Demain, le port

Natacha Karl

Ton visage est un rivage, ma plus belle destination. Sur la mer étale, c'est ton regard qui me guide, qui m'attire comme la lumière d'un phare, le vaisseau perdu. Une drôle de houle me secoue, le flux et le reflux des doutes anciens.

Ta bouche est le quai où je veux accoster, mais la marée est basse; le temps n'est pas venu de tirer les filets, de sauver du sable la récolte merveilleuse.

Au large, la mer est haute; au port, le quai est encore à sec. Je tangue. Je me cogne au bois du bateau et pourtant je vois l'horizon dégagé, je sais le rythme des marées, le retour certain des vagues dans le port.

Le cri des mouettes me poursuit. Il enfle dans ma tête au gré de ma fatigue. Cette longue traversée dévore mon courage. La tête dans mes mains, j'ai peur, que le mal de mer me reprenne, que le port soit complet, qu'encore il me faille reprendre la mer.

La nuit tombe, la prochaine marée me semble si lointaine. Je crois avoir rêvé jusqu'au moment où la douce lumière du phare revient caresser les flots.

Demain le port, la vie joyeuse.

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