Sweet Homme

Joelle Eymery

Ils sont certains jours comme ça, sournois, qui semblent se lever comme les autres, mais qui vous réservent quelques surprises.

       Le café n'est pas bon, la tartine beurrée tombe du mauvais côté,
(selon la loi de cet enfoiré de Murphy) ;
on a le teint barbouillé, des nausées,
les chaussures se sont séparées cette nuit,
les cheveux indisciplinés refusent tout contact avec le peigne qui, de surcroît, vient de perdre une dent.

       On renverse la poubelle.   
       Le chat vomit sur le tapis.
       On se trouve une tête affreuse, ou bien le miroir de l'entrée s'en mêle lui aussi.
       Le trousseau de clés a subitement disparu, et impossible de le faire sonner en composant son numéro.
       L'heure tourne et on va être en retard. 
      
      
       Toute la journée, on ne croise que visages courroucés, amers, peu amènes ; des bousculades, des cris, des klaxons mettent tous les fils de votre cerveau dans un mauvais court-circuit, et sur : "Danger, je vais exploser" ; la personne à joindre d'urgence pour avancer dans le travail est absente, sa remplaçante aussi, même la femme de ménage du bureau est partie faire quelques tours en orbite au-dessus de Saturne, c'était bien le moment ...

   ... Et puis finalement, le soir, quand la journée abominable se termine, on rentre chez soi.
       Douceur du foyer.
       Celui qui partage votre vie a mis la table, allumé des bougies, vous reçoit avec un bouquet de fleurs ;   il vous serre sur son cœur en murmurant des mots tendres ; c'est un devin, il a pressenti qu'aujourd'hui serait mauvais.
   Il sent bon.
   Son torse est puissant, fort comme un rocher, salvateur comme une bouée.

Et l'on s'abandonne au vertige ; au fond de ses yeux, l'Océan, la Terre, la Lumière, le Feu.
Tout en profondeur.

Alors, l'infernale journée n'a plus d'importance.
Elle est vaincue.
Juste par l'immense pouvoir de l'Amour.
Et demain sera un autre jour.
Lointain.

Signaler ce texte