Lorsque je l’ai vu, elle était par terre dans une rue, elle pleurait. Son mec l’avait tabassé et jeté hors de la voiture en marche. Elle souffrait. Elle disait qu’il faisait tout le temps ça son mec mais qu’elle l’aimait quand même, mais cette fois elle était triste parce qu’elle n’avait pas d’argent et que son sac à main était dans la voiture. Alors elle ne savait pas comment elle allait rentrer chez elle. Elle habite loin d’après ce que j’ai compris. Alors je lui ais passé un peu d’argent. Elle m’a donné son numéro de téléphone, elle a dit qu’elle m’appellerait dans la journée, quand mes parents seraient au travail et qu’elle viendrait me chercher en voiture pour me faire faire les boutiques. Je ne lui ais pas dit que j’étais malade, ou que je l’avais été plutôt. Elle n’a pas à savoir. J’ai peur qu’elle ne se moque de moi ou qu’elle me laisse tomber ou que j’ai fait tout ça pour rien. Etre gentil ça ne paie pas toujours. C’est ce dont je me souviens d’avant.

3 novembre :

Alors c’est vrai qu’il y a très longtemps que je n’ai pas écrit. Mais j’ai une bonne raison. Jasmin et moi sommes devenues de grandes amies, elle venait me voir tous les jours, elle était très gentille, alors je lui ais parlé de moi, de mes problèmes. Elle m’a dit qu’elle m’avait reconnu, parce qu’elle avait souvent vu ma photo dans les journaux et parce qu’elle avait été ami avec lui. Je n’ai pas compris ce qu’elle voulait dire. Elle m’a dit qu’elle savait que j’avais été en hôpital psychiatrique après ça.

            « -Je sais que tu ne l’as pas fait exprès. Mais tout le monde était si bouleversé après ça. C’était terrible. »

Voilà ce qu’elle m’a dit. Je ne savais pas ce que ça voulait dire. Alors j’ai mené ma petite enquête, tout doucement, pour ne pas éveiller les soupçons. J’ai vu ces parents aujourd’hui. Ils m’ont tout raconté, sa mère me déteste encore. Je sais ce que j’ai fait. Je sais ce qu’il s’est passé. Je l’ai renversé en voiture. Je crois que je pensais qu’il pouvait m’éviter, que ce n’était qu’un jeu, que comme d’habitude il éviterait la voiture, mais il a dérapé et  je lui ai passé dessus. C’est en tout cas ce qu’on m’a dit. Je ne sais pas si c’est vrai. Je ne m’en souviens plus. J’ai comme un trou noir de cette époque. Peut être même que je ne l’ai pas fait exprès, peut être que ce n’était pas un jeu. Peut être que c’était tout simplement un accident. Je n’en sais rien du tout. Je ne veux pas savoir.

4 novembre :

Je vais me suicider. A la fin de cette page, je me suiciderais, je suis trop mal à l’heure qu’il est pour continuer à faire semblant d’aller bien, à faire comme si je pouvais encore vivre. C’est simple, j’avalerais tous les cachets que j’ai, ça suffira. Que l’on puisse me reprocher ça mort m’est insupportable, parce que je n’ai jamais voulu lui faire de mal. Une fois que je serais morte l’équilibre des choses sera rétablie, je pense, c’est comme ça que ça marche, non ? Enfin, bon, tant pis, je ne pourrais plus être heureuse maintenant, j’avais tord de le croire. Mes parents seront tristes, comme les siens le sont depuis maintenant deux ans. On ne peut rien faire contre le malheur. Rien que de savoir ce que j’ai fait, j’ai le cœur prêt à se déchirer, je mérite la mort pour l’avoir donné à celui que j’aimais. Ensemble dans l’éternité, ça sonne juste, n’est ce pas ? Illusion que de croire que je pouvais m’en sortir, un jour, j’ai gâché toute ma vie, en détruisant la sienne, même mes pleures ne pourrons rien y changer, je me hais. Rongée par le remords, ferrais une belle épitaphe, après tout, je suis allée en H.P. à cause de ça non ? Accident, ce n’était peut être pas qu’un accident, et si je l’avais tué pour me faire du mal ? …

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