La Polo 13

Michel Chansiaux

Note d'intention

 

La pièce « La Polo 13 »  est un témoignage sur la vie dans la rue recueilli auprès d'un homme de quarante ans qui est en train d'émerger de cet enfer. 

L'objectif est de sensibiliser le public à la détresse de ces naufragés de la vie et de lui faire appréhender les fondements psycho-affectifs  conduisant à une telle déchéance.

En 2004,  le témoin tombe très gravement malade du cœur. C'est sa troisième rechute. On découvre alors qu'il souffre du syndrome d'apnée du sommeil. Il est guéri mais devra s 'équiper d'un appareil d'assistance respiratoire toutes les nuits. 

Le jour où il doit sortir de l'hôpital, sa compagne lui annonce qu'elle le quitte. Il se révolte et se retrouve interné d'office.  Sorti de cette mauvaise passe, il est broyé, détruit ; ce choc ayant fait remonter des blessures profondes de sa petite enfance. N'ayant plus de foyer, il décide de vivre dans sa voiture sur un parking. Il tient le coup quelques mois  mais à l'approche du second hiver, il décide de mettre fin à ses jours. Un ami qui passe le voir par hasard le sauve. 

Il rentre à nouveau dans un cycle hospitalier puis repart dans sa Polo sur «son» parking pendant 912 jours. Il devient alors «un loup» nom par lequel il désigne ses nouveaux semblables. Cependant grâce à sa capacité de rêver et surtout grâce à son travail d'acteur il ne sombre pas dans l'irréversible. Aujourd'hui, il a repris pied avec courage dans le monde des hommes. 

La mise en scène est basée sur un texte très structuré (voir  tableau) permettant au spectateur de se situer dans les différents épisodes de la vie du héros. Épisodes qui ont jalonné son itinéraire dans la rue ou qui ont contribué à le conduire à cet état. Ces vingt-sept « tableaux » glissent de l'un à l'autre par une analogie.

Un personnage original est la Polo, voiture dans laquelle Pierre a vécu cette période. La Polo est dotée d'une maquette des lieux de l'action et munie d'une petite caméra. Elle transporte le spectateur dans les différents décors (temps et espace) qui sont relayés  sur un écran.

La scène pourra comporter un plateau tournant contenant d'un côté une demi- voiture et de l'autre un lit d'hôpital. A proximité seront disposées respectivement une chaise et une table  de chambre hospitalière ainsi qu'un banc et une poubelle.

Il est prévu de faire appel à la diffusion d'odeurs pour jouer sur un sens peu sollicité au théâtre : moisi, cuir, croissant chaud, pneumatique, essence, gazon frais, air marin ...

La pièce peut se jouer avec huit acteurs : Pierre, la Polo,  la marraine Sylvie,  le duo mixte (amoureux, famille, joggeurs, les loubards, la police, les dealers, la B.A.C), un homme (conseiller de recherche d'emploi – l'adjudant-chef, le loup alpha,  le loup meurtrier), une femme ( la maman, Liliane, Marquise), une fillette, un chien dressé. La scène « les loups au théâtre » mobilise : le duo mixte, l'homme, la femme, la fillette et des figurants

éventuellement.

Le déroulement de l'histoire est  relaté dans le tableau ci-dessous :

ACTE 1: l 'abandon

ACTE 2 : les hommes

ACTE 3 : les loups

Prologue

Agathe, l 'assistante respiratoire salvatrice

La Fire Bird, une raison de vivre comme une autre

Apollo 13 : une tragédie dans l'espace

Rupture A

Les amoureux : l'insupportable spectacle d'une relation  sexuelle

La police : trouble à l'ordre public

Les gants de la B.A.C : un cadeau des super-flics pour Noël.

Scène 1

Liliane : la compagne qui trahit et se protège

Le sauvetage : un ami passant par hasard ou envoyé de Dieu

Les loups chassent en meute : l'organisation d'une rapine concertée

Rupture B

La fillette qui saigne du nez, les parents indignes

Les dealers : une oppression permanente et lancinante

La psychiatre rigide : l'internement abusif

Scène 2

La maman : une mère sans bras, juste un interphone

Un conseiller pas comme les autres : une rencontre pleine d'humanité

Le théâtre des loups : les invisibles sous les feux de la rampe

Rupture C

Rencontre avec sa marraine : un peu de baume au cœur

Les loubards : une menace permanente

Sylvie meurt : tout s'écroule sous ses pieds

Scène 3

Marquise : sa chienne adorée pour qui il fugue

L'adjudant-chef : les conseils de survie

Le cadeau de Sylvie : une chienne pour revenir à la vie

Rupture D

Les joggeurs : l'intrusion matinale du ridicule

Le baiser de Sylvie : l'amour qu'on lui offre et qu'il ne sait pas prendre

Les loups se déchirent : une altercation qui finit mal

Épilogue

La tentative de suicide : un appel lancé à Dieu

Retour à Quandeau : un parking devenu maison

L'entrepôt : une tanière qui ressemble à une maison

Les diaporamas en fin d'acte 1 – 2  seront fournis par l'auteur. Voir  : https://picasaweb.google.com/CHANSIAUX/LaPolo13

La pièce pourra être montée par « Arts en Scènes »

 http://www.artsenscenes.fr/aes/http://www.artsenscenes.fr/aes/http://www.artsenscenes.fr/aes/http://www.artsenscenes.fr/aes/http://www.artsenscenes.fr/aes/http://www.artsenscenes.fr/aes/http://www.artsenscenes.fr

Avec une mise en scène et une direction d'artistes de Pierre Devann.

La Polo 13

PREMIER ACTE

L'ABANDON

 

 

Prologue

Agathe

Pierre dort dans un intérieur de voiture muni d'un appareil d'assistance respiratoire branché sur l'allume cigare. Nuit calme.

La Polo : ( moqueuse, s'adressant au public)  Vous savez ce que c'est ? Non probablement pas ? 

Pierre : (tout en dormant) : Ce n'est pas une chose, ma chère Polo Wolkswagen , c'est Agathe !!!

La Polo : Je sais, je sais, je ne suis qu'une vulgaire petite citadine de bas de gamme mais je vaux bien cet AAR !!!

Pierre : AAR, veux-tu bien, ma chère Polo,  ne pas réduire Agathe à un sigle d'appareillage d'assistance  respiratoire. C'est mon infirmière, elle est ma guérison !

La Polo : Parlons-en de ta guérison ! Monsieur est dorénavant diagnostiqué !! Ça nous fait une belle jambe de savoir que tous ses maux étaient dus à l'apnée du sommeil. Les pertes de mémoire, l'apnée du sommeil ; la fatigue, l'apnée ; la mauvaise humeur, l'apnée ; les troubles du comportement l'apnée ; …. le poumon vous dis-je !

Pierre : Laisse Molière en paix, tas de tôle jaloux !!! Depuis que j'ai Agathe, je revis normalement, comme vous tous !!!  

La Polo : Eux, imbécile, ils ne dorment pas dans leur bagnole !

Pierre : Salope, tu as vendu la mèche !!!

La Polo : Même que sa femme l'a largué ! Il comptait bien, Monsieur, mener une vie à trois, avec Agathe et Liliane !!!  (singeant Pierre). Tu vois, ma chérie, tous nos problèmes sont résolus grâce à la petite maitresse de mes nuits. Effacer . Remettre le compteur à zéro,  … C'est bien une réaction de mec ! Sauf que nous les femmes, quand on a trop morflé, on se tire ! C'est trop tard, ça ne se rattrape pas !

Pierre : Tu n'es qu'une bagnole, ferme-la !

