Le monstre (Chapitre 3)

Léo Noël

Un soir, quelques jours après l’enterrement de Baron, Paul rentra chez sa mère et installa un chaise en face de celle de sa mère. Il la regarda droit dans les yeux et lui dit : « Mère, vous êtes malade. Laissez-moi vous examiner. » L’examen s’était passé dans le silence le plus total, et tandis que Mérédith tentait d’attraper le regard de son fils, celui-ci se contentait de la regarder comme un objet d’étude. Enfin, il annonça à sa mère qu’elle avait des symptômes de diabète, et qu’elle devait suivre le même traitement que son défunt mari. Paul s’était donc emparé d’un nouveau flacon de médicament et l’avait posé devant les yeux de sa mère. Il se plaça devant elle et la dévisagea. Au bout de plusieurs minutes de confrontation, Paul s’était levé, et était revenu avec la bouteille d’essence de térébenthine ainsi que le goutte à goutte qu’il avait trouvé posé à coté. Devant les yeux de sa mère, immobile, il injecta une goutte du poison dans le flacon, puis présenta une grande cuillère, bien pleine, à sa mère. « Il vous faut le même traitement. » avait simplement dit Paul. Mérédith avait tenté de se débattre, mais Paul, malgré son jeune âge, avait la fougue des garçons, et il frappa sa mère à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’elle prenne le médicament délétère.

Le silence qu’avait créé Mérédith se retournait à présent contre elle. Chaque jour elle prenait son poison, devant les yeux de son fils, et aucun mot n’avait été échangé. Mérédith n’avait pourtant pas l’intention de mourir des mains de son fils, elle ne voulait pas finir de cette manière. Elle avait donc prétexté un départ en ville, prit son véhicule, et, alors même que Paul la regardait partir, elle accéléra, puis foudroya sa vie contre un vulgaire obélisque de pierre, dressé entre le centre commercial et la zone de construction des trains. Paul n’avait même pas vu le choc, il avait compris très tôt que Mérédith voulait le rendre responsable de sa tragédie, et il n’avait rien à faire de sa volonté. Il avait décidé de ne pas prêter attention à la mort de sa mère. Paul entendit le bruit de la tôle qui pliait contre la force, puis, pour la première fois, il compris qu’il était à l’extérieur de sa maison, et que sa maison n’était plus sa maison, qu’il n’était plus obligé de rentrer de nouveau. Il passa la porte une dernière fois, et ne vit qu’une chaise vide, là où Mérédith s’était tenue tous les jours de son existence. Un courant d’air poussa son bras vers l’arrière, et il le sentit. C’est ce jour-là que Paul, le Paul que vous connaissez, est né.

Cela faisait quelques mois maintenant qu'Elena craignait de se rendre à l'école. L'épisode de l'enfermement dans le four, et ce qu'il lui avait fait subir ensuite tournait encore dans l'esprit de la petite fille. Cette nuit encore, le visage de Paul était apparu dans ses rêves, avec ces traits déformés qu'elle n'oublierait jamais. Malgré tout, elle demeurait incrédule, il lui semblait impossible que son ami ai réellement perdu la tête. Dès le lendemain de l'évènement, Paul les avait tous rejoint pour jouer au loup, Karim avait dit à Paul qu'il ressemblait au clochard du supermarché, celui qui nous fait tous un peu peur, et Paul avait beaucoup rigolé. C'est vrai que ce jour là, avec ses vêtement déchirés au genoux, et les traces de boue sur sa chemise, Paul donnait l'impression qu'il sortait tout juste d'un parcours à obstacle, comme dans le parc aux oiseaux, au centre de Löbtau. Elena se souvenait qu'elle n'avait pas osé affirmer qu'elle ne voulait pas jouer, que Paul avait insisté, et qu'il s'amusait à lui faire peur quand c'était à lui de la poursuivre. Elle se souvenait de son regard qui semblait dire qu'il la mangerait véritablement, si jamais il l'attrappait. Elena ne s'était pas laissé toucher ce jour là, elle était resté près de Karim, qui était déjà impressionnant pour son âge. Karim en pinçait un peu pour elle, et même si ça n'a jamais été dans la nature d'Elena que de manipuler les hommes pour son propre intérêt, elle avait profité de Karim pour se sentir un peu plus à l'abris.

