LES JUMEAUX DIZYGOTES 1

Hervé Lénervé

Je reviens un peu aux contes, mais comme les contes sont plus longs qu’une connerie, je les coupe, car comme vous, je n’aime pas lire sur ordi des trucs longs.

J'ai vingt-sept ans, le même âge que ma sœur, nous vivons ensemble dans un studio à Paris. Je reviendrai plus tard sur cette époque, car pour l'instant je vais vous conter notre enfance qui ne fut pas un conte de fée.

 

S'il est vrai qu'on ne nait pas fille, on le devient, il en est de même pour les garçons. Ma sœur et moi sommes jumeaux, pas du même œuf, bien-sûr, puisque nous ne sommes pas  du même sexe. Nous sommes exactement comme n'importe quel frère et sœur, d'âges différents, notre seul point commun est d'être nés le même jour. Ma sœur est blonde, je suis châtain, elle a les yeux verts, je les ai bleus, elle est musclée, je suis longiligne. Je nous décris enfant, aujourd'hui je suis toujours aussi fin, certains disent efféminé, mais ma sœur est beaucoup plus musclée avec un corps de statue grecque… masculine.

Nos parents à leur insu, dans le naturel culturel ambiant, qui s'oublie, nous ont élevé d'après les standards de l'éducation d'une petite fille, d'un petit garçon. Je n'avais pas le droit de pleurer, de minauder, de séduire, car j'étais garçon et devait revêtir la cuirasse du bon petit homme qui pisse le plus loin et qui ne manquera pas de devenir le mâle viril qui domine le Monde, bref l'apprentissage basique du bon petit macho de base. Pour ma sœur s'était l'inverse, elle  aurait eu le droit de minauder autant qu'elle voulait, mais, voilà, ce n'était pas dans sa nature, au désespoir de mes parents. Ils avaient, d'une part, une fille garçon manqué, cela restait autorisé, de l'autre, un garçon fille manquée et là, c'était interdit par les meurs. Donc très jeune, moi peut-être plus qu'elle, nous apprîmes à dissimuler, à cacher ce que l'on ressentait confusément être.

Pour Noël, je commandais des jouets de garçons et ma sœur, de filles au père Noël. Puis en secret, ma sœur jouait avec mes voitures et mes revolvers, tandis que je cousais sur sa petite machine, je cuisinais avec ses dînettes et je berçais ses poupées. Puis, vint la période, où quand nous étions seuls, nous échangions nos vêtements, je mettais ses mini-jupes, ses débardeurs et elle s'habillait de mes pantalons. Nous étions complices par situation et par affinité.

A suivre...

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