Syllogisme de l'Amertume*

Julia Nast

Je me complais dans mon malheur.
Je lis un drame pour justifier mes larmes, j'écoute un opéra pour dramatiser mes gestes et je bois un verre de vin comme si c'était le dernier.
J'imagine une mise à mort théâtrale, m'applique à la mise en scène, poussant le souci du détail jusqu'à l'indemnité de ma beauté, quelle qu'elle soit, pour être belle et silencieuse, dans cet écrin, mon cercueil, comme un bijou.
Je me plais à me figurer vos visages ruisselants de larmes et puis je rédige quelques lettres d'Adieu assaisonnées d'hypocrisie lyrique pour donner de la grandeur là où il n'y en a pas. L'espoir d'une postérité. La gloire de la mémoire sur la vie.

Et puis, je remets chaque chose à sa place, dissimule les preuves de mon adieu compulsif et je m'endors.
Demain il fera jour, comme tous les jours et j'aurai l'air vivante.

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