JFK Airport (concours mauvaise blague)

aureliadit

« Freeze ! », gueule un cow-boy dans mon dos avant de se jeter sur moi.

Tout va très vite. Ils sont trois, peut-être quatre. Je me retrouve cloué au sol, épinglé comme un papillon, jambes et bras écartés. Ils me palpent même les bourses!

On a juste eu le temps de descendre de l’avion et de passer un premier contrôle qu’ils nous sont tombés dessus. « Welcome to America » disait le sticker collé sur les vitres de la passerelle de débarquement. Pour l’instant, c’est surtout le sol poisseux de JFK Airport qui m’accueille avec fracas. Le nez planté dans le lino yankee. Pour une première visite, on peut dire que c’est une réussite. Living the American dream man!

 

Ils me tiennent la tête mais j’arrive à voir Ludo, lui aussi maintenu au sol à côté de moi par deux Robocops survitaminés. Derrière lui, ma guitare a été propulsée au sol avec tellement de violence que l’étui s’est ouvert. Elle a l’air intact mais je suis quand même très inquiet. J’y tiens plus que tout à cette gratte.

Une fois qu’ils ont fini de nous fouiller, ils nous redressent. Toujours sans aucun ménagement, on dirait que ca fait partie du forfait. Une sorte de « all inclusive » de la toute puissance douanière. Ludo non plus n’en mène pas large. Il suit derrière, les mains fermement maintenues dans le dos par ses deux nounous.

Le passeport que je tenais à la main a volé à l’autre bout de la pièce, entre les pieds fatigués des centaines de personnes qui font la queue au contrôle. Ce qui me paraît être un flic va le ramasser. Après 8 heures de vol, tout ceci me semble irréel.

On est partis de Paris ce matin pour le concert de notre vie. Jamais posé le pied sur le sol ricain, c’était l’occasion de découvrir la patrie d’Elvis tout en applaudissant l’affiche mythique qui investit le Madison Square Garden demain soir. Bruce Springsteen, les Rolling Stones et Erik Clapton qui vont jouer ensemble pour la première fois. Plus rare qu’une comète ! Inratable.

Enfin pour l’instant, faudrait déjà réussir à sortir de ce foutu aéroport. Après avoir traversé la foule des nouveaux arrivants qui attendent patiemment derrière la ligne jaune qu’un gorille les appelle en hurlant « Neeeext », ils nous font entrer par une porte dérobée sur le côté. Et le calvaire commence.

Chacun de nous est isolé dans une pièce trop blanche. La parade du gentil et du méchant flic démarre, une sorte de Starsky et Hutch des temps nouveaux. Pendant des heures ce petit manège va tourner en boucle jusqu’à friser le ridicule.

L’un des deux est plutôt sympa. Il me demande pourquoi je suis venu à New-York, si je connais bien l’ami qui m’accompagne, ce que je pense des Etats-Unis d’Amérique (I love hamburgers !). Il semble un peu déçu que je réduise son pays à sa production indécente de hamburgers mais il s’en contente.

L’autre par contre est vraiment un sale con ! Une montagne de muscles et d’autorité. Je crains de me prendre une châtaigne à chaque mouvement un peu sec. Il m’inonde de questions toutes aussi improbables les unes que les autres : Est-ce que je suis musulman ? Juif ? Patriote ? (Euh, connaître les trois premiers vers de la Marseillaise ça compte?

J’essaie de lui expliquer dans mon anglais approximatif que la seule chose qui m’intéresse dans la vie c’est la musique, et que mes deux préoccupations majeures à l’heure actuelle sont : Où est ma gratte ? Et comment va-t-on être placés pour le concert de demain ? Il pense que je me fous de sa gueule. En même temps, à sa place je penserais sûrement la même chose.

J’ai perdu toute notion du temps. Ça fait peut être quatre ou cinq heures qu’ils me cuisinent à tour de rôle, quand un troisième larron entre dans la pièce qui est devenue ma cellule pour m’annoncer que mon accès sur le sol américain a été refusé.  Je suis interdit de territoire pour les cinq prochaines années. Et il ajoute : « La prochaine fois, évitez de voyager avec un ennemi des Etats-Unis ! ».

Complètement abattu, je suis reconduit jusqu’à l’avion duquel j’ai débarqué il y a quelques heures à peine. Retour à l’envoyeur !

Ce con de Ludo est là aussi. Je cours vers lui et lui assène la plus belle pastèque de ma vie. Son nez pisse le sang mais il ne bronche pas. « T’es sérieux mec ? Prénom : Ben – Nom : Laden – Profession : Terroriste !! Mais t’as quel âge merde ?! »

Un bagagiste arrive in extremis avec ma guitare. J’empoigne ma gratte, je laisse Ludo avec son nez pété sur sa tête basse et sans regarder en arrière, avec le minimum de dignité qu’il me reste, je monte dans l’avion.

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