"Torse de femme" : L'infini enfin

nina-nine

Il est tôt encore dans l’après-midi, je remonte ma robe, je le regarde se lever, se retourner, il me sourit et s’éloigne.

Nous sommes proche de la tour Eiffel, lui presque un étranger, il est marié, moi aussi.

Il y a un long moment, qui semble ne plus m’appartenir, je sens encore l’ardeur du désir, le drapé des draps qui renferment l’odeur de l’envie. Je ne regarde rien et je vois mille choses. Il y a au fond de mes yeux, plus qu’il ne pourra jamais peindre en toute une vie.

La douceur du vide, de son regard déjà loin, l’air qui me caresse après lui comme un voleur de reste,   l’attente du froid pour m’obliger à vivre, le silence où raisonnent mes cris.

Ce bout de robe contre mon corps, ce morceau d’étoffe qui frôle mes seins, le velours du tissu se confond avec ma peau, il est la limite, celle que j’ai franchie, celle à ne pas franchir. Comme une alerte à l’interdit.

Mains jointes, implorantes de retenue, ignorantes de culpabilité, ne gardant que la douceur, douceur du bonheur encore visible sur ma joue empourprée de ce désir douloureux.

Le temps a mille vies, mon sourire est celui de l’éphémère dans la langueur de cet après-midi de juin. Il n’y a plus de regard, il n’y a que le feu qui fait fondre la glace, il n’y a que les lignes, les courbes, les traits, et l’infini qui détrône l’illusion.

L’infini, enfin.

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