Paul demeurait l'inventif de leur petit groupe, c'était lui qui faisait rêver les autres, leur proposait des jeux hors du commun, dans lesquels de nombreux indices disséminés partout dans l'école, les transportaient dans des histoires pittoresques, dans lesquels se m^laient autant le danger et l'amour, que la peur et le rire. Souvent Paul se contentait de surveiller le déroulement du jeu, et vérifiait si les indices restaient bien à leur place. Monsieur Dinkel, le directeur de l'école, avait déjà empêché le petit groupe de héros de trouver la pigne de pin sacré qui aurait permis de berner la tribu zoulou et ainsi sauver la princesse, toujours incarnée par Elena. 

Ce matin, Elena repensait à ce qu'ils avaient fait, pour se venger de cette mission échouée. Monsieur Dinkel aimait beaucoup les oiseaux, et avait, dans sa classe, deux perruches qui ravissaient les élèves de son année. Monsieur Dinkel en était dingue. Nous avions décidé de nous introduire dans sa classe à l'heure du déjeuner, et d'ouvrir la cage des oiseaux, qui aurait sûrement volé à travers toute la classe, et rendu fou le directeur. Cela ne s'était pas passé ainsi. Elena montait la garde tandis que les garçons, plus intrépides, et guidés par Paul qui agrémentait l'infiltration d'une histoire pas possible pour sauver la planète d'un terrible danger extra-terrestre. Elena les avait vu sortir de la salle blanc comme des linges. Karim avait ouvert la cage sans difficulté, la clé du cadenas étant simplement caché sous la cage. Simplement, les oiseaux s'y sentaient chez eux, et n'avaient pas tenu à sortir. Josh avait essayé de les prendre délicatement pour les amener dehors, mais les deux oiseaux étaient inséparables, et dès que l'un était mis hors de la cage, il se précipitait pour rejoindre l'autre à l'intérieur, et lui picorer le bec de retrouvailles. Leurs essais infructueux avaient agacé Paul. Il avait alors tenté lui aussi de sortir les oiseaux, et voyant qu'il n'y arrivait pas non plus, il avait jeté de toute ses forces, une des perruches contre le sol. L'oiseau avait rapidement cessé de bouger, tandis que l'autre s'était mis à piailler sans discontinuer.

Elena enfilait ses chaussures pour se rendre à l'école ce matin, son esprit encore marqué par le visage de Paul qui la poursuit. Elle repensait à la perruche et pouvait l'imaginer, gisant sur le sol. Elle se leva, décidée, plusieurs semaines après les évènements, à révéler ce qu'il lui avait fait subir.

  • Il ne me manque que l'ambiance musicale pour me croire dans une salle de cinéma devant un film très noir et très angoissant... Quel suspense !

    · Ago over 8 years ·
    Dsc 3658 3 orig

    lubine-marion-ruaud

  • Je me l'étais laissé de côté pour le lire un peu plus tard, je ne suis pas déçu (par les 3 premiers épisodes).
    Sombre, noir, et bien mystérieux. Moi aussi j'en attends plus.

    · Ago over 8 years ·
    Francois merlin   bob sinclar

    wen

  • Merci Christine, c'est très sombre et je pense que ça ne plait pas frocément à tout le monde, doncje suis ravi que ça te plaise.
    Mystéria, le concours sur la série, oui, j'ai essayé de te croiser sur gmail sans succès, et en ce moment, je passe un concours pour une formation l'année prochaine, donc je me pencherai la dessus plus tard.
    Merci Manou, n'en prends pas trop, ça fait mal ^^

    · Ago over 8 years ·
    Rat3 54

    Léo Noël

  • Fichtre !!! Puissante cette térébenthine .... Me voila accro !

    · Ago over 8 years ·
    Iphone 19novembre2011 013 orig

    Manou Damaye

  • moi aussi j'aime bien! c'est "chelou" juste assez pour donner envie de lire la suite!
    au fait Léo, tu as laissé tomber l'idée dont tu m'as parlé? c'est dommage, ça m'aurait intéressée!

    · Ago over 8 years ·
    Img 0052 orig

    Karine Géhin

  • j'aime de plus en plus. c'est bien ecrit et c'est le genre d'hirtoire que j'aime particulierement. vivement la suite

    · Ago over 8 years ·
    521754 611151695579056 1514444333 n

    christinej

  • chapitre précédent : http://www.welovewords.com/documents/le-monstre-chapitre-2

    · Ago over 8 years ·
    Rat3 54

    Léo Noël

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