Résiliation de contrat

celinero

Alfred Haussel est un auteur à succès. Exilé en Louisiane, il est de passage à Paris pour la promotion de son dernier opus, mais la conférence de presse ne va pas se passer comme prévu...

           L'air hébété, les yeux dans le vague, les cheveux en bataille et les vêtements souillés de sang, il erre dans les rues de la ville qui s'éveille doucement. Il n'est guère plus qu'une ombre fuyante parmi les vivants. Personne ne se risque à croiser son regard, les enfants changent de trottoir. Il murmure : « J'ai tué ma femme. J'ai tué ma femme. Aidez-moi ! J'ai tué ma femme. » Ses plaintes s'envolent et se perdent dans le flot des premières notes de musique qui s'élèvent des entrailles de la ville. Il tombe de fatigue dans une impasse et s'abandonne au rythme des respirations de la Nouvelle Orléans.

*

72 heures plus tôt

             Les flashs m'aveuglent. Les questions fusent. C'en est assourdissant. A chacune de mes interventions tout le monde y va de son commentaire, et c'est dans ce bourdonnement tinté de cliquetis de clavier ou de scratchs de calepins que je dois réfléchir à la réponse suivante. Insupportable ! Ah ça, il a vu les choses en grand le Parrain, mon éditeur, qui m'observe depuis le fond de la salle. Comme à son habitude, son look est plus que discutable. Engoncé dans un costume de velours côtelé bordeaux, les pieds empaquetés de cuir vernis noir et crème, la cravate à rayures grises, il a plus l'air d'un membre éminent de la pègre que d'un homme de lettres respectable. Pas besoin de chercher bien loin pour comprendre pourquoi tout le monde le surnomme le Parrain dans le milieu de l'édition. Il me fait signe de sourire aux mouches luisantes agglutinées autour de mon piédestal mielleux d'écrivain à succès, comprenez ma table de conférence de presse, surélevée afin que tout le monde voie bien ma supériorité romanesque mais aussi mon manque total de maîtrise de la triviale réalité. Je veux rentrer chez moi, non, plus de question, je vous en prie !

                    Et voilà qu'une autre lève la main. Pour quel journal ? « Chats Magazine » ? Mais depuis quand les chats sont-ils intéressés par mes thrillers ? Ils ne voient pas assez d'horreurs comme ça, avec leurs maîtres qui projettent sur eux un manque affectif chronique se traduisant par des gazouillis anthropomorphiques infantilisants ? Qu'on les laisse ronronner en paix ! Je suis pour le mouvement de libération des chats !

                La tête de mon éditeur si je répondais ça. J'entends déjà ses remontrances, cigare au bec et faux accent italien en sus : «  Mon petit Al', - Je déteste qu'il m'appelle Al', c'est Alfred bon Dieu ! - cela fait combien de temps que l'on se connaît ?... Oui, quinze ans. Vous ai-je déjà fait une seule fois défaut ? Non ? Bon, alors, qu'est-ce que vous m'avez fait aujourd'hui, à moi, votre éditeur ? Moi qui vous nourris, qui vous aime, qui suis votre premier lecteur, votre plus grand fan ? Mmh ? Je vous le demande, qu'est-ce que vous m'avez fait ? Vous avez merdé, oui. Et vous savez ce que je fais aux auteurs qui merdent, qui plantent, qui me trahissent ? Je les pilonne. Parfaitement, je les pilonne, et sans remords avec ça. Chez moi on règle les problèmes en famille, et non pas sur l'autel de la liberté de la presse. Vous ne voulez pas être pilonné n'est-ce pas ? – J'entendrais presque les mandolines se lamenter, et on néglige trop souvent les lamentations des mandolines. Il ne parlerait évidemment que de mes romans et non pas de ma personne, même s'il adore jouer sur l'ambiguïté pour se donner un genre. Tout cela n'est qu'une pose de mauvais goût adoptée nul ne sait pourquoi au début de sa carrière. Il a toujours préféré détruire ses collections plutôt que de les voir ne pas se vendre à cause d'une mauvaise promotion ou d'un auteur qui flanche – Vous ne voulez pas vous voir compacté, écrabouillé, réduit en poussière de cellulose, si ? Non. Bien sûr. Alors vous allez vous comporter bien sagement et vous en tenir au texte que nous avons répété pour la suite des conférences de presse, sinon, mes petits gars sauront s'occuper de vous. »

            J'ai l'habitude de ces dialogues intérieurs avec le Parrain. Je suis persuadé que la première fois où je l'ai rencontré il m'a drogué avec son expresso infect et a implanté un mini lui dans mon cerveau de jeune auteur crédule. J'écoute donc sagement les conseils de son alter ego virtuel et me contiens pour répondre aux questions toujours plus idiotes des journalistes. Je ne m'en sors pas trop mal, jusqu'à la question fatidique, celle qui n'est pas dans le catalogue des questions préconçues que nous leur avons envoyé. Mais pourquoi faut-il toujours que quelques irréductibles fassent encore leur métier consciencieusement ? On leur mâche de travail, on leur donne un bras, et eux, ils vous prennent le buste tout entier, avec la tête de surcroît !

