Fausse note

Byam Jinx Oxymoron

Histoire d'un concours

Cela dure depuis des jours – isolée avec ses seules pensées.

Un titre a piqué sa curiosité. Un nombre de caractères bien défini – ni trop long ni trop court, juste ce qui lui plait. L'idée était là, bien présente, mais rien n'y a fait. Elle ne voulait pas sortir. Elle ne voulait pas être apprivoisée. Les muses sont traîtresses.


Bloc et stylo pour premières armes, elle a vite opté pour le clavier – pas de gaspillage. Les scénarios se sont multipliés – se multiplient encore – à en perdre le compte.


Elle voulait quelque chose d'original, un meurtre sans la moindre explication, avec un décor qui lui corresponde. Manhattan : Central Park, le MoMA, la Statue de la Liberté, le Chrysler Building, l'Empire State Building – déjà vu, trop classique – autant de scénarii supprimés à peine élaborés. Et puis, après quelques tentatives, elle est tombée dessus, la Trump Tower ! Un atrium à la cascade d'eau artificielle haute de 24 mètres, une cascade d'arbre sur les terrasses en gradin des premiers étages – à l'angle de la 56ème et de la 5ème avenue, à quelques mètres de Central Park.


Décor : check !

Victime : check !

Lieu exact du meurtre : check !

Moyen du meurtre : check !

Modus operandi : zip !

Mobile : zip !


Le meurtre sera d'autant plus mystérieux que l'acte lui-même n'aura aucun sens.

Elle s'attèle à la tâche et rédige.


Elle a son histoire !


¤¤¤


Quelques jours plus tard, elle décide de reprendre contact avec le monde extérieur et allume la télé – BFM TV – histoire d'avoir les nouvelles.


« … halloween macabre qui fait froid dans le dos. Bien que l'enquête soit toujours en cours à New York, la soudaine et brève vague meurtrière de cette nuit du 31 octobre reste un mystère. Et maintenant, passons aux autres actualités en France… »


Elle lui coupe le sifflet aussi sec, un doute monstrueux la tenaille.

La voilà de nouveau sur son pc – ouverture du navigateur, moteur de recherche, « meurtre new york nuit du 31 octobre 2013 », rechercher Google, clic sur le premier lien. Elle se sent mal, très mal.


Elle lit l'article – tous les détails sont là, familiers, trop familiers.

Cinq décors : le One World Trade Center, le Flat Iron Building, l'ovale de Stuyvesant Town, le Carl Schurz Park, la Trump Tower.

Cinq meurtres : cinq victimes, cinq violoncellistes – seule constante de ses scénarii.


La précision ne se rencontre que dans la dernière scène, la Trump Tower en est le théâtre. A l'une des terrasses des premiers étages, installé au pied de l'arbre, un violoncelliste est retrouvé mort, effondré sur son instrument électrique, casque sur les oreilles, l'archer au sol dans une flaque de sang. Une seule balle – l'œuvre d'un sniper.


Il n'y a plus de doute.


Elle en a la nausée, littéralement. Elle se précipite aux toilettes et vomit ses tripes. La similitude, non, l'exactitude des scénarii est telle que cela ne peut être une coïncidence.

Elle n'y comprend rien – près de 7 000 km et un océan la séparent de Manhattan !!!

Elle se redresse, fait un tour dans la salle de bain, se sert un verre de rouge et retourne sur son pc. Elle doit vérifier un point.


Elle consulte chacun de ses cinq derniers scénarii. Les quatre premiers sont grossièrement esquissés, le 5ème est rédigé entièrement. Les quatre premiers meurtres sont l'œuvre d'un boucher, le 5ème celle d'un pro.


Une idée aussi absurde qu'effrayante lui traverse l'esprit. Elle la rejette aussitôt, la seule éventualité lui fait froid dans le dos. Elle jette pourtant un œil, par acquis de conscience.


Date de création de chaque document : 31 octobre 2013…


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