Sarko 3.14

majead

 

Le contredire ? Hors de question !

Doté d'un algorithme intellectuel tout à fait personnel, il s'était programmé pour toujours avoir l’air brillant. Chaque solution avait son problème, chaque réponse sa question. Telle était son équation existentielle. Conscient de son quotient péremptoire. D'humeur invariable, toujours égale à 3,14. Autrement dit à « Casse-toi pauv' con ! Je sais que j'ai raison et que tu as tort ! »

Dans la matrice des volontés et des désirs qui font tourner le monde, il se voulait le César de la logique et de l'analyse, le moteur quantique, le maître du mouvement perpétuel et de l'argument d'autorité. Il rejetait l'idée de n'être qu'un bout de vie infinitésimal dans le vaste graphique des abscisses et des coordonnées humaines. Il mettait un point d'honneur à arracher les racines carrées de ses contradicteurs et prenait un malin plaisir à leur faire rentrer le sinus verbal dans la gorge. Il n'était pas de ceux qui prennent des diagonales pour parler, mais plutôt de parfaites lignes droites,  parallèles à l'envergure de son impudence. Fin calculateur, sachant manipuler à la perfection la calculatrice algébrique des émotions. « Aimez-moi ou quittez-moi ! ». Eurêka ! La formule incantatoire était simple et diablement efficace ! Pas du genre à être débonnaire l'algébriste, mais plutôt binaire.

En privé, il récitait cette incantation scientifique : Tout est relatif, sauf moi ! Je suis L'Absolu, l'Indivisible, l'Insécable, l'Unique, le Nombre Entier...  

En public, il s’appliquait à sauver les apparences en arrondissant les angles droits de son ego. Mais sa puissance cube était incoercible, elle se multipliait à l'infini au fur et à mesure que des forces centrifuges s'y opposaient. Rien à faire, il fallait qu'il soit au centre des débats, au centre des intérêts, au centre des peurs, au centre des espoirs... comme jadis, on pensait que la terre était le centre du monde !

Dans un cercle intime, il avait longuement travaillé sur la théorie du nombril, axe autour duquel s'articulait l'essence même du néant intégral. À part lui, personne n'était digne de son génie, à l'exception de ses valets et de quelques électrons socialistes qui avaient renié leur cathode. Tous, éblouis par l'éloquence cardinale du quadrilatère, étaient frappés par ce qu’il est convenu d’appeler l'angle mort visuel. Jamais ils ne tournaient la tête pour continuer de se voiler la face.

C'est donc tout naturellement qu’il eut un jour l'idée de s'engager en politique. Il se présenta aux élections vectorielles, et comble de la géométrie populaire, il fut élu ! Au grand dam de Pythagore et de Thalès, inconsolables !

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