La Polo : Pourquoi me tairais-je ? Je suis encore chez moi ! Et puis autant tout dire. Monsieur aime mieux les bagnoles que les femmes ! Il en entretient même une de luxe, une américaine, qui lui tète le gîte et le couvert. Faut voir ce qu'elle bouffe avec ses six cylindres en V ! Et Madame a beau être un oiseau de tempête, une « Fire Bird », elle ne couche pas dehors !!! Tandis que nous, on vit sur un parking, je vais vous montrer  (elle s'empare de la caméra et vient la placer dans la maquette)

Pierre : Tais-toi ! Même si je vis avec toi, c'est elle que j'aime. C'est à elle que je m'accroche !!!

La Polo : Mais de qui parles-tu ?  De ta femme ou de ton américaine ? 

Pierre s'apprête à la gifler quand soudain le scène est inondée par des lumières des phares et le bruit d'une voiture roulant au pas et s'arrêtant. A l'intérieur de la voiture un couple d'amoureux.

Pierre observe en silence (1). Puis il pleure (2) et trouve cela insupportable, jusque à la nausée (3) et s'endort vaincu (4)

Rupture

les amoureux

 

Les amoureux entament une relation silencieuse :

 - ils s'embrassent (1)

 - on devine que la fille chevauche l'homme (2)

Lui : Mon amour du clair de lune …

Elle : Mon homme fort, mon rempart ...

Lui  et elle miment l'extase (3) puis se câlinent (4)

Lui : Liliane, personne ne m'a aimé ainsi ….

Elle : Je me donne tout à toi, mon Pierrot.

Lui : Liliane, tu es l'amour de ma vie.

Elle : Je n'aimerai que toi mon petit loup.

Liliane entre discrètement en scène tandis que le couple s'estompe dans la nuit.

Scène I

Liliane

La Polo : Partons pour l'hôpital, il a de cela quelques jours, où mon Pierrot est soigné pour son apnée du sommeil (elle prend la caméra et montre le lieu. Le décor de Pierre s'escamote et apparaît un lit d'hôpital ).

Liliane : Pierre réveille-toi ! C'est fini.

Pierre : Oui c'est fini mes souffrances, tes souffrances, je suis guéri.

Liliane : Réveille-toi bien. C'est fini entre nous !

Pierre : Non, Liliane, dis-moi que c'est un cauchemar, que je délire, sors-moi de là !!!

Liliane : Non Pierre. Pour une fois tu ne rêves pas. Tu es dans le monde réel et je te quitte

Pierre : Mais j'ai fait l'impossible pour toi ! Tout ce que j'ai entrepris, c'est par amour pour toi. Les heures de travail, mes engagements totaux dans l'organisation des spectacles, le club sportif, c'était pour toi, pour les enfants, pour nous, pour notre vie.

Liliane : Pierre, ce n'est pas cela l'amour.

Pierre : Ne me demande pas de t'aimer autrement. Je ne sais pas aimer « normalement » car j'ai grandi sans tendresse, sans affection, avec une mère sans bras, jamais présente. Son amour, elle croyait me l 'exprimer à travers son travail et donc par tout ce qu'elle pouvait m'offrir. Excuse-moi, j'ai reproduit ce modèle !!! J'ai voulu le confort et l'aisance pour notre famille. Mais, je me rends compte que c'était une fuite. Je ne sais pas aimer. Ma Lily, je vais changer.

Liliane : Il est trop tard, bien trop tard … et de toute façon, tu ne pourras pas changer

Pierre : Qui t'as mis cela en tête ?

Liliane : La directrice de cet hôpital, cette neuropsychiatre, est une experte reconnue. J'ai confiance en elle. Elle m'a ouvert les yeux. 

Pierre : Lily tu es folle de la croire ! C'est un  vautour, un charognard qui se repaît du malheur des autres. Elle entre son bec au bout de son long cou dans nos cerveaux, pour les grignoter, les réduire à néant.

Liliane : Primo, ne m'appelle plus Lily ! Il n' y a plus de Lily. Secundo, écoute-toi parler  … tu es fou ! Tu dois être soigné dans l'isolement. Ne plus nous importuner.

Pierre : Mais je suis un enfant de treize ans, Liliane, tu ne peux pas m'abandonner.

Liliane : Je ne suis pas ta mère et je  ne suis plus ta femme. On se verra demain dans le bureau de la directrice. Elle te donnera une chance. Là-dessus, salut, les enfants m'attendent. Une fois de plus, encore à cause de toi !

Pierre : Tu verrais, maman, dans quel état tu m'as mis. J'ai quarante ans et je saigne, je saigne, je saigne ...

(Odeur sur ce tableau : éther)

Rupture 

La fillette qui saigne du nez

La nuit revient puis le jour se lève sur le parking. Pierre dort dans la Polo. Soudain des cris d'enfant .

La gamine (se tenant le nez) : Maman je saigne ! Maman je saigne. Maman je saigne du nez

La mère : Fais attention à ton manteau neuf !

Le père : Mais enfin, qu'est qui ce passe encore

La gamine : Papa, mon nez saigne !

Le père : Tu n'as pas pris un mouchoir ? (s'adressant à la mère) Mais enlève-lui son manteau au lieu de hurler !

La mère (enlevant le manteau sans ménagement) : De toute façon, elle l'a taché, il est hors d'usage

Le père : Tu dramatises tout. Ll'essentiel est de le porter tout de suite au pressing (la gamine s'approche de Pierre)

La mère : Il n'y a rien à voir dans cette voiture vide ! Dépêche-toi ! Le pressing va ouvrir.

Le père : Quoiqu'il en soit, ma matinée est gâchée.

La mère : Fais attention à ta robe ! Garde bien ton nez dans ta main.

La gamine : ( s'adressant à Pierre ) : Dis Monsieur, elle était comment ta maman ? (plusieurs fois)

Pierre ne répond pas, la gamine laisse sur la voiture de longues traces de sang en partant

Scène 2

La maman

 

La maman entre discrètement et se place derrière un interphone.

La Polo : Vite !  Filons, il y a de cela une vingtaine d'années, dans le garage automobile où Pierre grandit avec ses parents.

Pierre s'agenouille. Il sort une grande caisse de Lego et de jouets. Il joue seul – la Polo à le capot ouvert (elle est visiblement au garage)

La maman : Pierre, mon petit, si tu vas en dépannage avec ton père, ne tâche pas ton manteau avec du cambouis.

Pierre (répondant avec un autre interphone) : Maman, un bisou !

La maman : Demande à ta nounou, elle est très câlin.

Pierre : Alors, maman, achète-moi un tambour

La maman (criant à l'endroit du père) : Fais attention qu'il ne se salisse pas ! J'en ai assez de payer les bonnes pour faire la lessive.

Pierre : Maman, je veux être danseur.

La maman : Danseuse, mon chéri, ce n'est pas un métier de garçon.

Pierre : Alors, j'apprendrai le tambour, et jouerai la polka !

La maman : Judoka, c'est beaucoup mieux mon bébé ! Comme ça tu ne seras pas footballeur comme les garnements des ouvriers de ton père.

Pierre : Alors, comme papa,  je volerai en avion peut-être ?

La maman : Oui mon Pierrot, papa sera content que tu apprennes la trompette, quelle bonne idée !

Pierre : Maman, je n'ai pas dit trompette ! Tu n'as pas compris. Pourtant je hurle.

