Pigalle, sous-titre nocturne du monde “capitale”

koss-ultane

     Dis-moi le nom de ton quartier, je te dirai où t’habites.

     “Nuit” : seul mot d’argot parigot entré dans le dictionnaire de l’univers. Prononcez : “Pis-Gale”.

     Un téton nourricier accolé à une pathologie urticante laissant souvenir cicatrice. C’est nous. On aime même détester. Unique endroit de Paname où l’on trouve des imbéciles pour revendiquer le glauque, passé et présent, c’est dire.

     Jamais aucun lieu du monde n’a eu plus de lignes de fuites ressemblant à des impasses. Il y a des caches pour toutes sortes de cache-cash. Après la cour des miracles, le carré des évidences. Tous les quartiers meurent un jour et renaissent le lendemain mais un seul échappe à la censure de la nuit et retourne inlassablement se lover dans l’incongru. Le neuvième : poumon d’éther. Unique arrondissement de la ville la plus visitée au monde où le superficiel touriste dégueulé de son hôtel, au petit matin ou au grand soir, tombe dans le lit de la lie et s’y allie.

     Il y a bien longtemps que Pigalle ne monte plus à l’assaut de Montmartre. Il s’y distille. Comme morgue au cimetière. On s’élève sur la butte, on descend aux enfermements. Caves, recoins, troquets, entrées, ces bouches goulues avalant tout et n’importe quoi. Dessinés et conçus depuis deux siècles pour la traque de la trique. Ailleurs on veut te remplir la panse ou te faire connaitre les transes, ici juste te faire cracher ta semence. On en veut à tes bourses, toutes tes bourses. Et madame peut venir avec quelques sous dans sa cramouille, on a gars et filles experts en fouille.

     Un vrai quartier est un de ceux qui débordent. On s’en réclame de l’au-delà. La force Pigalle enviée de tous ? Cette indifférence au soleil.  Même la lune, ses clairs, et nombreux supporters ont été jugés trop tiède par la fièvre. Ici le blafard est tricard, tout est néon ou encre. Aveugle ou aveuglant. Paris divisé, en quatre-vingts quartiers. Pas un ne porte le nom de Pigalle. Comment le pourrait-il ? Les tireurs de cordeaux ne sont pas les manieurs de couteaux. Et le cadastre croit dur comme pierre que la nuit rien ne varie. Mais ici l’on sait. Que toutes ces lignes droites et sûres deviennent courbes lascives et incertaines sitôt que les Lux s’écroulent. Vous pouvez vivre douze heures par nuit de soleil artificiel dans un quartier qui n’existe pas et que le monde entier vient visiter. Pigalliens, nous sommes les intra-terrestres, nous fouissons et enfouissons nos corps et cadavres pour une nuitée ou pour ce que l’éternité voudra bien durer. Nos façades sont carnivores, nos salles intestines, et nos sorties d’artistes dévidoirs à déchets de fatigue. Nous volons tout, lumière, chaleur, présence, parfois même nos plus insignifiantes issues sont portes dérobées nous disent les farces de l’ordre. Ici, la police nous ne l’aimons que de caractère. Nous absorbons le présent, annexons l’avenir et laissons des souvenirs. Nos volons tout, oubliez-vous, détendez-vous, étendez-vous, tendez-vous, rendez-vous, vous êtes à Pigalle, l’animale, la brutale, la partiale, la ritale. Car pour être véritablement d’ici il faut être un peu d’ailleurs. Nous sommes coloriés, aux langages variés, tous mélangés, de la peau de bidet au tirailleur sénégalais, les néons sont nos UV. Le dix-huitième : poumon d’hétéroclite. Arrondissement. Car ils ont essayé de nous arrondir mais la nuit à ses angles, parfois un tombe sur arête. Vous pouvez nous chercher, vous nous trouverez bien que notre quartier ne soit pas répertorié. Mais on doit vous prévenir, on n’y a jamais bien vu dans le noir à l’éclairage d’un gyrophare.

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