         Mon démon se matérialise sous l'apparence d'une jeune femme au visage sec et anguleux. Ses grands yeux acier sont protégés par un voile de verre aux contours écaille - comprenez des lunettes rétro à la dernière mode. Son chignon ne trompe personne : sa tignasse blonde est aussi indomptable qu'elle. Ses épis sont autant de messages à mon égard me signifiant qu'elle ne se laissera pas leurrer par mes réponses faussement spontanées. Elle tient bien son rôle d'empêcheur de tourner en rond, ou, comme dirait le héros de mon dernier roman, « de fouille merde ». Elle pourrait très bien être son acolyte d'ailleurs. Oui, dans son genre, elle a du style. Le regard dur et la tête haute, c'est à se demander comment son globe peut tenir sur ce pic qui lui sert de cou. Elle me pose sa question avec l'assurance d'un alpiniste habitué au hors-piste :

- Monsieur Haussel, je suis Claire d'Arencourt pour la revue « Lectures d'après Minuit ».  Depuis votre cinquième roman, Fleur au fusil, qui vous a révélé au grand public, vos héroïnes ont toujours des personnalités très marquées. A travers votre œuvre on note des traits communs à toutes ces femmes qui nourrissent vos intrigues. Qu'il s'agisse des enquêtrices comme des tueuses, elles sont fortes, intelligentes, et ne sont plus seulement des faire-valoir à leurs acolytes masculins comme dans les quatre romans précédents. Pourquoi ce revirement ? Est-ce votre manière de montrer que vous partagez une certaine vision du féminisme dans une société au machisme toujours plus exacerbé ? Ou bien… est-ce lié à une prise de conscience plus personnelle… suite à la disparition dans de mystérieuses conditions de votre épouse de l'époque, Laura Haussel ? Qu'est-ce qui vous a poussé à quitter la France, pour la Louisiane ? Votre fuite du succès est-elle liée à cette affaire, ou bien avez-vous tout simplement refait votre vie, rencontré une muse ?

            Sa voix cristalline m'a glacé aussi efficacement que si j'avais pris une douche d'azote liquide. Aucune mesquinerie dans ses paroles, le choix des mots relève de la précision chirurgicale. Elle ne porte aucun jugement : elle interroge. Elle est la conscience journalistique incarnée. Chaque interrogation est un piolet qu'elle enfonce pour mieux escalader la montagne des non-dits de ce simulacre de conférence de presse. Au fond, je l'admire. Oui, je l'admire, mais je ne peux pas lui répondre. Je suis trop occupé à me liquéfier sur place pour rejoindre l'azote qu'elle m'a craché à la figure. Mon corps n'est plus qu'une vulgaire flaque, mon esprit est déjà loin, il vole vers la Nouvelle Orléans. Je vois le Parrain manquer de s'étouffer avec son cigare, je l'entends morigéner la jeune journaliste et mettre fin à la conférence de presse sous les huées de ses confrères, ceux-là mêmes qui n'ont pas eu assez de couilles pour poser leurs questions, attendant qu'une autre prenne le taureau par les cornes et la montagne à bras le corps, de peur qu'on ne leur retire leur précieuse carte de presse. Ces mêmes journalistes sont les premiers à déclencher une avalanche de coups de sifflets, à crier au haro et hurler à l'injustice dès que le vent tourne et que l'opportunité se trouve dans la contestation de l'ordre établi, et ce au nom de la liberté de la presse. Elle, elle ne crie pas. Claire d'Arencourt me fixe de son regard perçant à travers la foule mouvante d'une salle qui se vide contre son gré. Moi je suis déjà loin, mais elle, elle a compris. Claire d'Arencourt, tu lis en moi comme dans un livre ouvert. Claire d'Arencourt, je t'aime. Adieu.