La maman : Du bugle ? C'est encore mieux ! C'est plus recherché que la trompette ! Papa va être content

Pierre : Maman, écoute-moi (plusieurs fois tandis que la mère parle au père 1 2 3 4)

La maman ( à l'endroit du père) : Tu te rends compte, notre fils, les bras m'en tombent, il sait ce qu'il veut dans la vie (1) ; tu ne devineras jamais ; il est si jeune (2) ; il a déjà l'envie du judo (3) et Dieu sait, où il a été trouver cela : il veut aussi apprendre à jouer du bugle (4) tu m'entends ?

Une voix-off : Madame, c'est Maxime, le chef d'atelier, je suis désolé pour vous, monsieur est parti il y a dix minutes.

La maman (seule) : Bon, on ne peut jamais compter sur lui. Il faut que je note pour ne pas oublier :  judo – téléphoner à la Mairie - et pour le bugle –  en parler à la bonne – son mari est à la fanfare , racheter du détachant cambouis …. Ah si je n'étais pas là pour m'occuper de ma famille 

Le noir revient et le jour se lève sur le parking. Apparait une femme avec une chienne .(de grande race – préférence labrador). C'est la maraude du Samu Social.

(Odeur sur ce tableau : essence - gaz-oil)

Rupture

Rencontre avec sa marraine

La marraine : Tiens, tu es nouveau, toi

Pierre : Vous avez une belle chienne. Comment s'appelle-t-elle ?

La marraine : C'est Duchesse. Elle m'accompagne dans toutes les maraudes du Samu Social

Pierre : C'est un moyen facile d'engager le contact avec les loups ...

La marraine : On va le dire comme cela, si tu veux bien ! As-tu besoin de quelque chose de précis : nourriture, couverture, vêtements ?

Pierre : Non merci. Vous savez, lorsque j'avais treize ans, j 'avais une chienne, elle s'appelait «  Marquise ». Une magnifique bergère beauceronne, une « bas rouge » exceptionnelle.

La marraine : Ma Duchesse, c'est aussi tout ce qui me reste. A bientôt l'ami.

Pierre : Reviens quand tu veux, Marquise. Non, pardonne-moi, Duchesse. 

Scène 3

Marquise

Une photo d'une chienne bas-rouge apparaît * tandis que la famille se retire dans le noir tout en continuant à jouer.

La Polo : Revenons des années en arrière, Pierrot a 13 ans. Il y a urgence, mon Pierrot a quitté le garage de ses parents et a pris la fuite. Allons le rejoindre, venez, venez ! (elle prend la caméra)

 

Marquise (voix off ): Mon petit homme, que fais tu sur la route ?

Pierre : Ils m'ont dit des mensonges, mes parents,  alors je suis parti de la maison

Marquise : Ils ne t'ont pas dit que j'étais au Ciel ?

Pierre : Non, ils ont voulu me faire croire que tu étais partie.

Marquise : Peut-être ont-ils voulu diminuer ta peine ?

Pierre : Non ce sont des monstres ! Je ne veux plus les voir ! Il ne faut jamais mentir aux enfants !

Marquise : Mon petit bout d'homme, tu sais, une chienne ne vit pas longtemps. J'ai fait tout ce que  j'ai pu pour remplacer ta maman.

Pierre : Je n'ai pas de maman. J'ai un interphone.

Marquise : Ne t'emporte pas petit homme, respecte-la, elle et les jeunes filles qui te gardent.

Pierre : Je les méprise toutes ! Je ne veux plus les voir. Je suis un homme maintenant

Marquise : Les hommes, mon loupiot, ils sont ordonnés et raisonnables. Promets-moi d'aller manger avec la bonne, quand elle t'appellera. Je ne pourrai plus interrompre tes jeux en  mettant mes pattes dans tes jouets

Pierre : Je ne jouerai plus ! Je vais aller en pension et je raterai exprès mes études.

Marquise : Étudie, mon sauvageon, pour être maître de ton destin, pour avoir ta place au soleil. 

Pierre : Mon destin est de vivre dans l'ombre, comme un animal sauvage, dans une tanière.

Marquise : Tu vas regretter les virées avec ton père, les camions, les Dodges, les GMC ...

Pierre : Non tout cela ne m'intéresse plus.

Marquise :  Mais d'aventure, si tu retournes dans la dépanneuse, fais attention à ne pas descendre du côté de la route, je ne serai plus couchée en travers du chemin sous le volant... C'est ma dernière recommandation, petit d'homme.

Marquise s'estompe.

Pierre (se mettant à courir) : Marquise ne t'en va pas, reviens, reviens ! Veux-tu bien obéir. Obéis-moi sale bête ! Je ne suis pas un chien, je suis ton maitre. Je suis un loup, ne vois-tu pas ! (plusieurs fois)

(Odeur sur ce tableau : foin)

Rupture

Les joggeurs

Le noir revient. On entend un autre coureur. Le jour se lève sur le parking avec deux  joggeurs qui passent et repassent le long de la voiture.

Pierre (criant dans le vide)  :  Vous n'avez rien d'autre à faire que de courir à cette heure là ?

 

Lui (parlant dans le vide) : On est tranquille à cette heure là, il n'y a pas un chien.

Pierre : Le jour se lève. Je suis épuisé. Je devrais enfin pouvoir dormir !

Elle : Quelle frite j'ai ce matin ! Au boulot je vais tout enflammer !

Pierre : Connards en bonne santé, vous ne voyez pas que j'ai sommeil, que je crève 1 2 3)

Elle et lui, en chœur chantonnant : 5 km à pied, ça use, ça use, ça use … (etc) (1) – le travail c'est la santé, rien faire … (etc) (2) …  tout nus et tout bronzés (etc). (3)

Epilogue

La tentative de suicide

Pierre sort de la voiture, les joggeurs s'enfuient en criant, : Un loup, un loup (plusieurs fois)

Pierre : Mon Dieu, c'en est trop ! Je  veux rejoindre Marquise …. Mais si tu veux que je reste sur cette terre donne-moi un signe fort. Fais en sorte que je revoie cette église de Saint-Forien – et cette mer et ces levers de soleils magnifiques ou condamne-moi aux foudres éternelles.

Pierre sort méticuleusement ses médicaments, il se signe, se couche dans sa voiture.

La Polo (affolée, s'adressant au public) : Ne le laissez pas mourir vous autres ! Faites quelque chose ! Il est donc invisible ?  (plusieurs fois – formulations improvisées – cinq fois durant le diaporama

 

Diaporama  tandis que Pierre sombre dans la mort. (5)

Diapos  (15 durée unitaire 3 sec) : des images de bonheur familial en alternance avec des gens de la rue

FIN DU PREMIER ACTE

=======================================================================

SECOND ACTE

LES HOMMES 

Prologue

La Fire Bird

 

Pierre est sur un lit à  l'hôpital. Sur sa table un magnifique modèle réduit de fire bird rouge. Il joue avec en dormant.

La Polo : ( moqueuse, s'adressant au public)  Vous savez ce que c'est ? Non probablement pas.

Pierre : (tout en dormant  dans son coma) : Ce n'est pas une chose, ma chère Polo Wolkswagen. C'est Fire Bird !!!

La Polo :  Je ne serai pas jalouse de sa belle américaine tant qu'il ne sera pas sur pied. Par le plus grand des hasards, son ami Denis avait décidé de passer le voir et il l'a trouvé chez moi gisant dans ses boites de médicaments vides.

Pierre : Ne blasphème pas, vieille guimbarde. C'est le doigt de Dieu qui lui a montré le chemin. Dieu veut que je vive ! Le signe est clair, très clair !

La Polo : Parlons-en de ta vie ! Tu te figures plus malin que les autres avec ton « aspirateur à minettes, cette espèce de fusée terrestre dispendieuse ….  En fait c'est une Escort Girl.

