LA LUMIERE D'ARGENT

Oumou Armand Diarra

La  présence de Nita- 18ans donnait un plaisir sensuel, une silhouette élancée, un teint uniforme, sourire attirant et une haleine  fraiche.  Nita, c’était aussi cette beauté  angélique. Elle n’avait rien de commun avec ses semblables. Dès le premier contact, Nita émerveille,  elle  avait une apparence qui ne pouvait passer inaperçu, « une lumière d’argent » comme ses amies aimaient la surnommée,  c’est d’ailleurs pour cela qu’elle était convoitée à chaque passage sur la route x qui mène au Baobab de l’avenue principale de sa ville natale .

Une perle rare ! Une apparence qui pouvait bouleverser tout genre de situation amoureuse. Nita la pétillante, la lumière d’argent nous retrace les moments pénibles  dans sa traversée du désert, un parcours qui n’a pas été facile. Seules quelques traces de cette douleur  sont encore présentes dans la chair de sa peau. L’on pouvait aussi déceler cette  froideur, cette immaturité  dans ce regard glacial ou l’innocence de Nita se disputait avec sa condition sociale. Issue d’une famille pauvre, d’une mère vendeuse de beignet d’haricot et d’un père mécanicien. Nita  n’a pas eu la chance d’avoir une enfance heureuse. Privée d’un espace d’épanouissement, elle n’est jamais allée à l’école.

Très jeune, elle se consacre au ramassage des plastiques pour assainir l’environnement, pour ensuite les vendre à des petites entreprises de transformation. En retour, elle pouvait avoir quelques petites sommes d’argent qui lui permettaient  de contribuer à certaines dépenses de la famille. A 16 ans, il lui fallait un homme « à tout prix » pour  subvenir à ses besoins. Sans cette aide, elle et ses sœurs pouvaient dormir le ventre creux. A 17ans c’est une jeune fille svelte,  attirante,  qui  ravivait  la vedette. A 18 ans, elle fit la connaissance d’un sexagénaire du nom d’Alex qui veut l’épouser. Des promesses fusionnent, villa, voiture, magasin, argent.

  A 19ans, elle accepte la proposition de l’homme d’affaires, qui venait de divorcer une énième fois. Elle lui donne deux magnifiques fillettes.

Quelques années plus tard  la voilà, la nouvelle coqueluche de la cité, elle est millionnaire, ses noms sont cités dans les grands salons feutrés de la place. Dans cette effervescence, elle en profite pour prendre des cours d’alphabetisation. En pénétrant ainsi,  dans le monde des grands, la lumière dans le cœur elle continuera à garder le regret de n’avoir puis connaître l’amour.

 Durant un voyage de son époux, elle tombe dans un piège, l’aventure amoureuse  avec un jeune musicien Fréderic qui  lui donne une nouvelle sensation de l’amour. C’est la folie ! Nita sait qu’en dépassant certaines limites, elle risque d’anéantir sa nouvelle condition sociale. Cet amour interdit lui permettra de vivre dans le mensonge pour assouvir sa soif. Elle ira vivre cet instinct au bord de la nature loin d’un spectacle humain. Le jeune musicien  lui soutire une forte somme d’argent et disparaît dans la nature.

Un malheur n’arrive jamais seul, au même moment,  son mari  décède, à la suite d’un infarctus.

 La vie de Nita- bascule dans un avenir incertain. Face à la déception, Nita devint alcoolique.

Elle ne pouvait plus s’occuper de l’éducation de ses enfants, ses parents prirent la charge de ses progénitures. Nita n’etait plus la belle et pétillante jeune fille des années passées, l’alcool avait déformé  sa corpulence,  elle devait se réfugier des heures entières pour fuir certains regards.

Isolée du monde extérieur, Nita pleurait  chaque jour. Elle avait perdu  l’éclat de sa jeunesse, le visage bouffant, les pupilles enflées, cette belle créature était devenu la risée de tous. A présent, la vie n’avait aucune signification pour elle, ses parents vont entreprendre sans succès de nombreuses actions afin de l’aider à sortir de cette situation désespérante. En perdant la fortune léguée par son défunt mari, Nita  va vivre dans la rue, sans domicile fixe, ses enfants seront à la charge de sa famille. Etalée à même le sol,  sur une natte déchirée, Nita venait de finir  sa dernière bouteille, méconnaissable, allure chétive, les cheveux fourchus,  les vêtements en loques, elle trainait un sac contenant des bouteilles vides. Demain, elles  les vendront au marché pour avoir le prix de sa boisson du jour.

Chaque jour aux environs de dix heures, elle était présente chez  le ramasseur de plastique et de bouteille,  qui achetait la bouteille à  vingt cinq francs.

La vie de Nita était  partagée entre honneur et désespoir, entre illusion et réalité. Cette vie s’embrase dans des difficultés intenses. A la sortie du bar, elle rencontre une dame Martine,  qui éprouvait  beaucoup une grande  sympathie  à son endroit. Martine était  riche et  voudrait l’aider à se réorganiser dans la vie. Ainsi, elle l’aidera à sortir de cet obstacle, en l’amenant  chez un médecin traitant  à l’hôpital.

Un mois après, Nita prend conscience. Que faire, il est tard ?elle doit se racheter. Humiliée devant ses enfants, elle décide de relever le défi.

Un jour, elle se souvient que son époux avait mis de l’argent à la banque, pour aider sa petite famille durant les périodes difficiles. Elle et ses enfants vont encore se battre pour avoir droit à cette succession. Incroyable mais vrai ! Elle arrive à obtenir le montant, et aujourd’hui consacre une bonne partie du temps dans les affaires, ses enfants continuent  les études. Au bout de quelques mois, elle a pu faire une fortune colossale…

Par hasard, lors d’une de ses promenades,  elle rencontre le musicien qui l’avait dépourvu de son argent, elle tente une action  judiciaire contre ce dernier. Meubles, voitures, maisons du musicien sont mis aux enchères. Une belle revanche de sa part, Nita la lumière d’argent a jailli après une aventure sombre. Elle comprit que l’amour  comme la fortune ne peut rendre l’homme heureux. Peut-être que l’amour argenté, serait –t-il le meilleur ? 

Nita ne regrette rien, elle a pu parvenir à mettre un équilibre dans  sa vie.   

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