Le vieux café

Cleo Ballatore

Je me glisse dans ce café où j'ai rendez-vous. J'ai un pincement au cœur. Je n'y suis pas venue depuis longtemps. Mais je n'ai pas pu changer le lieu de cette rencontre. C'est un vieux café aux boiseries noircies par le temps et la fumée avec un comptoir en acajou et des lampes en laiton qui diffusent une douce lumière dorée. Je m'installe près de l'entrée. Attirés comme par un aimant, mes yeux se portent vers le fond de la salle. Là où à gauche, se trouve un renforcement.

Un fumeur s'est installé sur le fauteuil situé dans l'alcôve. Je ne vois qu'une main qui tient une cigarette et les volutes de fumée bleue qui s'en échappent.

Il me revient l'image d'un paquet rigide extirpé d'une poche arrière d'un jean, un film plastique protecteur roulé en boule sur la table, le bruit sourd du tapotement des doigts sur le paquet pour extirper la première cigarette. Puis, il la glisse entre ses lèvres avec un sourire en coin en me lançant : « Pour célébrer nos retrouvailles. ». Les cigarettes s'enchaînent. Chacune a une raison précise. Rapidement un nuage gris nous enveloppe. À travers cette brume, j'observe les allées et venues de la cigarette. Le bout du filtre jaune se mouille d'un peu de salive. La cendre crépite par moments. Ses joues se creusent quand il aspire une bouffée. Parfois, il cligne des yeux quand la fumée devient trop âcre.

Le fumeur a allumé une autre cigarette. Une longue volute s'étire maintenant dans les airs. Elle s'enroule comme un serpent gris autour d'un bâton. Puis, elle ondoie et se dresse. Sa tête en V ouvre grande sa gueule pour cracher un crâne sombre aux orbites vides, secoué d'un grand éclat de rire.

J'ai arraché la cigarette des mains du fumeur. Il me regarde abasourdi. Les larmes aux yeux, je trouve à peine la force de lui dire « désolé » avant de m'enfuir.

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