The white-feathered Crow

Juliet

J'aime celui que je suis devenu.
J'aime ce moi que tu as vu nu.
Tu aimes ce moi qui est venu
te dévoiler ses vœux ingénus.

Et j'aime ce toi qui est tombé amoureux
de ma peau de soie et des vers de mes aveux.
Et là sous ton toit je suis tombé langoureux,
me perdant dans tes délices aventureux.

Tu aimes ce moi qui s'est déshabillé
pour tes yeux que tu n'as pas démaquillés,
et qui cachent derrière leur noir ténèbre
tes désirs animaux aux instincts funèbres.

Tu aimes ce moi qui a le regard bleu ciel,
dont l'étreinte accueillera sans mot dire ton fiel
pour étouffer en mon creux tes violences,
par mes reins mouvants feindre l'indolence.


Tu aimes ce moi qui a mes draps pour promesses,
et qui s'est baptisé dans les bras de ta messe.
J'aime ce toi qui a embelli ce démon
qui règne dans ton cœur et y a mis mon nom.

J'aime ce toi qui a bu ma potion aphrodisiaque.
Sème ce moi qui a vu ta prison paradisiaque.
Erre en moi pour y trouver l'essence de mes soupirs.
Serre-moi pour entraver l'absence de ton vampire.


J'aime ce toi qui as volé ma passion
et mon indépendance sans concession.
Tu aimes ce moi qui s'abandonne dans la danse,
et j'aime ce moi à qui tu donnes la cadence.

J'aime ce toi dont l'écho en mon esprit résonne.
Tu verras qu'en ma conscience c'est toi qui raisonnes.
Tu aimes ce moi qui s'est révélé le schiste
de ton sadisme quand je me fis masochiste.

Tu aimes ce moi qui a provoqué la contradiction,
si blême ce toi qui s'est laissé piéger dans l'addiction.
Toi m'aimes mais moi t'émeus dans la douleur.
Moi j'aime l'émoi qui pleut dans ma couleur.


Tu aimes ce moi qui a joué avec le feu de ton enfer,
mais j'aime ce toi qui s'est emmêlé tout seul de mes affaires.
Tu aimes ce moi que tu as ramassé encore vierge,
comme la perle rare pour laquelle tu brûlas ton cierge.

J'aime ce moi qui s'est exposé à toi garçon,
et qui ne demande qu'à apprendre ta leçon.
J'aime ce toi qui m'as noyé dans ton alcool,
qui soigne ma peine et grâce à qui je décolle.


Tu aimes ce moi qui de par son revers,
émeut tes sens et fait flancher tes travers.
J'aime ce toi qui garde la sensibilité mensongère,
et sous le toit de ton corps j'ai la culpabilité passagère.


Tu aimes ce moi qui préserve ton sombre sourire
au coin de ces tendres lèvres douces à en mourir.
J'aime ce toi que j'ai vu se tacher
de mon sang lorsque tu m'as attaché.

J'aime ce toi qui as pris ma cave pour abattoir
de tes ardeurs lorsque tu m'as trouvé sur le trottoir.
Aime ce moi qui a tout accepté de tes colères
et a caché tes larmes de chagrins sous ses œillères.


Sème ce moi qui fléchissait sous le poids de l'affliction.
Reprends ce moi que tu as su sauver de ton affection.
Et aime ce moi qui a mis tes désespoirs au crématoire ;
car j'aime ce toi qui a fondé ses espoirs dans notre histoire.

(écrit le 18 août 2011)

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