Pierre : Laisse les Ford Escort en paix, petite Grätchen ! Laisse-moi entendre son doux ronronnement et son courroux lorsqu'on lui écrase la pédale de droite. (passez le bruit du V6)

La Polo : Ah ça, pour en faire du raffut, elle sait se couper en quatre. Mais ce n'est pas elle qui va te permettre de retrouver une femme en chair et en os.

Pierre : Lorsque je l'ai vue pour la première fois à l'ouverture de la porte du garage où elle végétait, j'ai su qu'elle était pour moi. Nous nous sommes regardés; elle a compris que je la sortirais de là ! Dès lors que Dieu m'oblige à rester sur cette terre, il me faut bien une raison de vivre. C'est ma bouée, ma béquille, ma dépanneuse.

La Polo : Admettons, admettons. Mais mon cher suicidé raté, ne croyez-vous pas que vous succombez au mythe de la maman et de la putain ?

Pierre : Suffit la Polo, rabas ton grand capot !

La Polo : Tu me dis encore une fois de me taire et je tombe volontairement en panne ! Batteries à plat, fuite d'huile, j'en passe et des meilleures. Je serai si usée que les flics diront « tiens une épave dans une épave ».

(Odeur sur ce tableau : voiture neuve)

Rupture

La police

Au moment  où Pierre fait mine de la frapper, la scène est éblouie par le gyrophare d'une voiture de la Police. On est toujours à l'hôpital pour montrer que Pierre revoit cette scène dans son coma. Descend un couple de policiers. (un homme et une femme munis de lampes torches éblouissantes)

Lui : Monsieur, c'est interdit de dormir ici. Il faut décamper.

Pierre : Je suis chez moi, dans une propriété privée et je ne vois pas pourquoi je bougerais.

Elle : Monsieur, veuillez nous présenter vos papiers ainsi que ceux de la voiture.

Pierre : Tout est en règle. Je suis méticuleux.

Lui : Les gens normaux dorment dans un lit (montrant les spectateurs). Ça tu le sais bien ?

Pierre : Ne te mêle pas de  ma vie.

Elle : Monsieur, ne nous parlez pas sur ce ton !

Pierre : Je vous parle comme vous me parlez et vous pouvez prévenir toute la brigade que la ronde de nuit me trouvera souvent là. C'est ma tanière.

Lui : T'as pas fini de nous voir te contrôler dans ton terrier …. Et au moindre faux-pas...

Elle : Laisse tomber ! C'est un pauvre type, une loque. Dans une semaine il aura craqué. Il n'a pas d'amis.

( La Police fait mine de chercher des amis dans la salle et éblouit les spectateurs).

Elle et lui : il n' a pas d'amis (plusieurs fois en croisement avec * et **)

Scène 1

Le sauvetage

La nuit reprend ses droits avec l 'éloignement de la  police, mais aussitôt survient une moto avec un gros phare rassurant. Le motard descend de son engin.

Denis : Eh l'ami, es-tu là ? *Pierrot tu dors ? C'est Denis, ton vieux pote ! ** Loup y es-tu, que fais-tu ? Je viens te chercher camarade. On va boire un pot avec les copains ?

La Polo : Denis, vite Denis, il est en train de mourir, il a avalé tous ses médicaments.

Denis : Merde mon Pierrot, qu'as-tu fais ??? (il sort son téléphone portable) Allo les pompiers ? Vite ! Envoyez une ambulance sur le parking de Quandeau ! Oui une tentative de suicide, un copain. Il a avalé tous ses médicaments. Oui je reste là et je ne touche à rien. Venez vite ! Oui, oui, je vais lui parler sans discontinuer, le maintenir en éveil.

Pierre (dans son coma) : Mon Dieu, vous m'avez envoyé Denis à mon secours ! Le pauvre Denis, c'est lui qui se paye les sales boulots. En catimini de ses employés et de ses clients, je vais taper mes CV sur ses ordinateurs. 

Denis : Pourquoi tu as fait cela ? Tu aurais pu venir jusqu'à la salle de jeux vidéo. Tu sais que je suis là pour les coups durs. Bon, tu fais un peu désordre au milieu des jeunes qui « fightent » à Word of  Warkraft ou à Counter-Stricke. Avec ton chapeau, ton cuir et tes gants, ils te prennent pour un flic ou une balance. C'est vrai que depuis que t'es dans la rue, tu les regardes drôlement les jeunes. Surtout les filles, elles imaginent des trucs, alors que toi tu penses aux deux tiennes restées avec leur mère.

Pierre : Denis, tu me soûles. Arrête de jacasser comme une pie. Retourne dans ton établissement au milieu de ces puceaux et pucelles, ces fils et filles à papa qui ne survivraient pas un quart d'heure dans le monde réel.

Denis : Mais qu'est-ce qu'ils foutent avec leur putain d'ambulance. Mon copain est en train de crever ! A oui, j'oubliais, il faut que je lui parle ! Tu te souviens, Pierrot, de la dernière soirée qu'on avait passée à la maison avec Isabelle ? Elle est sympa mon Isabelle. Elle t'avait acheté des rillettes pour te rappeler ta Sarthe natale ! Les filles, tu les séduis toutes mon cochon avec ton bagout. Même si elles n'en croient pas un mot de tes histoires de commando, de casse-mates et d'onde de choc de mitrailleuses, de mines antichar bricolées dans une bouteille de vin blanc et autres engins militaires  ! Tu les fais voyager ! Tu les fait frémir ! Tu finis par nous foutre la trouille mais c'est ce qui fait ton charme !Pourquoi je te raconte ces conneries ? Mais pour pas que tu t'endormes définitivement. Ah tiens, enfin, voilà le SAMU.

Arrivent deux infirmiers vêtus de blanc (un homme une femme mais très masculine).

Pierre : Tiens, bonjour les hommes en blanc, vous me reconnaissez. Je suis un récidiviste de vos services. Oui, je suis le zèbre en furie que vous avez accueilli quand sa bonne femme l'a quitté. Vous m'avez ceinturé pour que je ne lui parle pas en tête à tête ! Vos trousseaux de clés pendent comme des colts. Vous dégainez à la moindre menace, vous êtes à la solde du shérif du district « neuropsychiatrie »  de ce charmant hôpital de province. Vous m'auscultez pour voir si je ne suis pas foutu. Non ! Le loup mime la mort. Il va se laisser emporter comme une dépouille dans votre chenil. Et une fois requinqué, derrière les barreaux, il hurlera la nuit pour alerter ses frères. Vous aurez si peur que vous en ferez dans votre froc. Alors, vous viendrez à quatre pour me tenir de force et m'injecter votre sérum de tranquillité. Pour créer le besoin. Vous ne dites rien ! Vous m'oppressez ! Vous êtes bien des dealers ! Oui des dealers ! oui des dealers (1) ! Oui j'ose vous traiter de dealers !

La nuit tombe puis une faible lueur revient.

Apparaît un dealer de drogue et sa cliente 

(Odeur sur ce tableau : médicament )

Rupture

Les dealers

Le dealer et sa cliente font le tour de la Polo et de Pierre.

La Polo : Ah le salaud, le revoilà ! Bien, ne te gène pas ! Assieds-toi encore plus fort sur mon capot !

Pierre : Ma Polo, dis-moi quels sont ces bruits de botte que j'entends autour de nous ?

La Polo : C'est le marchand de came. Il m'oppresse. J'ai peur. Tu te rends compte s'il sortait un surin et me perçait mes quatre pneus ?

