Ni avec toi, ni sans toi

sophie-l

Je ne me souviens plus du jour où je t'ai rencontrée. A vrai dire, j'ai l'impression de t'avoir toujours connue, comme si, tapie dans quelque recoin de mon univers, tu attendais le moment propice pour que je t'accueille.

 

Craignais-tu donc que je te repousse ?

 

15 ans. J'avais 15 ans lorsque tu es sortie de l'ombre.

 

Alors que seulement je te pressentais, je fus soudain consciente de ta présence.

Tu t'es présentée à moi, à pas de loup. Tu as fait en sorte que je te voie, que le désir de toi, inconnu de moi, s'empare de ma volonté et appelle sur mes lèvres le contact déroutant de ce premier échange.

 

Te dire que de ce premier désir est né le plaisir serait mentir. Tu le sais bien.

 

Si j'avais été plus raisonnable, plus raisonnée, je t'aurais repoussée pour effacer en moi le goût de toi. Je le sais bien.

 

Mais je ne t'ai pas fuie. Au contraire, j'ai affiché notre accointance aux yeux de presque tous, fière de me sentir grandie à ton contact, heureuse de disparaître dans ton odeur, entourée des volutes mystérieuses de cette nouvelle relation.

 

Très vite pourtant, le plaisir m'a assailli, le désir s'est fait violent, l'envie de toi survenait à tout heure, envahissant mon cerveau jusqu'à son assouvissement.

Quel délice de te sentir en moi !

Quel supplice de te laisser t'en échapper…

 

Le besoin de toi, chaque jour plus présent est devenu une souffrance et toi, pour calmer mes angoisses, tu te donnais à moi plus encore.

 

Les années ont passé.

Fidèle à mes côtés, ta présence m'a terni.

Tu t'es emparée de mon être, tu t'es insinuée en moi, noircissant jusqu'à l'essence de ma vie.

Serais-je un jour capable de vivre sans toi, de respirer un autre air que le tien ?

 

Plusieurs fois je t'ai quittée, plusieurs fois je t'ai reprise. Tu revenais, sans bruit, sans suppliques. Tu te posais là, attendant dans la pénombre que se ravive la flamme de cet amour meurtrier.

 

Tu as régi ma vie, orchestré mon quotidien. J'ai accepté.

Tu m'as mise en danger, tu as meurtri les miens. J'ai accepté.

Tu es devenue ma dépendance, ma raison d'être. J'ai accepté.

Tu m'as fait croire que je ne pourrais vivre sans toi. J'ai accepté.

Mais songer à leurs vies sans moi m'a réveillée.

Seule et sans un regard pour toi, je t'ai jetée. Je me suis libérée de ton contact sur et en moi, je me suis fermée à ton odeur, j'ai refusé ton goût.

Dans la souffrance et les larmes, j'ai préféré la dépendance de l'amour des miens.

 

Aujourd'hui encore tu rôdes, tu me supplies en silence de te revenir.

Tous les jours de ma vie je lutterai contre toi ma bien-aimée, ma maudite…

Cigarette.

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