L'autre

Aurelie Blondel

Qu'on lui coupe la tête !

Je n'en reviens pas. Il rentre et il m'ignore ! Non mais il est sérieux là ? Je vais le voir, j'essaye de comprendre. Rien ! 
Môssieur n'a pas envie de parler. Grand bien lui fasse. Je n'ai rien à lui dire non plus de toute façon !

Comment a-t-on pu en arriver là ?
Nos débuts ont été magiques. Dès qu'on s'est vu, l'alchimie a opéré. Et très vite, je me suis installée chez lui, trouvant naturellement mon côté du lit, comme s'il n'avait attendu que moi. 

Je ne sais pas combien de temps cette période fusionnelle a duré... Je ne me souviens pas vraiment. Mais il me vénérait ! J'étais sa reine, sa déesse. Et heureusement !!! 
Il me consacrait tout son temps, me donnant tout un tas de petits surnoms adorables - que je mérite amplement - accourant vers moi au moindre soupçon de soucis ou d'envie. 
Mais maintenant ... maintenant je ne sais pas. Alors je fais comme lui, je l'ignore avec superbe, je lui fais la gueule. Je n'attends plus qu'il rentre. Je ne le laisse plus me serrer dans ses bras, je le rejette et pire encore, je dors de plus en plus souvent sur le canapé. Même si je déteste ça. Ce canapé est froid et glissant. Mais ça lui fait les pieds. Je ne suis pas un doudou après tout, qu'il se les réchauffe ailleurs que sur moi ses pieds. 

Le pire c'est quand il reçoit ses amis. Si je pouvais ne pas être présente, ça l'arrangerait bien je pense. Du coup, je reste et je fais semblant de vaquer à mes occupations diverses en étant la plus bruyante possible. Mais j'entends bien ce qu'ils racontent. 
Je crois qu'ils parlent d'une autre ... J'ai déjà perçu son odeur sur ses vêtements mais je préférais me dire jusque là que mon imagination me jouait des tours.

Puis le jour fatidique est arrivé... Il est rentré comme à son habitude mais ce jour là, il voulait me parler. Tiens donc... Môssieur a envie de parler. Il devrait plutôt me demander si J'AI envie de parler !  Je sentais l'odeur de cette autre partout sur lui. TRAÎTRE ! 
J'étais tellement enragée par tout ça que je ne lui accordais aucune écoute. Va bien te faire voir ! 
C'est à lui d'être à mon écoute, à lui de me traiter comme une reine.
Et voilà qu'il sort et revient aussitôt ... avec ELLE !! 
Elle est où la caméra cachée ??? 
Pas de caméra cachée, c'est pas du flan... OK !

Oh crois-moi cocotte, tu vas en baver. Ne crois pas qu'on va être copines toutes les deux, ni même que je vais te laisser une seule de mes croquettes. J'étais la première et je le resterai ! 
Ceci est MON lit. Il est MON humain !
Et tes petits miaulements n'y changeront rien. Ce n'est pas à une vieille chatte qu'on apprend à ronronner. 

Chronique d'une chatte qui n'avait absolument pas besoin d'une demie-soeur

Signaler ce texte