Le venin

nehara


Comme le venin d'un animal agressif, ton souvenir circule dans mes veines. Serpentant sournoisement derrière chacun de mes sourires pansements et chacun de mes soupirs exangues.

J'avale douloureusement ma souffrance de toi par petites doses amères. Je bois ma pénitence pour t'avoir aimé, toi le mal-aimé.

Je t'ai acueilli dans mes bras, comme un petit chaton hérissé de chagrin. Le poil rêche autant que l'âme, tu ironisais sur tout. Toi qui te voulais inaccessible. Tu suintais la disgrâce et le fiel. Moi je rêvais d'un coin de ciel où accrocher mes ailes épuisées et de miel où vautrer mon mal de vivre.

Mêlant ma salive à la tienne dans un pacte innatendu, convaincue de te guérir de tes plaies si profondes, j'y ai cru. L'amour peut tout pensais-je naivement.

J'ai tout de suite aimé la rondeur de ta chair. La douceur de tes lèvres. La chaleur de ta peau et cette insoutenable sensualité dont tu faisais preuve sans même le savoir.

Venir dans tes bras, était comme nager vers une crique ensoleillée en plein été. Comme s'ennivrer du chant des cigales, d'air iodé, et s'affaler mollement sur le sable brûlant. Avec ce sentiment de bien-être intense et soupirer de bonheur.Tous les sens en éveil, éprouver avec une acuité à fleur de peau, l'exceptionnelle saveur de ces instants éphémères.

Engourdie d'amour, gavée et repue, comme l'insecte s'abreuvant de nectar tout l'été durant, je n'ai rien vu. Toute à ma joie de goûter cette abondance estivale, je ne pensais qu'à t'aimer.

Je buvais ta présence de tous les pores de ma peau en silence. Le simple contact de ton épaule à la mienne me mettait en émoi. Je glissais délicieusement mes doigt entre les tiens, pour avancer dans la foule, lorsque nous déambulions nonchalement dans les rues colorées.Qu'importe où nous menaient nos pas, le bonheur était de partager ces moments ensemble tout simplement.

Je ne savais pas encore que tu portais en toi le germe de la folie...Je ne savais rien de cette bête qui en toi sommeillait...

Les mois se sont installés, donnant corps à notre histoire, en constituant un squelette que je croyais solide, stable, fort...

J'attendais fiévreusement nos rencontres. Moi la fille du Sud et toi l'homme du Nord. Comme dans cette fameuse chanson...

Nous préparions nos retrouvailles avec autant de minutie que les stratèges en tant de guerre. Chacun étalant cartes et calendriers afin de déterminer le meilleur impact, pour l'explosion de notre amour!

Le temps pour moi n'a jamais été un ennemi à l'inverse de toi qui ne supportait plus la distance, l'attente.

Tu n'avais aucun don pour cultiver l'espèrance en tes terres arides. Alors que chez moi, elle prospérait et m'emplissait de joie, de force et de certitudes du lendemain.

Ce lendemain qui n'a jamais vu le jour...Tu en as décidé autrement entre menaces, chantages, mensonge et toutes les bassesses que seul un esprit dégéneré peut user selon moi...En me laissant totalement désabusée et blessée. Tu as fait entrer en moi un froid glacial dont je parviens pas à me rechauffer...

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