The target

Eddy G.N. Lane

Un pêtit coup pour un neuf mm et un immese coup pour l'humanité

― Frenchy, ouvre ton enveloppe.

La même voix comme d'hab.

― Done.

― Tu vois ton chèque signé? Ton prix sera le nôtre.

― Pas de photo, pas de nom ! Sur qui est le contrat ?

― Sur le responsable de tous les malheurs dans le monde, sur le responsable du Monde, tout court.

― A Manhattan ? Et comment je le verrai ? C'est pas sérieux. J' y crois pas !

― Au contraire  il faut croire ! Si tu crois, tu le verras. Ne réfléchis pas trop. Just do it !

On raccrocha.


Il est cinq heures. Tôt le matin, on ne voit pas bien. Et la lumière fut. Je L'ai vu.

Au coin de la Columbus avenue et W 96th street. devant Joy's bar. Il se retourna et puis, il disparut! Disparut de ma vue, sinon il ne peut pas disparaître. Vu qu’Il est éternel. Et c'était à moi, maintenant, de couper l'éternité! Un petit coup pour un homme et un immense coup pour l'humanité. Chez Joy's ? Dès que j’ai franchi la porte, je l’ai vu. Il était le seul client . Mais ce n’était pas Lui.

― Bonjour ! L’avez-vous vu ?

Ma question s’adressait en même temps au barman et au client. Ils se taisaient, tous les deux. Indépendamment, mais dans un silence commun.

― Bon Dieu ! Dites-moi, simplement, si vous l’avez vu. Bon dieu, l’avez-vous vu ?

― Mais qui ? L’avons-nous vu qui, bon dieu ?

― Oui, Bon Dieu !

― Ma foi, non. Il paraît qu’il n’existe pas, alors le voir, pas évident, pas vraie Belzy ? 

Le barman riait. Belzy partageait son opinion, souriant ironiquement, sous son chapeau noir genre peintre de plein air. Il avait un étrange éclat dans ses yeux.

― Il est ''the target''. Je le cherche pour lui poser la question s’il existait ou pas. Si oui, je peux finir mon job. Sinon tant pis. Comme je l’ai vu entrer… tiens le voilà, il traverse la rue.

― Cours-lui après, dit Belzy, le café est pour moi.

― Merci !

Les gens marchaient dans les deux sens, le long du trottoir. Je courais le regard fixé vers le passage commercial, de l’autre côté de la rue, dans lequel, Il pénétra au moment même où, la porte du ''Joy's bar''coupa le rire de Belzy en se refermant, dans mon dos.

Quelqu'un me prit le bras. Une dame me souriait. Ce sourire a du avoir un charme de séduction redoutable, il y a six ou sept décennies.

― Aidez-moi à traverser la rue, jeune homme.

― C’est que je suis très pressé, moi. D’accord, mais alors vite fait.

Je l’ai portée en courant .

― Merci, le Bon Dieu vous le rendra.

― Pour ça, faudra, encore, que je le rattrape, madame.

J’étais à l’entrée du passage et je crus Le voir pénétrer dans un coffee bar de l’autre bout, à la sortie du passage. Je m'y dépêchai et dès que, je franchis la porte, je l’ai vu et j’ai su, que ce n’était pas Lui.

―Un café. Avez vous vu Bon Dieu.

―Pourquoi dites-vous Bon Dieu ? On ne dit jamais Mauvais Diable. Que diable ! Ou bien : le Malin, Belzébuth, Lucifer. Pourquoi nous impose-t-on cette habitude linguistique. Avec Dieu, ce qu'il y a de terrible, c'est qu'on ne sait jamais, si ce n'est pas un coup de l'Autre.

―Arrête Belzy, on t’a demandé si tu l’avais vu. C’est tout.

― Non. L'augmentation de l’alcoolisme de 45%, deux tiers des enfants du Monde ont faim, les guerres, le garagiste s'est tiré avec sa belle-sœur. Non, on ne l'a pas vu votre Dieu. Votre café est pour moi.

Il m’adressa un sourire. Son regard avait un éclat étrange sous sa casquette de base-ball.

J'ai erré toute la journée. Dans un moment, j’ai cru le voir parler avec un couple avant d' entrer dans un yellow cab. La fille éloigna son compagnon de moi, avant que j'ai pu dire un mot :

― Viens Belzy, je n’aime pas les gens qui posent des questions bizarres. 

Il me tourna le dos pour l'emmener. Brièvement, je pus voir un petit éclat étrange dans son regard.

A la tombée de la nuit, je n’avais pas envie de rentrer chez moi. Et si j’allais boire un coup avec quelqu’un ? Un homme passa.

―Hé ! Jeune homme …

ll continua sans se retourner.

―Hé ! Belzy.

Il se retourna.

―On boit un coup ensemble ?!

―Pourquoi pas ?

Il tenait une bouteille dont le cou émergeait entre ses doigts.

― Whisky, a good one. Ailey.

J'ai bu, Il était très bon, en effet.

― Écoute Frenchy, abandonne ! Laisse tomber ton contrat.

Je le regardais sans rien dire.

― Tu vois, c'est avec moi que tu es resté, à la fin de cette journée. Si tu honores ton contrat any Belzy more arround.

Il me sourit. Il y avait, dans ses yeux, une étrange lueur.

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