L'amour du travail

divina-bonitas

Chronique d'actualité

J'aime travailler. Je sais, en ce moment, c'est une phrase qui peut faire désordre.


J'aime travailler parce que cela me permet de me sentir utile aux autres et à la société, parce que lorsque je mets mes compétences au service d'autres, d'un projet, rémunéré ou non d'ailleurs, le sentiment d'accomplir mon œuvre me fait me sentir bonne - femme!- et nécessaire.


Je travaille par plaisir, et même quand la vie m'obligea à faire des boulots peu lucratifs et pas très intéressants de prime abord: vendre au porte-à-porte ou sur les marchés, tricoter des pulls, garder des enfants, faire du soutien scolaire, tamponner des chèques dans une banque, porter des cafés et faire des photocopies, m'occuper d'une femme malade, faire des ménages et sortir des chiens, nettoyer des voitures, poncer du bois, coller des timbres, servir des pizzas, j'ai toujours pensé que cela allait m'apporter quelque chose, qu'il y avait à l'intérieur de ces taches parfois ingrates et peu glorifiantes une substantifique moelle remarquable -au sens premier: qui se remarque - quelque chose d'essentiel à apprendre et retenir, une foultitude d'éléments à stocker dans ma mémoire interne pour les conserver précieusement et m'en servir ensuite.


Et effectivement, tous ces boulots m'apprirent:

1) à m'adapter

2) à cultiver l'humilité et la fierté

3) à observer

4) à surmonter mes peurs du lendemain

5) à être ponctuelle et précise, soigneuse et en quête de perfection dans mon travail

6) à être autonome et responsable

7) à me lier harmonieusement aux autres

8) à développer mes compétences et talents

9) à apprécier ce qui ne se chiffre pas en espèces sonnantes et trébuchantes: l'humain.


Quand on tape à une porte qui ne s'ouvre pas, puis à une seconde, qu'il faut frapper à cent pour qu'une s'entrebâille, on apprend la patience et la résistance à la frustration, on ressent un élan sentimental immense pour la personne qui vous offre un café même sur une toile cirée collante, vous regarde, vous parle tout simplement.


Quand on porte un café dans une salle de réunion où personne ne fait attention à vous, c'est une occasion inespérée d'écouter ce qui se dit, de réfléchir ensuite, d'exercer son esprit critique, de venir voir le boss après pour lui faire des suggestions, en se disant que même s'il les réfute, cette démarche intellectuelle servira un jour ou l'autre.


Quand on tricote des pulls en étant payé peau de balle, on tisse de la douceur pour d'autres qui se loveront dedans. On apporte du mieux-être.


Quand on donne des cours de soutien bénévolement à des enfants qui rament à l'école, le sourire de l'enfant qui comprend enfin les nombres relatifs  grâce à une explication simple ( je descends au deuxième sous-sol de l'immeuble puis je remonte de 5 étages...j'arrive donc au troisième/-2+5=3) vaut toutes les rétributions.


Quand on aide une personne malade à se laver, qu'on le fait avec cœur en visant le bien-être apporté et non en se focalisant sur les gestes, les odeurs, la souffrance du corps, alors on peut être fier d'avoir contribué à ce petit moment de bonheur offert à l'autre. 


Astiquer des bagnoles ou poncer des plateaux de table, c'est créer de la beauté et de l'harmonie, développer son rapport aux choses. Et c'est toujours un plaisir, même à 53 ans. L'odeur d'une planche bien travaillée, la caresse de la main pour vérifier les yeux fermés, le galbe d'une aile polishée, la brillance d'un chrome, le ronronnement d'un moteur...(sauf celui des Ferrari...trop aigu pour moi).


Passer l'aspirateur ou la serpillère en le faisant consciencieusement, c'est aider une maman souvent fatiguée, procurer à la famille un cadre sain et accueillant.


Quand on écoute tout simplement ce que les autres vivent, disent, imaginent, qu'on leur apporte compassion et empathie s'ils sont dans la peine ou le chagrin, qu'on prend leurs larmes avant de leur redonner le sourire, alors on acquiert l'esprit de partage, on crée un lien profond, et peu importe que ce soit pour 5 minutes ou pour des années.


Quand on bosse, quel que soit le lieu et la mission, on se lie aux autres, des autres différents qui restent quelque part en nous parce qu'ils nous ont donné quelque chose d'unique d'eux, parfois rien d'autre qu'un sourire, un regard, un petit mot, tendu un gobelet d'eau, posé une main sur une épaule, tendu un mouchoir en papier ou un dossier avec gentillesse. Par ces petits riens, les autres montrent qu'on existe, qu'on est là, vivants, qu'on a une place dans la communauté du moment, et ça franchement, pour rien au monde, je ne voudrais m'en priver.


Aujourd'hui comme depuis des années, je travaille pour environ 5 euro de l'heure si je fais le calcul, une fois les impôts et taxes payées, mais peu importe. L'important est d'aider sincèrement ceux qui me consultent, quitte à y passer trois fois le temps prévu, à penser à leur thème astral la nuit, à me demander ce qui m'a échappé, à trouver des solutions, à réfléchir à nouveau...


Travailler pour moi c'est être Une unique et très spéciale au milieu du Tout, d'un Tout plus grand que moi auquel j'appartiens, même si je contribue à ce Tout de façon minime, infime, toute rétribution mise à part.


Travailler c'est exercer mon potentiel créateur (j'ai pas dit créatif ou artistique), c'est exploiter mes qualités techniques et humaines, celles qui me sont propres. Le potentiel créateur est la capacité à créer, de tout, des objets, de la beauté, des fleurs, des liens humains, de l'amitié, des meubles, de la solidarité...


Et je trouve ça super chouette! Travailler même en étant rémunérée modestement, c'est aussi ce qui permet une fois l'an de voir la mer!









  • Oh que c'est vrai ! Le travail: exister et aider. Merci de le rappeler.
    Toute ma carrière de fonctionnaire, intendant des lycées et collèges, m'a apporté de la joie: à mon poste (le type qu'on ne voit pas si tout va bien dans l'établissement !) J'ai touché le concret quotidien qui aide et positive...

    · Ago over 4 years ·
    Oiseau... 300

    astrov

  • Avis totalement partagé... le partage des relations humaines, le don de soi ... rien de tel... on en sort personnellement enrichi !

    · Ago over 4 years ·
    W

    marielesmots

    • Et oui! Merci marie d'être passée par là et d'avoir commenté!

      · Ago over 4 years ·
      Img 1518

      divina-bonitas

  • Vraiment un coup de coeur ! Bravo ; Le travail nous apporte beaucoup plus que de l'argent ; je me retrouve à travers votre façon de pensée; très belle mise en forme, j'aime beaucoup!

    · Ago over 4 years ·
    Default user

    Noura Bellissima

    • Merci Noura! C'est bon de savoir que nous sommes plusieurs à partager le même point de vue.

      · Ago over 4 years ·
      Img 1518

      divina-bonitas

  • Formidable plaidoyer et profession de foi!

    · Ago over 4 years ·
    Cavalier

    menestrel75

    • Merci infiniment Menestrel pour ce commentaire élogieux!

      · Ago over 4 years ·
      Img 1518

      divina-bonitas

Report this text