Moment de gloire

Mini Pouce

Pour l’instant il fait encore noir dans la pièce, il est beaucoup trop tôt pour que quelqu’un puisse s’y rendre, mais dans pas longtemps la première lumière viendra s’allumer… On est encore loin de toute l’agitation d’une journée de cours.

Justement la femme de ménage arrive ! Munie de son chariot à roulette, elle vient faire le tour de la salle, elle est équipée comme si elle entreprenait le rallye du ménage, à bord de son véhicule se trouve, balais, serpillères et produits détergeant de toutes les couleurs possibles. Son visage n’exprime aucun sentiment, aucune émotion ne se dégage de ses mouvements, tout est contrôlé et sans aucune surprise. D’abord elle attrape ses chiffons, et vient ensuite le tour de l’aspirateur…

Elle s’agite dans tous les sens mais sans aucune violence, je la vois râler contre ces élèves qui auront encore laissé quelques traces sur les bancs de la salle. Et puis la voilà, qui une fois le travail finit, monte sur l’estrade, attrape une craie de la main droite et s’adresse à son public, elle avance d’un pas décidé, et elle n’hésite pas du tout à poser quelques questions aux élèves captivés par ce cours de… de quoi d’ailleurs ? « La philosophie du ménage depuis le 18ème siècle », ou peut-être encore un cours comme « Le dépoussiérant de A à Z … ».

Elle est droite, plantée sur ses deux pieds, comme si le sol la possédait et comme si elle puisait toute sa puissance des profondeurs de ces planches en bois, qui avant elle, avaient supportées d’autres professeurs. Son tablier noué autour de sa taille pourrait alors être le seul indice pouvant nous indiquer qu’elle n’a peut-être rien à faire ici. Son visage est métamorphosé, il n’est plus du tout celui qu’elle avait en entrant dans la salle, elle a quitté son costume d’employé pour enfiler un tout autre plus valorisant, plus respectueux. Elle veut, elle aussi, être vénérée par des centaines d’étudiants, elle veut être celle qui apporte le savoir qui va les enrichir.

Coup de panique, la voilà qui regarde sa montre, elle est prise d’un soubresaut, elle descend d’un bond de son estrade et récupère sa machine sur roue, elle avance alors comme si elle venait de quitter son habit de professeur pour renfiler celui de femme de ménage. Ses attitudes retrouvent celles d’avant, son costume qui lui colle à la peau et qui semble si bien lui aller. Elle repart dans ce silence si pesant qui marque le début de ces journées de cours. Dans 15min  la sonnerie retentira, le professeur entrera habillé de son costume de velours, et à la suite quelques élèves viendront faire face à cette même estrade.

Un instant d’intimité filmé au dépend de cette femme, qui l’espace d’un instant, de quelques minutes aura elle aussi eu son moment de gloire.

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