Tarte au citron

mamselle-bulle

Son contrat se terminait, elle avait apporté une tarte au citron.

Les sourires avaient un goût amer malgré l'acidité du dessert.

Un moment je sais plus qui a dit: " Tu sais les départs comme ça, ça peut flinguer toute une équipe".

J'ai trouvé cette phrase vraie, je ne l'ai pas dis.

J'avais un peu les boules qu'elle s'en aille mais j'ai pas su comment le tourner.

Alors j'ai rien dis. J'aurai peut être du.

Un peu plus tard, la fameuse cuisinière a dit : " t'es prête ça se sent, je t'assure j'dis pas ça en l'air, tu devrais déjà être éduc'. Tu t'es jamais dis que t'avais eu plusieurs vies pour avoir autant de maturité ?"

J'ai pas su quoi répondre mais c'était doux d'entendre ça.

Réconfortant et sucré un peu comme la meringue au dessus de son gâteau.

J'ai pas su quoi dire, chui restée là concon les mains dans les poches.

Les compliments ça désarme parfois quand t'es pas habituée.

C'était une semaine douce, une semaine qui regonfle.

Le genre de semaine spécial "instants heureux".

Un anniversaire surprise, un concert, les soirées entre amis, les compliments des collègues, le fait de croiser une amie qu'on a pas vu depuis longtemps, les moments d'amour et d'amitié.

Tout ces petits rien qui redonnent la joie de vivre qu'on avait mise de côté.

J'ai eu la trouille tu sais.

Trop de bonheur d'un coup ça fait bizarre.

Limite j'me suis dis "merde c'est pas normal là".

Le bonheur c'est effrayant.

On en rêve tous et pourtant quand il arrive on peut pas s'empêcher de penser au moment où il va à nouveau se tirer.

C'était une semaine particulière. J'en ai profité à fond.

Et là même si la fatigue est collée à mes pompes, ça me redonne le goût de vivre.

J'ai entendu quelqu'un dire "à quoi ça sert de vivre si on sait qu'on va mourir".

J'ai envie de dire, c'est justement pour ça qu'il faut vivre, croquer chaque morceau de bonheur au goût citonné, parce que tu sais pas combien de temps tout ça va durer.

T'en sais rien, foutrement rien.

Si ça se trouve demain tu vas glisser sur une peau de banane et te péter tous les os.

T'en sais absolument rien.

C'est pour ça qu'il faut arrêter de refuser d'être heureuse.

Même si ça dure pas longtemps, même si c'est pas souvent.

Parce que bordel, c'est juste trop bon de sourire.

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