 *

             Après ce fiasco, le Parrain m'a suggéré de faire une pause de quelques semaines et de rentrer chez moi, en Louisiane. J'ai dû lui faire peur. Il m'a dit avant de prendre l'avion : « Reposez-vous mon petit Al' ». La première fois en quinze ans qu'il s'inquiète de mon repos, lui qui n'hésite jamais à m'appeler à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, sans tenir compte du décalage horaire, pour me parler de ses projets promotionnels innovants. Du flash mob sur Time Square au concours sur Twitter, en passant par la chasse aux trésors dans les plus grandes métropoles mondiales, il m'a tout fait faire dans le but de vendre toujours plus d'exemplaires de mes romans. Je pousse la porte. L'air est chaud, c'est l'été. A peine ai-je quitté ma veste que je l'entends derrière moi :

- Eh bien, tu rentres plus tôt que prévu, et en piteux état avec ça. Regarde-toi mon pauvre ami, tu fais peine à voir.

- Je te remercie pour l'accueil. Tu n'as pas perdu ton sens du tact en mon absence à ce que je vois.

- A d'autres ! Tu n'as pas fait la guerre que je sache.

            Elle est dans le salon, assise dans son vieux rocking chair, à la merci de ce bercement perpétuel dont chaque grincement me fait bondir le cœur et hérisser les poils. Un jour je le brûlerai ce ridicule fauteuil à bascule. Sans y prêter attention, avec son châle délicatement posé sur les épaules été comme hiver, on pourrait la prendre pour une vieille décatie grincheuse comme il y en a dans beaucoup de maisons par ici, une de ces bonnes femmes qui ânonnent toute la journée dans une langue d'outre-tombe et pratiquent des rites vaudou, tricotant les destinées humaines comme d'autres tricoteraient leurs chaussettes. Mais non, c'est une femme entre deux âges aussi vive d'esprit que de corps. Elle porte le petit collier au pendentif rouge que je lui avais offert peu de temps après notre rencontre et qu'elle ne sort que pour les grandes occasions. Je me demande ce qu'elle me réserve : c'est une femme dont la principale activité est de me rappeler par sa simple présence à quel point je suis un raté. C'est la femme avec laquelle je partage ma vie depuis près d'une décennie.

- C'était pas très brillant à Paris. J'ai eu vent de tes exploits.

- C'est la faute de cette journaliste, elle n'a pas fait son boulot, je réponds déconfit.

- Au contraire ! C'était à toi de la renvoyer dans ses basques. Ne t'ai-je donc rien appris en dix ans ?  Cette petite a eu plus de cran que tu n'en auras jamais. Je me suis d'ailleurs renseignée sur elle. Claire d'Arencourt, vingt-trois ans, journaliste pigiste pour diverses revues et sites internet spécialisés dans l'étrange, la science-fiction et le paranormal. Elle a une licence en psychologie, un master en littérature gothique et un autre en littérature anglaise du XIXème siècle. Elle a sauté la troisième et n'a donc jamais eu son brevet des collèges. Si je n'étais pas sûre de mes sources je pourrais croire que c'est une blague tant elle ressemble à tes personnages de romans.

- Tes personnages de romans.

- Nous en avons déjà parlé. Les termes du contrat étaient clairs dès le départ il me semble, et ils n'ont pas bougé depuis.

- N'empêche que je n'en peux plus de jouer la comédie. Je me sens vide, je suis un imposteur, un pantin à la merci de ton bon vouloir. C'est fini.

- Oui, fini comme l'an dernier, avant que tu ne rampes à mes pieds pour me supplier de te pondre un nouveau roman. Tu me fais le coup à chaque fois.

- Non, c'est vraiment fini, m'exclamé-je. Je raccroche, je rends mon tablier, je change d'air, je me casse, je lâche tout, j'abandonne, je romps le contrat, je me mets au vert, bref prends-le comme tu veux, le résultat est le même ! C'est fini. Over. Finito. Baissez le rideau, ciao, bonsoir.

            Je m'arrête pour reprendre mon souffle. J'ai littéralement explosé de rage et le sang me cogne dans les tempes. La détermination dans ma voix a dû la surprendre, car, pour la première fois en dix ans, je la vois hésiter avant de me répondre. L'espace d'une seconde je crois même percevoir un léger tremblement dans ses mains mais, en levant les yeux, je remarque qu'elle me dévisage calmement, les prémices d'un sourire narquois au coin des lèvres.

- Alfred, qu'est-ce qu'il te prend ? dit-elle de sa voix la plus douce et la plus innocente.

            J'entends au loin le cœur de la ville qui bat. Le soir, les percussions résonnent dans les rues de la Nouvelle Orléans.

