J'étais prévenue !

veroniquethery

J'étais prévenue ! S'inscrire sur les réseaux sociaux, c'était comme descendre aux Enfers. Des succubes allaient investir ma vie, m'empêcher de sortir de chez moi, m'enchaîner à mon écran. Pire encore ! J'allais perdre tout contact avec la réalité. Vivre dans un brouillard de fausses informations, me noyer dans un ramassis de rumeurs, échapper à la condition humaine pour m'entourer d'êtres virtuels aux âmes damnées.


Pourtant, j'ai créé ce compte. Désormais, je suis une facebookienne.


Me voici amie avec des hommes et des femmes qui exercent le même métier que moi. Et l'isolée se retrouve soudain avec ses congénères, des êtres étranges qui ont choisi de se pencher sur des textes antiques poussiéreux, de rendre des cultes à des dieux vindicatifs, jaloux et libidineux et de hurler avec moi contre les têtes penchantes de ceux qui veulent détruire ce que nous aimons tant. Ça fait du bien de hurler ! Facebook m'a évitée de me sentir seule face à mon désarroi, de partager mes craintes et mes colères.  


Me voici amie avec des amies de mes amis. Et voilà que je me retrouve à parler avec une femme belle, intelligente et pétillante, qui se sent mal parce qu'un homme a décidé de ne plus l'aimer. Un homme de la vraie vie. Celle qui fait mal parfois, celle qui met à terre, celle qui entraîne vers les Enfers. Et voilà que des êtres virtuels viennent s'approcher d'elle, et que, comme des étoiles, nous l'entourons, la protégeons. Armure virtuelle contre le chagrin ? Armure bien réelle dans son coeur meurtri.


Me voici amie avec des hommes et des femmes qui possèdent le même chien que moi. Et la fofolle se retrouve soudain avec ses congénères, des êtres étranges qui ont choisi d'aimer de petites boules de poils, de câliner d'adorables toutous et de partager anecdotes et conseils. Demander à la douce Titia si facebook isole les gens et les rend insensibles. Quand sa Titoile d'amour a failli mourir, c'est tout le groupe qui l'a soutenue. Et quand j'ai moi même perdu ma chienne adorée, ce sont des gens de ce même groupe qui ont le plus partagé ma douleur. Parce que c'était eux, parce que c'était nous.


J'étais pourtant prévenue ! Sur facebook, tout était éphémère, virtuel, superficiel. Pourtant, nous sommes des dizaines à avoir accompagné notre amie Marie D lors de ses mois d'hospitalisation. Isolée, elle ne voyait que rarement les siens. Elle était seule, désespérément seule face à sa maladie, face à des soignants qui ne la comprenaient pas. Ses seules façons de s'échapper de son triste quotidien était de parler avec nous, ses amies facebookiennes. Nous ne l'avions jamais vue ; mais nous étions liées par un amour commun : celui que nous vouons à nos chiens.


Un an après, nous sommes nombreuses à nous souvenir d'elle, à lui rendre hommage, à elle et à sa chère Jade qu'elle est partie rejoindre.


Et rien que pour notre amie Marie D, je suis heureuse d'être une facebookienne ! Parce que c'était une femme bien, généreuse, drôle, sensible. Une femme qu'on aimerait bien rencontrer dans la vie non virtuelle. Voilà quelles rencontres on peut faire sur les réseaux sociaux ! Vous voici prévenus !



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