Pierre : Oui, on aurait du mal à se tirer, mais faut tenir le coup ma Polo !Si on part, on est foutu. On ne pourra plus revenir, il nous butera.

La Polo : Je suis prête à reculer en cas d'urgence.  Tu m'écrases le champignon s' il faut se barrer.

Le dealer et sa cliente s'accoudent sur  la Polo et sur  Pierre en soupirant lourdement.

Pierre : Ils nous mettent la pression ce soir. C'est vrai qu'avec les vacanciers qui vont arriver le business bat son plein.

La Polo : Un bizz qui rapporte mon Pierrot... plus facile et plus rentable que les plans de Pôle-Emploi.

Lumière de poursuite fixe sur le dealer et sa cliente  qui s'estompe peu à peu et la lumière revient sur une enseigne lumineuse Pôle-Emploi – Un bureau est amené sur scène.

 

Scène 2

Un conseiller pas comme les autres

Christophe : Hé, toi, là, sur le banc ! Oui c'est bien de toi dont il s'agit. Viens me voir !

Pierre : merci de me recevoir, monsieur, mais je me débrouille très bien. Voyez mon CV. J'ai tourné dans de nombreux films, j'ai été metteur en scène de théâtre, j'ai coordonné de grands spectacles d'extérieur. Et également, je peux me prévaloir ….

Christophe : Arrête ton char Ben-Hur !!!  Je sais, je devine !

Pierre : Tu devines quoi ?

Christophe : C'est marqué sur ton front camarade  !

Pierre : Là, tu me fais marrer...

Christophe : Tu pieutes dans la rue, mon coco !

Pierre : Comment tu as pu deviner ?

Christophe : Peu importe ! Mais on va te tirer de là mec, même si tu dois en baver.

Pierre : Mais je peux quand même travailler tout en étant dans la rue ! On est nombreux à travailler chez les loups.

Christophe : Vachement pratique la rue pour se doucher avant d'embaucher à huit heures du mat' quand les bains de la Croix Rouge n'ouvrent qu'à 9 heures !!!

Pierre : Oui, je sais. Il y a aussi tous les passe-droits que certains ont sur d'autres, les femmes, les moutards, tous ceux-là passent avant nous. Ils vident l'eau chaude et raflent toute la bonne bouffe au Resto du cœur. Moi, personnellement, je ne peux pas y aller encore. Je ne supporte pas le regard de Coluche sur l'affiche. Un comédien qui fixe un autre comédien et qui semble lui dire « tu vois mon pote même les artistes ont besoin de moi » Et puis, tous ces acteurs sociaux qui reproduisent, dans ces lieux, les mêmes schémas que dans la société : les hommes valides, nous sommes les derniers servis, j'ai la haine !!!

Christophe: Moi, le loup, j'ai les crocs. Il est midi, viens déjeuner avec moi ! Je te paye un hamburger.

La Polo prend la caméra et va au fast food.

Pierre : Merci, tu es un des premiers à me manifester de l'humanité. 

Christophe : Pour moi, le respect  de l'homme est inconditionnel et n'est pas lié à la réciprocité. Je sais combien vous n'attendez plus rien de la société. Vous n'êtes pas pour autant des objets mais des être humains. Je sais que vous êtes invisibles pour le commun des mortels durant la journée. Pourtant, vous errez à l'orée des magasins, des églises, des arrêts de bus, sous notre nez mais… furtifs... On devine à peine vos traces. Vous ne laissez pas de brisées … Vous redoutez les battues... la traque des hommes

La lumière baisse et une vidéo apparaît montrant une bande jeunes agressifs en scooter, une jeune femme et son mec en scooter.

(Odeur sur ce tableau : croissant chaud)

Rupture 

Les loubards

La Polo : Pierre, tu t'es assoupi et tu as laissé passer la horde.

Elle : Regarde ce PD dans sa tire pourrie !

Lui : Hé connard ! Ne viens jamais zoner dans nos cités !

Elle : Il était vers l'école quand les mômes sortaient hier !

La Polo : Elle ment la salope !

Lui : On va te l'exploser ta Polo à la con !

Elle : Ouais, on va lui faire la fête à cet enculé d'ivrogne !

Pierre (sortant une arme ) : barrez-vous sales petits cons !

Elle : Putain, il a un calibre ce fake !

Lui : On s'arrache !

Elle : On reviendra connard ! Avec des flingues !

La Polo : C'est de la frime, hein, mon Pierrot ?

Pierre : Va savoir ….

La Polo : Tu sens ton odeur ?

Pierre : Oui, c'est l'odeur de la frousse, je la connais parmi mille. Elle exsude de moi dans ces circonstances.

La Polo : Mais alors, on devrait lever le camp ; aller se planquer ailleurs, à la campagne.

Pierre : Non, pas question !  Ici t'es garée stratégiquement pour observer ce qui entre et ce qui sort. Connais-tu un  endroit où l'on disposerait, comme ici,  d'un point d'eau potable et de toilettes publiques ? C'est notre position et on la défend. Tu sais ma louloutte, les grands frères là-haut dans leurs tours, ils peuvent nous retrouver partout et ils sont armés jusqu'aux dents.  Si on bouge, on s’amollit et c'est là que sans doute qu'ils attaqueront. Si on résiste, il n'y aura pas forcément la guerre. Les nuits vont être longues ...

La lumière s'éteint et se rallume.

(Odeur sur ce tableau : odeur forte animale)

Scène 3

Les leçons de l 'adjudant-chef

Adjudant : Soyez sûrs, les gars, que si vous baissez la garde, si vous roupillez, c'est là qu'ils viendront vous les couper !

La Polo : Tout le monde est prêt pour rempiler ? Allons voir Pierrot pendant son service militaire !

Pierre : Il nous gonfle avec ses instructions l'adjudant-chef Berthier. On n'est plus en Kabylie …

Adjudant : Un combattant mort, c'est peut-être un héros mais c'est surtout un type inutile. Dans la vie garez-vous les fesses. Monan ! Toi qui est malin, comment tu la garerais ta jeep dans un bled hostile ?

Pierre : Chef, je me mettrais dans un endroit placé pour pouvoir surveiller l'entrée du bled ; dans un endroit dégagé pour pouvoir me tirer vite fait et le long d'un mur pour n'avoir qu'un seul côté à surveiller, Chef !

Adjudant : Bien Monan ! Si tu deviens cloche, au moins tu pourras coucher dans ta bagnole sans que les mômes te piquent tes bonbons !

Pierre : Quel con ! comme si un jour j'allais dormir dans ma voiture dans un coin hostile...

Adjudant : Monan, je vois bien que tu te fous de ma gueule ! Dis-moi plutôt de quoi chaque homme a besoin et ne répond pas « une gonzesse, Chef » ou c'est toi qui va être celle du régiment !

Pierre : De l'eau, Chef !

Adjudant : Pour quoi faire Monan ?

Pierre : Pour boire et faire sa toilette, Chef !

Adjudant : Non Monan ! La réponse exacte est : pour se désaltérer et se laver le cul !

Pierre : Lui, il vit sans doute près d'une caisse de bières ! Qui n'a pas à la maison un frigo avec du Coca et une salle de bains ? On n'est plus au Moyen-Age !

Adjudant : Monan, fais pas le mariole !

Pierre : Oui Chef !

Adjudant : Repos !

Rupture

Le baiser de Sylvie

Lumière qui baisse. La marraine entre dans la chambre avec Duchesse qui se précipite vers Pierre.

 

La marraine : Ah, oui il en a besoin de repos. Tu vois Duchesse, tu l'as réveillé.