- …

- Après tout ce que nous avons accompli ensemble, poursuit-elle imperturbable, tu veux tout plaquer, comme ça, sur un coup de sang ? La belle affaire.

- …

- Cela dit, tu as raison, la boucle serait bouclée. Tout a commencé dans le sang, il serait logique que cela finisse dans le sang également. C'est l'histoire de la vie, le cycle éternel.

- Tu cites les chansons Disney, toi, maintenant ? Eructé-je.

- Pourquoi pas ? Le talent de Walt Disney a été de savoir bien s'entourer. C'était un homme d'affaires après tout, comme moi. Mais tu oublies une chose mon cher et tendre : que tu le veuilles ou non nous sommes unis par un lien indéfectible. Tu ne peux pas te débarrasser de moi comme l'on se débarrasse d'un investisseur gênant.

- Tiens donc, et pourquoi pas ?

            Mes muscles se raidissent. Je l'observe en biais. Elle joue et m'entraîne sur un terrain glissant qu'elle ne maîtrise que trop bien. J'entends au loin le souffle de la ville. Le soir, les saxos sonnent dans les rues de la Nouvelle Orléans.

- Parce que tu as commis un meurtre.

- C'était toi !

- Allons, allons, Alfred. Au fond, cela t'arrangeait bien il y a dix ans que je fasse disparaître son corps et te lave de tout soupçon. Ta femme n'était qu'une emmerdeuse, un parasite qui t'empêchait de créer. Tu n'as jamais autant vendu de livres que depuis sa disparition. C'est arrangeant n'est-ce pas ?

- Parce que toi tu me laisses créer peut-être ? Tu écris tous les romans ! Et sache que je peux toujours te dénoncer à la police !

- Allons bon, les grands mots. La police ! Et avec quelles preuves je te prie ? Qui te croira ? Tu passeras pour fou avant même d'avoir fini ta déposition. J'ai été ton objet dans l'orchestration de sa mort, tu seras le mien dans l'orchestration de la tienne. Tu es ma chose, et, au fond, si l'on y réfléchit bien, tu l'as toujours été, avant même ta naissance. Si tu veux rompre le contrat qui nous lie, alors je vais être obligée de te tuer. C'est dommage, je me suis plus amusée ces dix dernières années qu'en plusieurs siècles d'existence.

- Tu es complètement folle !

            J'ai hurlé. Je la vois se lever vers moi. Quelque chose brille à sa main : une lame de rasoir. Elle va m'égorger comme un porc, la garce ! Je m'élance vers elle. J'entends au loin vibrer les âmes de la ville. Le soir, les trompettes enflamment les rues de la Nouvelle Orléans.

*

Six mois plus tard

- Hold the elevator please!

            Le docteur Cunningham n'a pas l'habitude de faire attendre ses patients, mais la jolie demoiselle aux cheveux dorés qui court vers lui l'intrigue tellement qu'il ne peut s'empêcher de céder à sa demande. Et puis, comment résister à cet accent so frenchy. Elle arrive essoufflée, le visage rougi par la course à travers le couloir du River Oaks Hospital, des feuilles de notes et des carnets plein les mains.

- Thank you!

- Vous êtes française ?

- Oh ! Vous parlez ma langue ?

- Tout le monde parle un petit peu le français à la Nouvelle Orléans, répond-il modestement.

- Parfait. Je ne vais pas y aller par quatre chemins, j'ai besoin de votre aide.

            Claire d'Arencourt bloque l'ascenseur entre deux étages. La lumière s'éteint et les deux passagers ne sont plus éclairés que par le halo verdâtre du bouton d'urgence.

- Je savais les françaises entreprenantes, mais ne croyez-vous pas que cela aille un petit peu vite entre nous ? Ironise-t-il.

- Je ne suis pas là pour ça, monsieur. Vous avez un patient qui m'intéresse beaucoup, et je sollicite une entrevue avec lui. C'est de la plus haute importance.

- Et de qui s'agit-il ? Demande-t-il innocemment (comme s'il n'avait pas remarqué le nom d'Alfred Haussel griffonné sur tous les feuillets qui débordent de ses petites mains graciles.)

- D'Alfred Haussel ! (Bingo).

