Espoir

kelen

Je l'ai perdu.

Peut-être dans un puit. Peut-être pas.

Peut-être que c'était la nuit?

J'me souviens pas.

C'est pas que mes pas soient amnésiques

Mais celui là prend toujours la fuite

Car l'espoir est un p'tit bonhomme qui se promène

Au gré des heures, des leurres et des poèmes

Au départ, j'l'avais au plus profond de l'oeil

Il me pénétrait sous la peau et m'percutait ma pupille

Pour rendre imperméable à mon orgueil

Les faux pas des malhabiles

Il se calait sous mes paupières

Pour m'cacher ses adultères.

Mais un soir on l'a fait sursauté

Et j'me suis retrouvée avec l'oeil crevé

Des piques dans la poitrine

Des coups dans la colonne

Voilà l'espoir se faire buter au gomme cogne

C'est pas que mes pas soient amnésiques

Mais celui là prend toujours la fuite

Car l'espoir est un p'tit bonhomme qui se promène

Au gré des heures, des leurres et des poèmes

Ensuite, j'l'ai reçu en intraveineuse

Un pur shoot dans un corps qui chute

Des chocs dans la cage thoracique

Et des traces quasi chimiques

Mais très vite, le sang à noirci en son sein

Et c'est certain, y'avait plus que d'la haine dans mes poings

J'l'ai senti devenir venin quand il est devenu virus

Et que petit espoir s'est fait violé à l'entrée de l'utérus

Et sa voix...

Sa voix s'est fendue quand en face ça a forcé

Et sa force...

Sa force a volé en éclat quand il s'est abimé.

Mes sinus ont saigné comme des soldats

Face à un adversaire qui se perd dans ses poings

Et oui petit espoir ne fait pas le poids

Quand on le pousse d'un revers de main

C'est pas que mes pas soient amnésiques

Mais celui là prend toujours la fuite

Car l'espoir est un p'tit bonhomme qui se promène

Au gré des heures, des leurres et des poèmes

L'autre jour, je sais qu'il est revenu

Il était tard, et il a troublé ma vue

J'l'ai entendu, véhément, vociférer contre le vice

Et me souffler quelque symboles, à toute vitesse

dans ce crâne décalcifié en prise au stress

C'était une sorte de râle, un sifflement,

Peut-être l'Internationale

Ou juste le chant des partisans.

A moins que ce soit juste le cri désespéré

D'un petit espoir à demi calciné

Qui s'écroule sous les coups des banquiers

Et qui coule sous la houle de la haine

Quand marine est prise pour modèle

Voilà l'espoir bien mal en point, à l'usure

Quand on le suspend par les poings

En faisant sauter ses points de suspension

Comme des points de suture.

Et ouais pour l'espoir les temps sont durs

Et les tensions durent.

C'est pas que mes pas soient amnésiques

Mais celui là prend toujours la fuite

Car l'espoir est un p'tit bonhomme qui se promène

Au gré des heures, des leurres et des poèmes

Cette nuit, je l'ai senti me secouer

Un spasme.

Sensation sublime.

Qui a éblouit mes sens.

Quand on comprend que ce n'est pas la somme de centimes

Qui fait scintiller les étoiles

Mais la somme de sentiments que l'on sait saisir sur la toile

C'est une suite de phonèmes qui fait fondre,

une simple mélodie de ce monde

Qui s'imprègne et s'inscrit jusqu'à stranguler le système

Et simplifie le sublime en un simple poème

Petit espoir se trouve là, blottit dans la seule beauté des choses

Qui s'overdose dans l'osmose de nos spasmes

Et se pâme dans l'épave de nos âmes.

Une salve d'espoir... Voilà enfin ce que je prône

Quand le trône est tenu par des ânes

Et que nos larmes coulent dans nos proses

Petit espoir plein d'ecchymoses est bien là.

Dans nos phases, dans nos vers

Dans nos verres, dans nos larmes

Quand on s'étend au sol

Quand on s'éprend du ciel

Ou qu'on sonne l'alarme.

L'espoir se suspend à mes lèvres, à tes lèvres.

Et s'élève dans un perpétuel éphémère

Quand il percute nos coeurs de la candeur de son rêve.

Oui l'espoir est un p'tit bonhomme qui se promène

Au gré des heures, des leurres et des poèmes

Mais cette fois, il est là, au creux

De mes rimes,

De tes rimes,

De nos rimes.

Pour sublimer nos crampes et nos cris

Et arracher à nos crocs quelques sourires

Même quand on trime.

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