Pierre (souriant ) : Oui ma belle ! C'est d'autant plus cruel que je rêvais à mon adjudant-chef instructeur de commando.

La marraine : N'était-il pas en train de te dire qu'un combattant qui se suicide devient un homme inutile ?

Pierre : Sylvie, vous lisez bien dans mon âme. Vous devez savoir alors qui j'attends désespérément sur  ce parking ?

La marraine : Qui ?

Pierre : Liliane, Marquise, maman...

La marraine : Je comprends. Elles ne font qu'une.

Pierre : Elles ont fait de moi un loup.

La marraine : Tu n'es pas un vrai loup, Pierre. Tu vis dans une voiture, pas vraiment dans la rue. Tu n'as pas sombré dans l'alcool, tu n'es pas couvert de plaies ou de vermine. Tu peux t'en sortir, tu n'as pas touché le fond. Et j'ai l'intuition qu'une autre femme bien réelle t'aime déjà. Elle t'aidera à sortir de là. 

Pierre : Mais j'ai tellement honte de ce que je suis devenu ! Je suis une loque, un guerrier qui a perdu tous ses combats, un moins que rien !

La marraine : Tiens, au fait, en parlant de petit rien, Duchesse et moi, avons un modeste cadeau pour toi, une peluche.

Pierre : Un petit loup, un gentil petit loup, merci Sylvie ...

La marraine se rapproche de lui, l'embrasse fougueusement et se sauve en courant.

Lumière qui baisse.

 

Epilogue

Retour à Quandeau

Pierre sort du lit et revêt sa tenue de loup (chapeau gant bottes) Les infirmiers entrent et s'enfuient en criant : un loup, un loup ! (plusieurs fois)

Pierre : Mon Dieu, je suis sauvé ! Je vais revoir mon parking de Quandeau, ce chez moi immense,  avec, au loin, de l'autre côté de ma baie vitrée, l'église de Saint-Forien, et cette mer, et ces levers de soleil magnifiques, je suis un vrai loup maintenant …. 

La Polo :  !   La baie vitrée, c'est mon pare-brise miteux ! Pierrot tu te rends compte ! Tu ferais mieux de canaliser ton énergie vers ton seul lien au monde : ton travail d'acteur et de metteur en scène. Ah, si j'avais des bras, je le guérirais mon petit loup, en le serrant très fort ?   (s'adressant au public) Vous les serrez dans vos bras vos petits, je l'espère ? (plusieurs fois) 

Diaporama 

Diapos  (15 durée unitaire 3 sec) : des images de travail en alternance avec des gens de la rue

=====================================================================

TROISIEME ACTE

LES LOUPS

Prologue

Apollo 13

Pierre sort méticuleusement ses plaques d'identité façon militaire pendues à son cou. Le décor est celui d'une cabine spatiale dans l'espace – apparaît la mention Polo 13.

La Polo (amusée, s'adressant au public) : Vous savez ce que c'est ? Sûrement pas ! Ce sont ses plaques d'identité. Il les a fait faire pour ne pas oublier qui il était  ou s'il advenait qu'il devint fou. Il aimerait les raccrocher et dire « C'est fini. Je suis dans ma maison ».

Pierre : Toi aussi tu as des plaques ma vieille ! Sinon tu irais direct à fourrière puis à la casse !

La Polo : Ne joue pas les durs, Pierrot ! Parce que « grâce à Dieu » tu t'en es tiré.

Pierre : Oui je suis vivant mais j'ai changé de monde.

La Polo : Sais-tu qui nous sommes Pierre ? ( en regardant le public).  Vous souvenez-vous de la mission spatiale Apollo 13 en 1970 ? Tout avait bien commencé. Apollo 13 avait emporté les astronautes vers leur destination, la Lune. ( Regardant Pierre) Chemin faisant, le module d'oxygène explosa et ils durent organiser leur retour dans des conditions de survie à la limite de l’asphyxie. Asphyxié toi aussi, je t'ai conduit sans encombre jusqu'à l'hôpital. Ma mission fut un succès. Tu es maintenant abreuvé en oxygène avec l'assistance d'Agathe. Mais dans ton cas c'est au moment de rentrer à la maison que se produit une rupture. La perte d'un élément essentiel. La capsule va alors changer d'orbite. Elle va divaguer dans l'espace. Pierre, nous errons dans l'espace. Il faut que tu rétablisses la trajectoire de la Polo vers la terre des hommes ; tout comme le commandant Jim Lowell qui a sauvé son équipage, en accumulant de l'énergie. 

Pierre : Mais je ne suis pas un héros de la NASA, ma chère Polo 13 et je n'ai pas d'équipage  !

La Polo : Mais ce parking de Quandeau est moins grand que l'espace, mon cher commandant de bord ! Et vous avez un équipage malgré votre apparente solitude. Pierre, n'oublie pas tes deux filles, les femmes que tu côtoies et qui t'ouvrent leur porte, tes collègues de travail, tes amis photographes   … et surtout Sylvie, ta marraine du Samu Social, et sa Duchesse !

Pierre : Mais ma Polo, ce sont des relations bien distendues ou ténues. Quant à Sylvie, son amour, je ne peux pas le recevoir. J'en suis incapable. J'ai tout fait ces jours derniers pour qu'elle préfère la vie commune que lui propose Didier, son collègue.

La Polo (qui pleure): Mon Pierrot il est temps de remettre un pied parmi les tiens. Cela fera demain 913 jours que nous sommes là sur ce parking sordide. Sylvie t'aime. Elle te l'a prouvé durant ces derniers mois. Je ne passerai pas un autre Noël ici …  Malgré le bon souvenir du dernier. Souviens- toi.

Lumière qui baisse et on se trouve dans la Polo avec un petit sapin en plastique avec guirlandes clignotantes. Pierre dort profondément. Arrive un couple de policiers en civil porteur d'un simple brassard et de gants en cuirs noirs. Elle frappe doucement au carreau.

Odeur sur cette fin de tableau et tableau suivant : sapin de Noël

Rupture 

Les gants de la B.A.C

Elle : Monsieur, réveillez-vous, eh Monsieur …

Pierre : Bonjour, que me voulez-vous ? C'est Noël, tout de même !

Lui : Justement, vous offrir cette paire de gants – gants de palpation – offerts par la BAC – brigade anti-criminelle.

Pierre : Je ne sais comment vous remercier.

Elle : Pas d'importance.

Lui : Joyeux Noël – Monsieur !

Lumière qui baisse

La Polo : S'ils avaient su à qui il avait affaire … Un bandit de grand chemin … Si ce n'est pas tous les jours dimanche chez les loups, c'est  souvent Noël …...

 Pierre (riant à s'en tenir les côtes) : Arrête, tu ne vas pas raconter tous les secrets de notre organisation

 Polo : Mais si (montrant le public).  Ils sont venus pour ça …  Allez, en route pour ensemble pour un commando « Bouffe Royale ».

Scène 1

Les loups chassent en meute

Lumière qui descend et qui revient, la Polo part en ville et stoppe devant une enseigne « Fauchons ».

Sont présents deux loups, un homme, une femme, en fond une bande de loups.

Elle : Ce soir, les loups, nous allons fêter l'anniversaire de Ptit'Paul. Alors trêve des querelles et des bastons. C'est moi qui fais la bouffe, tas de feignants. J'ai besoin de fois gras de canard, de confitures de figue, de Sauternes, de pain de mie en tranches et en plat de résistance de gigot en tranches avec des flageolets et des petits pois. Et bien sûr, un bon Bourgogne. Ensuite, ce sera fromage et dessert. Donc Roquefort « Papillon », Epoisses de chez Berthaut, Munster (n'oubliez pas le cumin) – glaces et petits fruits rouges à décongeler.