            Alors, Claire d'Arencourt se lance dans une longue explication : comment, six mois plus tôt, elle l'avait déstabilisé lors d'une conférence de presse scandaleuse, comment elle l'avait suivi jusqu'en Louisiane pour tenter d'avoir une vraie conversation avec lui loin de la censure éditoriale, comment elle l'avait retrouvé à quelques rues de chez lui, complètement perdu, hagard, et couvert de sang frais. Elle lui raconte comment elle l'avait ramené chez lui, et comment elle avait découvert son salon en pagaille. Une lutte violente entre deux personnes avait manifestement eu lieu, mais il n'y avait aucun corps ni blessé. Les coussins étaient éventrés, des plumes d'oies dégorgeaient des plaies de taffetas géantes. Un châle, taché de sang, traînait sur le sol comme une vulgaire serpillère et les restes d'un rocking chair étaient éparpillés partout dans la pièce. Elle lui décrit enfin comment elle avait suivi, loin des projecteurs, les avancées de l'enquête, complètement bâclée soit dit en passant, ainsi que le procès qui avait mené à l'internement du célèbre romancier faute de corps et de témoignage sensé de la part du principal intéressé. Il était devenu complètement dément à cette époque, il parlait de diablerie et de pacte obscur. Personne ne lui accordait plus aucun crédit. A mesure que la jeune femme parle, le docteur est de plus en plus fasciné par ce visage tout en rondeur qui s'anime sur ce petit corps sec et d'apparence fragile. Sa voix sonne comme l'eau d'un ruisseau mais déferle avec la puissance d'un tsunami. Cette fille est une force de la nature incroyable.

- Tout cela est bien gentil, mademoiselle, mais je ne vois toujours pas pourquoi je devrais vous accorder ce que vous demandez. C'est un patient au psychisme extrêmement instable et ce serait tout aussi dangereux pour lui que pour vous.

-  J'ai besoin de réponses ! Quand je l'ai trouvé, je n'ai pas pu m'empêcher de prélever du sang sur sa chemise encore humide. Ne me demandez pas pourquoi, mais j'ai toujours de quoi prélever des échantillons sur moi. Bref, je les ai envoyés chez un ami qui travaille pour un laboratoire privé à Paris, laboratoire qui collabore souvent avec la police scientifique. Il a donc accès à  leurs bases de données pour les besoins de son travail. Il se trouve que sur l'échantillon que je lui ai envoyé il y avait le sang de deux personnes différentes. Le sang d'un homme, et le sang d'une femme ! Le sang de femme correspond aux échantillons d'ADN relevés chez les Haussel lors de la disparition de Mme Haussel il y a dix ans, il est formel. Comment le sang d'une personne disparue et considérée morte depuis dix ans en France peut se retrouver sur une scène de crime, de nos jours, de l'autre côté de l'Atlantique ? Et comment ce sang peut-il ne pas avoir coagulé, être exploitable scientifiquement comme si sa propriétaire elle-même l'avait déposé là ?

- Je ne sais pas.

- Alors ?

- Je vous accorde cinq minutes, sous ma surveillance.

           

            Alfred Haussel n'est plus que l'ombre de lui-même. Attaché à son lit, il semble parti en voyage vers de lointaines contrées imaginaires. Claire d'Arencourt s'avance, et lui parle doucement.

- Bonjour, vous souvenez-vous de moi ?

            Il se retourne d'un coup. Elle sursaute. Il la regarde calmement, les prémices d'un sourire narquois au coin des lèvres. Claire d'Arencourt a la chair de poule.

- Vous êtes l'emmerdeuse de la conférence de presse, déclare-t-il d'une voix monocorde.

- Si on veut.

- Que me voulez-vous ? Je n'ai pas le temps de babiller avec des amateurs.

- Avez-vous tué Laura Haussel ?

- Bien sûr, mais il y a prescription. C'était il y a dix ans.

- Dans ce cas, comment expliquez-vous que son sang se soit retrouvé chez vous ?

- Un magicien ne dévoile jamais ses tours.

- Qui avez-vous tué, chez vous, il y a six mois ?

- Alfred Haussel. 

  • Super texte, plein de petites touches authentiques par-ci, par-la, des personnages qu'on arrive a voir. bienjoué!

    · Ago over 5 years ·
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    jasy-santo

    • Merci beaucoup =)
      Même si je n'en ai pas beaucoup lu, j'aime de plus en plus ce genre littéraire. Pas vraiment dans l'horreur, pas vraiment dans le fantastique au sens strict (puisque je pends partie au niveau du surnaturel). Un truc un peu hybride chelou en somme ^^

      · Ago over 5 years ·
      C%c3%a9line charmion   neowood

      celinero

  • Super et haletant suspens

    · Ago over 5 years ·
    Avatar

    nyckie-alause

    • Merci beaucoup, j'ai fait ce que j'ai pu pour "garder le rythme", comme dans la chanson de Mary Poppins =)

      · Ago over 5 years ·
      C%c3%a9line charmion   neowood

      celinero

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