Mémoire d’une Alzheimer

Laurence Malabat

Je regarde le soir devant cette fenêtre étrange, ce jardin inconnu.
Le soir je le connais, il me terrifie, me met à nu.
C'est le printemps je pense, je vois des iris près des berges, 
Peinture bleu de douleur…Je me souviens …une émotion me submerge…

Tel Van Gogh, tu t'approches, enfermée dans une toile sans cadre, un asile …
Qui es-tu petite fille ? L'iris blanc du tableau en exil ?

Je ne te connais pas, je ne t'aime pas, enfin…je ne sais pas…J'ai peur
Quand tu t'approches si près, tu sens la joie, une familière chaleur
Que veux-tu de moi, je n'ai rien, j'ai tout perdu, vide est mon cerveau
Je peux… ? Dis-moi si je peux… ? Je n'ai jamais vu un être si beau
Te toucher….Qui es-tu ? Réponds-moi !!
Parle plus fort je ne t'entends pas

Je suis né hier, demain n'existe pas, j'ai peur, aide moi, 
Je suis née demain, ou peut être que je ne suis plus, la suite on verra.
Le miroir me renvoie un image, je n'aime pas ce que je suis, 
Pourquoi mes habits ne sont pas assortis ?
J'aimerai reporter cette petite jupe à fleur que tu aimais tant mon amour,
Et cette bague que tu m'avais offerte à un détour.
Mais pourquoi reste tu planté la petite fille, je n'ai que si peu d'intérêt pour toi,
Puis je ne te connais pas, j'ai peur, sors de là, …

Mes cheveux avaient dans le temps la même teinte aurifère, 
Et dans tes yeux je vois l'amour, je vois ta mère.
J'ai un enfant, je me souviens… elle a un nom…
Je l'ai porté, je l'ai aimé, je l'ai bercé, accompagnée…elle a un nom…
J'ai pansé son cœur, admiré son ardeur,…elle a un nom…
Ma fleur … Iris …
Ma petite fille, le soir se lève, regarde, elles fleurissent…
Pardonne moi, j'ai peur…Iris…Je t'aime

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