Banlieu nord ou le marché aux alouettes

charlotte-laquiche

C’était à l’époque des murs incolores, ceux qui inspiraient la beauté des traits, j’étais dans la fourmilière, dans le bruit chronique, dans l’ordinaire.

La fureur des syndicats hurlait si fort qu’au chapitre dernier s’inscrivait Télérama ou le manuel des capitons.

Je surplombais la ligne des femmes furieuses dans le wagon, j’amorçais des lances et des flammes, j’inventais des machines de peaux neuves, tout ça, pendant qu’une vie éclorait, sans rien voir et rien entendre.

Une vie qui fuyait, laissant sur le côté une échappatoire minuscule, telle une araignée sur une toile huilée, une destination parmi tant d’autres, mortelle.

Je peux encore planter le décor.

Barrage de portes automatiques, bornes en métal et pointeuses géantes.

Je peux, car je voyais le monde et ses abords, dans un corps qui saisissait son élan, qui outrepassait les codes et se libérait des pierres, je répétais que je ne pourrais jamais. Jamais, ne jamais dire jamais.

Terre minus, Paris sans répétition.

Nous avions 16 ans, des merguez frites à dix balles et des angles droits, d’immenses échappées belles.

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