Lui : Répartissons les tâches ! Les lièvres d'abord ! Comme d'habitude Norbert et Thierry, avec vos sales gueules d'ivrognes, vous irez trainer du côté des whiskies pour que le vigile vous colle au train !

Pierre : Faites pas les cons ! Vous le scotchez dix minutes … vous achetez deux flashes de pur malt 12 ans d'âge… que vous allez payer tranquillement à la caisse une avec les 50 euros que l'on a réussis à ramasser cet aprèm et... rapportez la monnaie ! Vous aurez droit à une bouteille comme prime de risque !

Lui : Patricia, Philippe et la clique des gueules d'anges, vous répartissez la bouffe … Vous devez être prêts à sortir par la caisse sans achat lorsque les deux lièvres sortiront du rayon des spiritueux et aborderont la caisse.

Elle : Pierrot tu seras sur le parking avec ta Polo, moteur allumé, portable branché et batterie en état de marche. Dès que je t'appelle, tu passes derrière  la première rangée de voitures en stationnement.

Pierre : Vous mettez les courses dans la Polo. Je me tire vite fait. Vous vous dispersez dans le parking. Vous vous planquez en ville jusqu'à 22 heures, puis on se rejoint au squatt.

Elle : Je rappelle la consigne, personne n'est bourré avant l'opération, abstinence totale. La murge c'est pour la soirée. Pierrot tu vas faire une virée à la cambrousse avec la cargaison. C'est pas le moment de bailler aux corneilles sur la Croisette. Tu rappliques quand je t'appelle, vu ?

Pierre : Ouais ma Craquotte, je suis à tes ordres bien que je n'aime pas les femmes autoritaires ! Elles me rappellent de mauvais souvenirs du temps de ma première hospitalisation.

Lumière qui descend – son d'une sirène. Polo s'empare de la caméra et nous conduit  à l'hôpital

(Odeur sur ce tableau : truffe)

Rupture 

La psychiatre rigide

La psychiatre :  Mr Pierre Monan, votre compagne ici présente a tenu à cet entretien que je préside au regard de mes droits en tant que directrice de cet hôpital psychiatrique. Elle vous a prévenu hier de cette rencontre officielle.

Pierre : J'aimerais bien qu'elle m'explique pourquoi elle me quitte. 

La psychiatre : Les explications relèvent de l'intimité du couple. Il n'est pas dans mes compétences d'y pénétrer.

Pierre : Mais alors à quoi vous servez ? 

La psychiatre : Ne me parlez pas sur ce ton agressif, sinon l'infirmier de garde sera dans l'obligation de vous faire une injection de laudanum. Bref passons. J'ai une proposition à vous faire. Vous vous engagez par écrit à cesser de rencontrer votre compagne ici présente et ses enfants pendant au moins un mois et renoncez à toutes  formes de contacts téléphoniques, épistolaires ou par tiers interposé, et vous sortez de cet établissement demain matin. C'est la procédure de sortie d'essai, prévue par la Loi de 1990. Ou vous n'en avez pas le courage et nous vous gardons ici pour vous soigner dans le cadre de votre hospitalisation d'office. Faites vite ! Dans cinq minutes, je dois commencer les consultations à mon cabinet en ville.

Pierre, Madame le juge, non, excusez-moi, docteur, je vous remercie de me proposer ces deux alternatives dont la générosité me plonge dans un choix cornélien. Mais néanmoins j'opte pour la première, celle du mois sabbatique.

Psychiatre : Monsieur Monan, signez ici les trois exemplaires, dont cet exemplaire est pour vous, l'autre pour Madame et le dernier pour moi. Et gardez votre humour pour vos facéties théâtrales. 

Lumière qui baisse et qui descend

Odeur sur ce tableau : moisi

Scène 2

Le théâtre des loups

 

Entrée d'un théâtre, Pierre  papote avec la caissière. Une bande de loups arrive. Le mâle alpha tient dans sa main un sac plastique rempli.(tous les acteurs de la pièce)

La caissière : Messieurs vous devez faire sans doute erreur. C'est un théâtre ici.

L'alpha : Hé poulette, on sait lire et on sait bien que tu n'es pas la standardiste du SAMU social. On vient voir notre copain Pierre le comédien, dit Pierre Com jouer ce soir dans la pièce « La Polo 13 »

La caissière : Mais la première n'est pas gratuite, Messieurs Dames, et nous avons des invités …

L'alpha : Boucle-la ! Tiens ! (donnant le sac de pièce et le renversant). Y a le compte !!!!

Pierre (surgissant à moitié maquillé) : Là les gars, vous me coupez le sifflet ! J'en ai les jambes qui flageolent. Vous êtes venus me voir jouer ? (il pleure de joie) Je vais vous installer au premier rang.

La caissière : Mais Monsieur Monan, ce sont les places des VIP !

Pierre : Rien à foutre !

L'alpha : Toi, la pouffe, reste derrière ton tiroir !

Pierre : Vas-y mollo Bernard !

(les loups disposent des chaises sur le devant de la scène tournant le dos au public)

La Polo : ( moqueuse, s'adressant au public)  Vous savez ce que c'est ? Non probablement pas ?

Ce sont des loups. Ils vivent dans la rue mais généralement vous ne les voyez pas bien qu'ils soient sous vos yeux.  Changeons le cours du spectacle ! Interrompons-le ici et demandons aux loups  de vous regarder en face. Ils ont sûrement quelque chose à vous dire :

Le loup alpha : Je détruis tout avec insolence.

Loup 2 : Je n'ai jamais pu trouver ma place.

Loup 3 : Le seul chemin que je connaisse, c'est celui de l'échec.

Loup 4 : Je travaille, je pourrais avoir un logement mais je suis plus heureux dans la rue.

Loup 5 (la fillette) : dites toujours la vérité aux enfants !

Loup 6 : On se suicide quand on a peur de l'avenir. Nous survivons car nous vivons au jour le jour.

Loup 7 : Je suis mon meilleur ennemi.

Loup 8 : J'aime à en crever mais dans la rue, on baise avec les yeux.

Loup 9 : J'espère mais je ne crois plus en rien.

Loup 10 : Nous ne sommes pas des clochards. La rue, on ne l'a pas choisie.

Loup 11 : Votre regard ne se fixe plus dans mon regard.

Loup 12 : Le temps s'est arrêté pour nous. Il tourne, il ne s'écoule plus. Chaque jour ressemble à la veille et au lendemain.

Loup 13 : Pour avoir le courage de faire la manche, il me faut cinq litres de vin par jour.

Loup 14 : La rue, c'est pas du cinéma. Nous ne sommes pas des « Boudu sauvé des eaux ».

Pierre : pour en sortir, il faut du courage,  du courage  (plusieurs fois et en alternant avec * et **)

Lumière qui baisse puis qui remonte rapidement.

Odeur sur ce tableau : cuir

Rupture

Sylvie meurt

Dans un halo de lumière

La doctoresse : * Du courage, **du courage, il va vous falloir du courage pour aborder ces quelques mois Madame. On pourra vous soulager avec de la morphine.

La marraine : Aidez-moi à partir, aujourd'hui même. Je suis prête, mes papiers sont en ordre. Mon notaire est averti de mes dernières dispositions.

La doctoresse : Il n'est pas en mon pouvoir de vous retirer la vie. Toutefois je ne m’acharnerai pas à vous maintenir.

La marraine : Je partirai donc seule ce soir car Duchesse va entrer dans une famille d'accueil

La doctoresse : Où va votre chienne ?

