Auprès de ma blonde.

Jérémy Gallet

Un inoubliable concert de Jeane Manson dans la douceur estivale.

Je l'avais manquée de peu en 2013 lorsqu'elle était venue à Brezolles. Cette année, en vacances à proximité de Toulon, j'ai crocheté par Le Muy où Jeane Manson donnait un concert. Un live Sun Tour initié par Nice-Matin. La grande classe.

Taty Jacqueline et Papy André dans la Xantia et c'est parti ! Sur la route, nous entonnons tous les tubes de notre idole, de l'incontournable "Avant de nous dire adieu" jusqu'au délicieux "Embrasse-moi" sorti il y a quelques mois. Une vraie continuité thématique, en somme : Jeane Manson chante le sentiment amoureux avec une sincérité qui emporte l'adhésion.

Plus les kilomètres passent, plus l'excitation augmente. "Croire en ses rêves nous fait du bien !" lance Papy à la cantonade. "C'est le slogan de son site officiel, ajoute-t-il, et je le trouve recevable !".

A l'entrée de la ville, près du Lidl, nous garons notre véhicule et nous courons en direction de la place du Roucas qui clignote comme une guirlande. La foule est déjà compacte. Elle regarde la scène où deux guitaristes habillés à l'andalouse triturent leurs instruments pour un dernier soundcheck. Les accords me sont familiers : "A mon père", du dernier album ! "Laisse parler mon cœur/Laisse-moi le temps d'aimer". Royal.

Vers le fond de la scène, sous un écran aux couleurs chamarrées, le batteur caresse mollement ses fûts, en jetant des œillades complices à destination des coulisses. "J'espère qu'elle chantera "Emmène-moi danser ce soir", me glisse une mamie tassée sur elle-même et serrant le bulletin municipal contre son chandail gris.

Je réponds par un sourire, tandis que la pénombre s'installe progressivement. Une clameur parcourt l'assistance. L'on entend même un vuvuzela non loin du stand de frites.

Enfin elle arrive, guidée par un halo de lumière pâle qui semble l'avoir cueillie près des synthés et déposée là, à l'avant-scène. Lumineuse en sa robe noire matelassée, large sourire remontant vers ses cheveux blonds. "Je suis très heureuse d'être ici ce soir" commence-t-elle de sa voix douce. "Tu as vu, elle a gardé son petit accent américain !", commente Tata, toujours sémillante.

A sa gauche, le guitariste, silhouette dégingandée, faux air de Graham Coxon, donne le signal : "Un, deux". La photo de Joe Dassin apparaît alors sur l'écran du fond et les premières mesures de "L'été indien" résonnent. La foule crie sa joie. On sait combien ces deux-là s'aimaient. Jeane et Joe. Les belles heures des Carpentier. Toute une époque.

Les têtes dodelinent, la chanteuse ferme les yeux, habitée par la présence du défunt qui, quelque part, nous observe.

Ma petite mamie en a laissé tomber son bulletin. A la fin du morceau, elle s'épanche dans mon oreille : "Vous comprenez, mon mari est mort. Cette chanson, ça me rappelle les jours heureux ! Sinon, je m'appelle Denise."

Après cette entrée en matière, Jeane nous sermonne : "Il faut vivre ! Le passé, c'est le passé !"

Joignant le geste à la parole, elle enchaîne un best-of énergique de ses plus belles chansons, réorchestrées pour l'occasion, avec une dominante de synthés : "Love moi dans tes bras", "J'ai déjà vu ça dans tes yeux", "Vis ta vie" y gagnent une nouvelle jeunesse. La voix de Jeane est claire, d'aucuns diraient même cristalline si ça n'évoquait pas une marque de flotte.

A la vingtième chanson, je sens que la tête de Denise se rapproche de mon épaule. Misère ! Elle dort !

"Madame, enfin, c'est le rappel ! Ressaisissez-vous !"

A peine sortie des limbes, ma voisine s'époumone soudain, tandis que des milliers de mains se lèvent pour accompagner l'artiste : "Faisons l'amoooour avant de nous dire adieuuuuu !"

Hélas, si elle n'est en rien un appel à la débauche collective l'on comprend que cette chanson semble une subtile façon de prendre congé. Les applaudissements auront beau faire, Jeane ne reviendra pas. Si ce n'est pour dédicacer son dernier album, quelques minutes plus tard, près du Syndicat d'Initiative. Patientant sagement dans la file avec mon CD, j'entends ma Denise à deux mètres de moi : "Mais madame Manson, je vous jure que ce n'est pas une chanson de  Michèle Torr !"



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