Jaculation Acadermique

odess

Sortez couvert, écrivez découvert


23h40...

L'aiguille de l'horloge va bientôt faire le tour. De longues heures interminables et j'attends. Je t'attends. Je grelotte. A quel moment vas-tu venir m'incruster, me caresser, me réchauffer ? 

Tu n'étais pas en forme hier. Je l'ai senti à la seconde où tu m'as effleurée de tes secousses intempestives. Tu m'as violemment griffée pour finir larguée en boule dans la corbeille. Morte. Manque d'inspiration...toujours ce même rituel ! 

Tu voulais m'enterrer mais tu ignorais que j'étais une graine. Comme le baobab, je me suis déployée, écartelée, étirée jusqu'à atteindre le sommet de la pile et t'affronter. 

Ce soir je te laisserai m'écrire, te décrire, te vider de tes scripts corps et encre. Alors, je me plierai à toi, puis je te retiendrai de toutes mes fibres sans aucune échappatoire.

Je te pardonnerai tes ratures d'illettré, tes bavures que j'ai mises à sécher sur le fil de mes lignes. Je te pardonnerai ton infidélité ainsi que ton pêcher mignon, les mille feuilles. Les autres ne sont que des copies de moi. Elles sont toutes perforées et portent des cornes. Qu'elles dégagent et retournent d'où elles viennent, la cité des Ramettes où elles vivent en marge. Dans cet endroit infâme, elles ont vécu des trucs bizarres participant à des flaques tournantes, organisant des partouzes A3 , A4, et même A6 au bar de l'Excel. Elles ne se protègent pas au grand désespoir de la plastifieuse. Dès que tu les effleures, elles se froissent immédiatement et n'arrivent même pas au bas de ma page.

J'avoue détester ton changement de caractère récurent. Je t'observais jalousement affalé sur l'une d'elles vomissant des taches grotesques. Puis tu en prenais une autre, puis une autre... Tu finissais lessivé au fond du tiroir, complètement vidé du caillou et terriblement déçu. Saches que je n'ai rien en commun avec ces torchonnes à qui tu offres un bouquet d'œillets pour te donner bonne inspiration.

Je suis ta UNE, ton attitrée, ta préfacée, ton introduction.

Approche ! Pointe ton joli minois et dévoile ton divin stylet !

Je te sens haletant, tu me cherches dans les quatre coins. Tu tourbillonnes dans un coma italique pour me faire languir. Tu hésites. De quelle façon vas tu m'aborder ?  Je me suis apprêtée à te rendre Majuscule. Ta mine badigeonnée de sirop d'agave baveux pigmenté me rend complètement molle de la feuille. Je serre le calamus de ta plume jusqu'à chavirer sur ton chamoniard, avide d'engloutir ton nectar indélébile. Je veux te faire mousser la cartouche jusqu'à te scalper la bille, te réanimer le fôlatre turbulent. Tu mets la gomme, tu t'effaces tendrement. Je sens ta pointe bipolarisée appuyer sur ma cellulose fébrile. Tu te redresses comme un relevé fiscal leucosélophobique. Sur un air de trombone tu me dégrafes l'agrafe. Tu déchires tout. Je danse autour d'une nuée de confettis dans la spirale magique des feuilles mortes. Tu m'entraînes dans un recto verso mémorable. Je m'évanouis dans un putain de fahrenheit 451. 

Dans ta fougue, tu m'honores de 37 lignes d'affilée digne d'un Houellebecq fêtant ses noces de papier à qui l'on vient d'annoncer qu'un homme azerty en vaut deux. 

Peu à peu, nous reprenons nos esprits. Je distingue le tatouage stylé que tu as gravé à jamais sur le front de mon entête de garde.

"Effeuillage torride du stylo Montblanc et de Blanche Feuille"


En pied de page, tu découvres le mien :

"Je suis complètement Folio de Toi..."




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