La marraine :  Chez un loup.

La doctoresse : Je ne vous comprends pas.

La marraine : Ce n'est pas grave, il viendra de temps en temps, vous rendre visite avec Duchesse. Vous comprendrez alors. Et promettez-moi de veiller sur lui et de faire en sorte qu'il vive. Vous savez combien ces gens perdus mettent leur santé au second plan.

La doctoresse : Vous êtes de plus en plus obscure. Mais si tel est votre souhait, je veillerai sur ce loup.

La marraine : Vous verrez, c'est un bel homme.

Lumière qui descend : noir complet silence un coup de feu.

Odeur sur cette fin de tableau et suivant : fleur fanée.

 

Scène 3

Le cadeau de Sylvie

Pierre fait des mouvements de gymnastique mettant son corps en valeur comme un guerrier. Il tient un revolver et vise des cibles imaginaires. Duchesse survient.

Pierre : Ma Duchesse, que fais-tu là ? Tu t'es sauvée de la maison ? Sylvie va te gronder.(il joue avec la chienne)- Qui êtes-vous là-bas caché dans la voiture derrière le tronc d'arbre ? Didier ? Mais que fais-tu, pourquoi ses simagrées ? Qui t 'accompagne ?

Didier (dans un effort) : Je t'amène Duchesse. Elle est à toi maintenant. Ce sont ses dernières volontés

La doctoresse : Sylvie est décédée. Elle est partie hier soir. Je ne savais pas qu'elle avait une arme à feu.

Pierre (hurlant) : Sylvie est morte ? Dieu, je te promets que vais te régler ton compte, salaud, Lucifer !

La doctoresse : Soyez courageux, montez avec nous ! Nous allons la voir au funérarium.

Pierre : Mon revolver, vite mon revolver, que j'en finisse.

Didier : Elle n'aurait pas aimé entendre cela, je crois.

La doctoresse : Nous avons une lettre pour vous.

Pierre : Donnez-la moi (il parcourt le texte ). Je vais vous la lire, il n'y a pas de secret.

La marraine : Pierre, je te confie ce que j'ai de plus cher au monde, ma chère Duchesse. Quant à moi, j'ai décidé d’abréger des souffrances inéluctables. Quand je t'ai connu, je connaissais déjà ce diagnostic fatal. Moi qui aimait tant la vie, Dieu me la reprend. Toi qui gâches la tienne, il te maintien en vie. Ne sois pas insolent avec les Hommes et ton créateur, je t'ordonne de vivre debout. Tu en as les moyens. De toute façon tu vas devoir t'occuper de Duchesse. Elle est jeune. Elle a plus de quinze ans à vivre. Je te souhaite de trouver le bonheur, d'accrocher tes plaques d'identité pour toujours et de réussir ta carrière dans le théâtre. J'aurais pu être celle qui t'aurait offert ce foyer si je n'avais frappée par cette maladie. Garde bien le souvenir des moments heureux que nous avons passés ensemble. Observe bien Duchesse. Elle a un nouveau collier décoré d'une belle plaque de bronze. Regarde. Lis

Pierre : Marquise, tu as fais graver «Marquise » !

La marraine : Ce n'est pas tout.

Pierre : Post-scriptum : passer à l'agence immobilière en face l'hôpital et réclamer les clés de la tanière que je t'ai choisie.

Ils s'agenouillent devant la dépouille de Sylvie. Lumière descend et revient

Rupture

Les loups se déchirent

 

Deux loups, un homme, une femme ( la femme est couchée au sol de dos, elle saigne du cuir chevelu)

Lui : Eh, tu vas pas crever Ghislaine ? Réponds merde ! (S'adressant au public) Je lui ai juste fracassé le réchaud à pétrole sur le carafon. C'est pas lourd ces trucs là. Vous voyez de quoi il s'agit, ces petits poêles d'appoint sans cheminée et fonctionnant au pétrole. On les chourre pour chauffer nos squatts. Ghislaine, fait pas la conne, relève-toi. Si tu crèves, je vais aller en zonzon ! 

Faut dire que la salope, elle picolait mon vin pendant que j 'étais parti aux chiottes. Elle s'est foutue de ma gueule ! Elle a gardé la bouteille vide et m'a gueulé dessus « Je la garderais bien pour m'en faire un fiancé » « Au moins, il assurerait  » Pas difficile de dire ça, on n'est plus des hommes dans la rue. 

Eh Ghislaine, fallait pas me dire ça ! Je ne t'aurais pas foutu sur la gueule le premier truc qui  trainait. Et puis, tu crois que t'es encore une femme toi ? Réponds, Ghislaine !

(Revenant au public)  Tout compte fait, c'est peut-être mieux qu'elle soit foutue ! Elle était pleine d’escarres. Elle puait. A l'hosto, ils ne voulait même plus la voir. « Ça ne sert à rien de la soigner, disait l'infirmière, elle revient toujours dans le même état et sinon pire » « Ce sont ceux qui travaillent qui payent pour ces gens là » ajoutait sa copine. Hein, Ghislaine, tu les faisais bien chier les toubibs et leurs garces en blanc? 

Réponds ! Merde elle est froide. Elle va finir dans un beau tiroir, dans un bel entrepôt plein de fleurs. Hein Ghislaine, t'es heureuse maintenant dans ton entrepôt  ?

La Polo s'empare de la caméra et nous conduit à un beau bâtiment industriel

Epilogue

L'entrepôt

La Polo : Quel chouette endroit, mon Pierrot ! Il est beau ton entrepôt.

Pierre : Oui, Sylvie a bien choisi.

La Polo :  Tu vas pouvoir ranger ton barda, poser ton duvet et dormir sous un toit même si ce n'est pas une maison.

Pierre : Oui, mais ça y ressemble ! Et enfin dormir dans un lit et non plus recroquevillé sur ta banquette. Et respirer tranquillement avec Agathe.

La Polo : Eh oui, cette vieille Agathe, nommée ainsi car sans elle, disais-tu « I gat the blues » et avec elle «  I gat Mandou ». Je vais la regretter bien qu'elle ait saccagé mon allume-cigare. C'est pas le tout. Faut que j' y aille mon Pierrot, mon nouveau propriétaire m'attend ! Un gars bien celui que tu m'as retrouvé !

Pierre : On se reverra bien de temps en temps. Au revoir ma voiture de l'espace ! Mon Apollo 13 ! Moi aussi, je dois filer. Allez viens, Marquise, on va sortir la Fire Bird (bruit du V6). On nous attend au théâtre.  L'heure c'est l'heure !

(Odeur sur ce tableau : fleur fraîche)

FIN

 

 sur l'écran est affiché

A quoi ressemble le monde dans l’œil de Loup...?
Semblable aux hommes et pourtant si différent...!!!!

"Loup était un homme...
Avant... il y a longtemps...
Il vivait près deux, parmi eux et avait confiance.
Un jour, Loup tomba malade, et les hommes l'ont cru dangereux a cause de ses hurlements.
Alors pour avoir la paix, ils l'ont abandonné chez les hommes en blanc....
Guéri il se retrouva errant...devint méfiant...ne fréquenta plus les gens.

Loup aperçut au loin l'océan, s'assit non loin toujours méfiant.
L’œil plissé, il scruta autour de lui...et ne vit que le vent. Le vent qui discutait avec l'océan.
Loup se leva, fit quelques pas silencieusement , se coucha sous le vent, au pied de l'océan et puis sans bruit... les écouta parler des gens..."

Pierre Devann 

Avec les remerciements de l'auteur

(sur fond musical )

Report this text